GOONGA TAN : Mali : partez "dès que possible", l'on fabrique la peur !

Lorsque certains partenaires étrangers recommandent à leurs ressortissants de quitter le Mali "dès que possible",

16 Mai 2026 - 08:02
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GOONGA TAN : Mali : partez "dès que possible", l'on fabrique la peur !

Lorsque certains partenaires étrangers recommandent à leurs ressortissants de quitter le Mali "dès que possible", au motif d'une situation sécuritaire "extrêmement volatile", l'énoncé paraît technique. Il ne l'est pas tout à fait. Car, en relations internationales, les mots voyagent souvent plus vite que les armées. Ils traversent les chancelleries, influencent les marchés, alimentent les organisations internationales, nourrissent les médias et façonnent les perceptions. Or les perceptions précèdent parfois les réalités elles-mêmes.

n objectera, naturellement, qu'il s'agit d'une mesure consulaire classique. Tout État protège ses citoyens. Toute attaque coordonnée entraîne une réévaluation des risques et une mise à jour des conseils aux voyageurs. Rien, en apparence, que de très ordinaire. Mais ce n'est pas cette banalité qui interroge. C'est le registre choisi.

On n'a pas dit : soyez prudents.

On n'a pas dit : limitez vos déplacements.

On n'a pas dit : évitez certaines zones sensibles. On a dit : quittez le pays. Et cela change profondément la nature du message. Car entre recommander la vigilance et recommander le départ, il existe un saut qualitatif à forte portée politique. Le premier informe ; le second dramatise. Le premier protège ; le second projette une image. Or cette image n'est jamais neutre : elle installe l'idée d'un territoire au bord de l'effondrement. C'est ici qu'émerge une interrogation plus dérangeante : sommes-nous seulement face à une alerte sécuritaire, ou devant une communication qui amplifie psychologiquement l'effet recherché par les attaques terroristes elles-mêmes ? Car le terrorisme ne frappe pas uniquement par les armes. Il frappe par la peur. Son objectif n'est pas seulement de tuer ; il est de diffuser un sentiment général de vulnérabilité, de faire croire que plus rien n'est maîtrisable, que l'État vacille, que la société se désagrège.

Dès lors, lorsqu'un message extérieur suggère implicitement que le pays devient inhabitable, le risque est grand de prolonger l'effet psychologique recherché par les assaillants. J'ose donc poser la question. Quand une puissance étrangère demande à ses ressortissants de partir "dès que possible", que comprend le monde ?

Que l'État hôte ne contrôle plus la situation. Que l'instabilité est devenue structurelle. Que le danger est systémique. Même lorsque cela n'est jamais formulé explicitement. Et c'est précisément là que commence la bataille des récits. Depuis plusieurs années, les relations entre le Mali et certains États occidentaux se sont chargées d'un contentieux historique, militaire et politique suffisamment profond pour rendre suspecte toute parole réciproque.

Dans un tel contexte, aucune communication sur le Mali ne sera reçue comme purement technique. Telle est la loi sévère des relations dégradées. Je n'invente rien ! Même la prudence y paraît intention dans un tel contexte.

Faut-il, pour autant, conclure à une manœuvre délibérée ? Ce serait excessif. Mais faut-il exclure que ce type de message produise, consciemment ou non, un effet politique utile à certains récits extérieurs sur le Mali ? Ce serait naïf. Car la géopolitique contemporaine ne se joue plus seulement sur les fronts militaires. Elle se joue dans le contrôle des narrations. Qui décrit la crise en impose souvent l'interprétation. Et l'on sait, depuis Thucydide, que dans les conflits, la lutte pour définir le réel précède parfois la lutte pour le terrain lui-même.

Revenons à la vraie question : comment un pays doit-il réagir lorsqu'une narration extérieure risque de suramplifier le choc qu'il vient de subir ? Certainement pas par le déni. Le déni affaiblit toujours les nations.

La réponse doit être plus solide, plus souveraine : opposer à la peur la crédibilité. Montrer, par les faits, que les institutions tiennent. Que l'armée agit. Que l'État fonctionne. Que la société refuse la panique. Que la nation ne se réduit pas à l'image que d'autres projettent d'elle. Il faut relever que sur ce chapitre le Mali a largement démontré que le meilleur antidote à la guerre psychologique n'est pas la protestation. C'est la démonstration.

Il est d'ailleurs frappant de constater que les attaques terroristes recherchent presque toujours le symbole : frapper pour faire parler, puis faire parler pour grossir la frappe. Une communication internationale maladroite peut, involontairement, prolonger cette mécanique. C'est pourquoi les mots importent. Dire "situation extrêmement volatile",ce n'est pas seulement décrire : c'est classer. Dire "quittez le pays", ce n'est pas seulement conseiller : c'est signaler. Or un signal diplomatique produit toujours des résonances politiques. Les investisseurs le lisent.

