Chronique du web : Le télétravail, mode passagère ou tendance lourde?

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Il y a de cela plusieurs mois, j’avais consacré une chronique au télétravail, convaincu que cette approche, mal connue chez nous, pouvait apporter des réponses sérieuses à certains problèmes récurrents dans le monde du travail. A l’époque, je n’étais que séduit par la formule et loin d’imaginer que le télétravail s’imposerait au monde entier tout un semestre voire plus à la faveur de la crise sanitaire actuelle liée à la pandémie du nouveau coronavirus.

Qu’est-ce que le télétravail ? Je me suis interdit d’aller chercher une définition dans un quelconque dictionnaire, préférant une compréhension de professionnels disponible sur teletravailer.fr  Selon ce site spécialisé, « le télétravail s’inscrit dans une démarche d’amélioration de l’organisation du travail et s’appuie sur les technologies numériques. Il s’agit d’un travail effectué hors des locaux de l’employeur de façon régulière et volontaire ».

Dans son approche, le site précise que « le télétravail [En France] désigne une organisation du travail qui consiste pour le télétravailleur :

–         à exercer, de façon régulière et volontaire, un travail qui aurait pu être effectué dans les locaux de l’employeur, hors de ces locaux

–         en utilisant les technologies de l’information et de la communication (ordinateurs fixes et portables, Internet, téléphonie mobile, tablette, fax, etc. ».

Depuis le début de la crise sanitaire mondiale, l’Organisation mondiale de la santé (OMS) et les pouvoirs publics dans la quasi-totalité des pays affectés par le virus ont fortement recommandé le télétravail, espérant que l’absence de mobilité réduirait significativement les risques de propagation de la maladie. Six mois après le début de la crise sanitaire, la norme reste encore au télétravail dans de nombreux services gouvernementaux, dans les entreprises et dans plusieurs ordres d’enseignement (universités, secondaires, etc.) et aux réunions virtuelles (téléconférence).

Quant au eCommerce, les chiffres ont littéralement explosé et des plateformes comme Amazon, Magento, Shopify, WooCommerce, Alibaba…), ramassent l’argent à la pelle du fait de la persistance de la crise sanitaire.

Parallèlement, on assiste à une démocratisation vertigineuse des outils collaboratifs, des applications de télétravail et de visioconférence. 3CX, Klaxoon, Skype, Microsoft Teams, Zoom, Dekom, WhatsApp… et bien d’autres bidules ont eu leur fan club pendant la période de confinement.

Si malgré la grave crise sanitaire les économies ne se sont pas écroulées, c’est en partie grâce au télétravail en lequel de nombreux spécialistes voient « une solution d’avenir, durable et efficace ».

Julie, coach RH pour PME d’un pays de l’OCDE, décrypte une enquête et fait des révélations intéressantes sur son blog. Selon cette spécialiste, « … 86 % des employés travaillent autant, voire plus longtemps à domicile que lors d’une journée passée sur leur lieu de travail ; 92 % d’entre eux abattent autant, voire plus de travail ». Elle déduit que grâce au télétravail, le nombre d’heures de travail et le rendement est à la hausse. Autre conclusion intéressante de cette enquête : 36 % des employés interrogés soutiennent qu’ils réalisent autant d’heures de travail à domicile qu’au bureau et sont plus efficaces chez eux qu’au bureau.

Beaucoup de coachs RH comme Julie sont des fervents partisans du télétravail qui, disent-ils, a l’avantage de maintenir les collaborateurs en pleine forme pour effectuer leur travail quotidien du fait, par exemple, qu’il supprime le supplice que constitue le déplacement pour se rendre à son travail. Qui d’entre nous n’est pas confronté quotidiennement au stress des retards, des embouteillages, des intempéries,  des agressions diverses dans la circulation ?  C’est à vous essorer littéralement le matin avant même d’avoir commencé votre journée de travail.

Un autre bon point qui milite pour le télétravail, c’est l’accroissement de la productivité du travailleur du fait de sa concentration sur sa tâche. Dans le calme douillet de sa maison, le télétravailleur serait « plus concentré », commettra « moins d’erreurs », trouverait « plus de solutions » et « plus d’idées novatrices ». Bref, de ce point de vue, le télétravail serait une vraie aubaine pour les managers et les employés.

Et ce n’est pas tout. Les défenseurs du télétravail relèvent qu’il permet de concilier plus facilement vie privée et vie professionnelle. Ce faisant, le travailleur s’organise mieux et peut mieux gérer ses rendez-vous, tout comme il peut mieux profiter de ses moments de détente. Et détail important : il n’a plus aucune raison de rater ou de sauter son repas en famille.

Les militants du télétravail sont loin d’être à court d’arguments. Ils estiment que, même en cas de maladie, « le télétravail permet de prendre soin de soi sans pour autant abandonner les tâches du bureau ». En se ménageant davantage et en s’exposant moins aux aléas de la vie quotidienne, le télétravailleur guérit plus vite que son collègue dans le même état de santé qui est obligé de se rendre à son travail.

Constat : l’absentéisme pour maladie de courte durée (moins d’un mois) a été réduit de près de moitié en mai par rapport à avril dernier en Belgique. Une telle diminution est également constatée par rapport à mai 2019 selon les récentes statistiques d’un prestataire de services (RH SD Worx) qui s’appuie sur près d’1 million d’employeurs du secteur privé.

Enfin, grâce au progrès technologiques, chacun de nous peut avoir un desk virtuel dans le cloud où conserver des documents qui sont accessibles à tout moment. Plus besoin de trimballer des tonnes de dossiers difficiles à manipuler, qu’on peut dégrader ou perdre.

In fine, le télétravail serait tout bénéfice pour l’employé, l’employeur et les pouvoirs publics.

Que disent ses contempteurs ? Qu’il n’est ni plus ni moins qu’une fausse bonne idée par excellence d’autant que, argumentent-ils, « le salarié se retrouve dans un tête-à-tête mortifère avec son ordinateur. Plus grave, il va se laisser déborder par sa vie professionnelle. L’absence de séparation bureau-domicile fait que le salarié va être hanté par son travail vingt-quatre heures sur vingt-quatre, le soir, le week-end, les jours fériés. On n’est pas loin de l’esclavage ».

Pour l’entreprise, ce serait aussi une très mauvaise solution dans la mesure où le télétravail bannit interaction qui est le levain de la créativité. Entre la mode passagère et la tendance lourde, y a-t-il place à une voie médiane qui serait la solution à expérimenter ?

 

Serge de MERIDIO

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