Les humeurs de Facoh : Avec du recul …

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Les évènements de Mars 1991 couronnés par la chute du général Moussa Traoré en la même année, eurent comme première conséquence l’urgence de l’organisation d’une Conférence nationale(C N) comme au Bénin quelques mois plus tôt, pour convenir d’une situation politique à mettre en place en vue de combler le vide politique laissé par la chute de l’UDPM. Après l’éphémère Conseil national de réconciliation (CNR) vite dissous et remplacé par le Comité de Transition pour le Salut du peuple(CTSP) ayant à sa tête le lieutenant colonel Amadou Toumani Touré, la tenue d’une CN  fut décidée à la Bourse du Travail en présence de tous les tombeurs du régime précédent. Pendant plusieurs jours, aussi bien  à la ville qu’à la campagne, les trompettes et les tambours fêtèrent la déchéance de l’homme qui pendant 23 ans avait été applaudi…

La salle surchauffée du palais  de la culture Ahmadou Hampaté Ba de Bamako accueillit pendant 9 mois (sur 12 prévus) des conférenciers venus de toutes les régions du Mali, les uns assoiffés de liberté, les autres de vengeance et bien sûr de rescapés de l’UDPM soucieux de se recadrer pour ne pas tout perdre en termes de gains économiques.

Cahin caha, la CN balança entre les joutes oratoires des juristes, des politicards, des économistes divisés entre Keynes et Adams et même des sociologues et des historiens venus plus pour parler de leurs misères personnelles que du passé et de l’avenir du pays.

Le présidium composé de farouches opposants au régime défunt et réclamant plus des réparations à GMT que sa tête, dirigea tant bien que mal les travaux avec force redondance des délégués lisant plus leur parchemin qu’à en expliquant le contenu à leurs confrères dans une salle digne de celle du jeu des paumes de la Révolution française.

Aux termes de ces journées laborieuses, plusieurs recommandations et résolutions furent adoptées, les unes bénéfiques pour le pays, les autres dangereuses pour lui dans le long terme. Avec le recul, le constat s’impose que le choix du libéralisme intégral dans tous les domaines fut une grave erreur. Ainsi, le multipartisme intégral et le libéralisme tous azimuts dans un pays qui n’avait pas les moyens et alors  des hommes politiques se mirent à en fonder comme des ménagères vendant des galettes de mil au marché. En moins de 10 ans, le paysage politique ressembla à une ruine de formations politiques que les citoyens ne reconnaissaient qu’à travers leur président dont la popularité se mesurait à leurs largesses. Et même la justice à travers les avantages énormes accordés aux magistrats pour freiner la corruption, n’échappa pas à cette critique, vu le développement exponentiel des scandales judiciaires et de la corruption présumée des juges. Ces avantages faits aux juges, plus que de les doper en terme de patriotisme dans la lutte contre la corruption, au contraire les arma davantage dans l’essor de la corruption et de l’enrichissement illicite.

Mais le vrai dérapage vint certainement de la libéralisation des ondes et de la presse écrite. La privatisation de celles-ci a produit des effets contraires à ceux qu’on attendait. Elle a en effet installé l’intox et la désinformation par les nombreux manquements au code de la déontologie. En faisant de l’impasse sur le niveau des hommes de presse, on s’aperçoit à ce niveau qu’il y a plus d’amateurs que de professionnels, et plus d’orpailleurs que de plumes éclairées.

Pourtant il ne faut pas jeter le bébé avec l’eau du bain car la démocratie malienne malgré ses dysfonctionnements est loin d’être folklorique. Elle fut fondée en effet par des hommes mûrs, d’expérience et de culture, telles qu’on en trouverait difficilement sur le continent. A preuve si le premier président de l’ère démocratique  gouverna  sans heurts majeurs pendant 10 ans et passa le relai à qui de droit, ce fut sans doute en raison de son intégrité morale et de son sens aigu du respect des principes démocratiques.

Si le relai ne fut pas pris, ce n’est point la faute des pionniers mais bien celle des successeurs sans doute moins aguerris dans l’application des règles démocratiques. Le droit de poursuite, selon  L .Thiers et même De Gaulle, est aussi valable en politique et mérite d’être appliqué aux traitres.

Facoh Donki Diarra, écrivain  Konibabougou

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