Les ONG le lisent. Les partenaires internationaux le lisent. Le Conseil de sécurité le lit.Rien de cela n'est anodin. D'où la nécessité, pour le Mali, de ne pas laisser d'autres écrire seuls le récit de sa propre résilience.

Disons-le clairement : Un pays attaqué n'est pas un pays effondré. Un pays éprouvé n'est pas un pays perdu. Et cette distinction est essentielle.

Par ailleurs, l'Histoire enseigne que des nations ont traversé des épreuves plus sombres sans jamais être réduites à l'image du chaos. On n'a jamais recommandé globalement d'abandonner un pays occidental frappé par le terrorisme. Pourquoi le Mali devrait-il être immédiatement lu autrement ? La question mérite d'être posée sans passion, mais sans faiblesse. Car derrière cette séquence se joue aussi une vieille asymétrie : certains pays produisent eux-mêmes le récit de leurs crises ; d'autres se voient racontés par les autres.

Et c'est précisément cette dépendance narrative qu'il faut rompre. Cela exige de la lucidité, non de la susceptibilité.

Oui, la menace existe.

Oui, le danger doit être pris au sérieux.

Oui, la prudence est légitime.

Mais non, il ne faut abandonner ni à l'ennemi, ni aux récits alarmistes, le monopole de la perception. Car une nation ne se défend pas seulement par ses armes. Elle se défend aussi par sa capacité à empêcher que la peur ne devienne vérité.

Il faut donc construire une contre-narration souveraine.

Dire calmement : le Mali est sous pression, mais debout.

Le Mali est attaqué, mais gouverné.

Le Mali est contesté, mais non submergé.

Ce langage-là est plus puissant que toutes les polémiques narratives qui foisonnent. Car, au fond, la question n'est pas de savoir si certains ont voulu envoyer un message politique. La véritable question est ailleurs : le Mali saura-t-il empêcher que ce message devienne le récit dominant ?

C'est là, désormais, qu'une part du combat se joue.

                                                           

DICKO Seidina Ouma

Journaliste - Historien - Écrivain

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Commentaires (4)

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Djaffa
Djaffa 4 mois
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Les FAMAs sont des Terroristes
Les FAMAs sont des Terroristes 4 mois
Mais parmi les opérations de l'armée, certaines sont entachées de graves exactions. Jeudi 14 mai, une trentaine de personnes ont été exécutées sommairement à Sarkala, près de Markala, dans la région de Ségou. L'association communautaire peule Jeunesse Pulaaku Internationale a recensé 31 victimes, plusieurs sources locales affirment qu'il y en a eu 35, toutes de la communauté peule : de nombreux adolescents, quelques vieillards ainsi qu'une femme et son bébé de deux ans. Selon plusieurs témoignages concordants, les soldats maliens accompagnés de chasseurs traditionnels dozos sont arrivés à Sarkala à bord d'une quarantaine de motos et de véhicules pick-up, ouvrant immédiatement le feu de façon indistincte et incendiant les maisons. Les sources jointes par RFI rapportent également le pillage de toutes les têtes de bétail, représentant plusieurs centaines de vaches et de moutons. Mariage Samedi soir, aux alentours de 23 heures, c'est une cérémonie traditionnelle de mariage collectif à Téné, près de San, qui a été visée par une frappe de drone. Au moins sept personnes ont déjà été enterrées, dont deux couples qui venaient de s'unir. Plusieurs sources locales rapportent un total d'« une dizaine de morts » et des blessés graves, pris en charge à l'hôpital de San.
sangare
sangare 4 mois
Des éléments qui ont pu franchir le cœur du pouvoir, tuer le numéro deux du régime ministre de la défense, blessé le chef de la sécurité d'Etat, obligé le chef puchiste à se cacher pendant trois jours, ne sont ils pas capables d'enlever des occidentaux à Bamako pour en faire des otages précieux? Il est clair et net que les hommes d'IYAD AG GHALLI ont déjà infiltré la population, mieux l'armée malienne. Donc on a dépassé l'étape de "limitez vos déplacements". ON EST À KABOUL!!! Soyer sûr ASSIMI GOITA et ses camarades ont déjà fait leurs valises.
Kinguiranke
Kinguiranke 4 mois
La très maudite France a voulu repeter le scenario de 2013 quand elle a envoye ses soldats LGBT de l' operation Serval pour venir occuper et tenter de diviser le Mali. Elle a oublie que le peuple Malien souverain n' a pas oublie ces faits et est reste debout derrière ses FAMA pour aller contre les ennemis terroristes criminels sans foi ni loi et a vaincu. La très maudite France a lamentablement echoue avec ses terroristes du JNIM et FLA et associes CFR, CNID et SADI et ses suppots Algeriens Mairitaniens, Ivoiriens, Ukrainiens et Saudiens. Le Mali et la Confederation de l'AES viennent de gagner la guerre contre 5 groupes terroristes: JNIM, FLA, CFR, CNID et SADI et six etats terroristes: France, Algerie, Mauritanie, Cote d' Ivoire, Ukraine et Arabie Saudite.