Billet : Pourtant ATT a raison
Un général qui refuse d’aller à la guerre ! Ce haut fait mérite de figurer en bonne place dans les livres d’histoire. Cependant qu’il s’obstine, comme il le fait aujoud’hui, à convaincre les Maliens d’accepter son choix de bon cœur, il doit certainement avoir ses propres raisons.
Un général qui refuse d’aller à
Dans sa majorité, l’opinion publique malienne avait, effectivement, choisi son camp, la fermeté. Pour le Malien moyen, il fallait les mater. Il fallait en plus humilier ces éternels insatisfaits avant toutes négociations.
ATT refuse donc de se livrer à une guerre. Pour en arriver là, il lui a fallu s’armer de courage et de réalisme pour ouvrir un autre front contre l’opinion publique malienne.
ATT n’a-t-il pas raison d’affirmer qu’il ne livrera pas une «guerre inutile qui n’aboutira à rien» ? Il fait l’économie d’un affrontement en attendant de savoir ce que l’avenir politique immédiat lui réserve.
A moins de dix mois de la fin de son mandat, le président ATT a parfaitement raison de ne pas s’engager, tout de suite, dans une épreuve à l’issue incertaine. Car, il est à peu près certain qu’un moindre échec au Nord sera utilisé à toutes fins utiles, à tout bout de champ, contre le candidat qu’il deviendra en 2007.
Tout se passe comme si ATT était dans le secret des dieux. Ces hommes politiques tardifs qui sont en train de guetter son moindre faux pas dans le bourbier du Nord.
En tout cas, six jours après ce dénouement heureux, aucun parti politique ne s’est félicité publiquement de la signature de l’Accord d’Alger. Même ceux qui crient sous tous les toits leur soutien à ATT en 2007 ressemblent à des perroquets muets.
L’Accord d’Alger serait, plus ou moins, l’accord d’ATT. L’homme tranquille ne voulait nullement prêter son flanc à ses détracteurs politiques tapis dans l’ombre.
Pour le médiateur devant l’éternel qu’il est devenu, la signature d’un accord saurait-elle être considérée comme une faiblesse en soi ? Quelque puisse être l’ampleur de la fébrilité qui s’est emparée des hommes au front, décidés à en découdre, ATT pouvait-il ouvrir les hostilités contre des Maliens avant même un début de dialogue et de négociation ? Si un accord intervient dans ces conditions, c’est la preuve de la bonne foi des autorités de Bamako.
Avant la signature des accords, ATT, éternel homme de paix, n’avait pourtant rien sous la main pour justifier sa bonne foi. Ce qui pourrait advenir après pourrait être mis au compte des vicissitudes de l’histoire. Car, l’accord a le mérite d’exister. Ne serait-ce que pour repousser l’échéance d’un bain de sang entre Maliens.
Pour l’heure, ne serait-il pas excessif d’en vouloir à ATT d’avoir tendu une oreille attentive aux rebelles ? C’est, en effet les rebelles, a révélé ATT, qui ont demandé la négociation.
Par ailleurs, après avoir analysé le contenu de l’Accord d’Alger, nous sommes en mesure d’affirmer que les négociateurs maliens n’ont pas concédé plus que ce qui avait été accepté dans le Pacte national d’avril 92. (Lire les extraits des deux documents en page 3).
Sur le plan strictement militaire, il n’y a pas plus que ATT pour connaître la juste mesure des forces en présence : les forces armées et de sécurité, d’un côté et de l’autre les insurgés. Quant on sait que le premier acte des rebelles fut de s’emparer des armes et munitions des camps et garnison de Kidal et Ménaka ? Faire l’inventaire de ces armes enlevées n’était-il pas un préalable ? Tout laisse croire que la force de frappe des insurgés a été décuplée après leur forfait du 23 mai dernier. Seul ATT, chef suprême des armées, était en mesure d’apprécier le risque qu’encouraient les soldats maliens dans les falaises du Tagharghar. Même le face-à-face, tel qu’il se présente aujourd’hui au Nord, a un coût que les Maliens ignorent encore. Le prix à payer pour une guerre serait-il à la portée d’un pays comme le nôtre, en proie à des difficultés financières aiguës depuis plusieurs années ?
Belco TAMBOURA