Secteur privé en Afrique de l’Ouest : Prêt à assumer son rôle ?

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La fondation Konrad Adenauer Stiftung a organisé une conférence régionale sur le développement et la coopération économique, le rôle du secteur privé en Afrique de l’Ouest les 17 et 18 novembre à Bamako. La conférence s’est interrogée sur la contribution réelle de ce secteur en Afrique de l’ouest, qui, selon certains sa configuration actuelle ne bosse pas nos économies, mais les tue.

Autour de quatre grands panels, Chambres de Commerce et d’Industries, Conseils du patronat, Chambres de Métiers, Conseils d’Affaires, Organisations de Promotion des Investissements, du Commerce et des Exportations et gouvernements des pays d’Afrique de l’ouest et du sahel ont ouvert le débat sur la contribution réelle du secteur privé dans la sous-région.

Pour Yacouba Berthé, coordinateur régional Sahel Konrad Adenauer Stiftung, c’est un devoir pour sa fondation de soutenir le développement et la coopération économique dans la région. Il dira que le secteur privé est un partenaire clé de l’Etat pour aspirer à un développement dans les différents pays.

Le secteur privé peut être un moteur de développement dans la sous-région, mais, tel qu’il est configuré actuellement tue nos économies, selon Dr. Issoufou Soumaïla Moulaye, universitaire à Bamako. Pourquoi ? Se questionne l’universitaire avant de répondre, c’est parce que le secteur privé tel qu’il est présenté dans nos économies n’est pas prêt à s’assumer pour accéder par exemple aux financements internationaux. Le deuxième problème c’est que beaucoup n’attendent que la commande publique pour investir, justement c’est à partir de là que la corruption même commence. Parce que la majeure partie des entreprises privées notamment de la place sont juste des entreprises créées sur papier. Ils ont accès à la commande publique. Pourtant on dit qu’il est secteur privé, mais il ne crée aucun emploi, argumente l’interlocuteur. Il poursuit sur un troisième point qui pose aussi un problème. Selon lui, quand vous prenez la configuration même du secteur privé de nos PIB du pays, plus de 30 -35 % sont basés sur le commerce. La chose ne subit aucune transformation, il n’y a aucune valeur ajoutée donc on ne peut pas créer de l’emploi.

Pour Dr. Moulaye, il faut que le secteur privé dans nos pays s’émancipe, accepte d’aller vers une dimension de la croissance endogène, qui est la recherche, le développement de nouvelles solutions. Des voies et moyens, dit-il, par lesquels il peut participer au développement.

Le secteur privé tue réellement l’économie des Etats de la région ?

Djibrilou Bah de l’Union des Prestataires, des Institutions et du Commerce du Sénégal ne partage pas cet avis, tout comme beaucoup d’autres présents à la conférence. Selon M. Bah, il faut d’abord faire une analyse sans complexe des réalités que vit ce secteur et distinguer les entreprises créées dans les sacs de celles qui sont formelles. “On ne peut pas prendre une entreprise industrielle qui emploie des centaines de personnes, qui paient de ses obligations fiscales et dire qu’il ne crée pas d’emploi ou la richesse, répond-t-il.

Participant, l’ancien ministre malien de la Promotion de l’Investissement du secteur privé, Me Mamadou Gaoussou Diarra affirmera que le secteur privé ne doit pas être perçu comme un secteur concurrent du secteur public ni l’inverse. D’après le ministre, les différents Etats de la région ont opté pour des économies dites de type libéral depuis les années 80, ça veut dire que l’Etat progressivement s’est désengagé de tous les secteurs productifs et a fait la promotion d’un secteur privé qui devrait être moteur de croissance et ce qui induit aussi la création d’emploi, de richesse.

Se prononçant sur l’évolution du secteur privé au Mali et ses enjeux, Me Diarra souligne que le secteur privé au Mali, comme dans les autres pays de la région, est fortement dominé par une présence de l’informel. Comme son nom l’indique, ce n’est pas structuré et ça échappe au contrôle de l’Etat et surtout du fisc, a-t-il déclaré. Cette réalité a une incidence plus tard ajoute Me Diarra lorsqu’il y a des besoins de trésorerie, le fisc va être amené à maintenir la pression sur les seuls contribuables structurés et reconnus. C’est un frein pour le développement économique de notre pays.

Développer un secteur privé fort en Afrique, c’est possible d’y arriver avec des partenariats intelligents publics privés. C’est moins ce que je pense Antoine N’Gom, vice-président du Conseil national du Patronat du Sénégal, avec des partenariats intelligents publics privés avec les Etats. Pour lui, cette coopération peut mener ce secteur privé faible progressivement vers le secteur fort pour qu’il acquière l’expertise et l’expérience pour réaliser des projets structurants pour le développement de nos, a-t-il-fait savoir.

Des initiatives existent dans ce sens, mais l’exécution est le gros point faible dans nos pays selon les panelistes. Aux débats, ils ont tous évoqué que le phénomène de la corruption est le problème majeur qui freine le développement économique dans la région. Cependant, on ne peut pas lutter contre la corruption en indexant le corrompu sans se remettre soi-même en cause parce qu’on est corrupteur aussi, estiment d’autres.

Kadiatou Mouyi Doumbia

 

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