ENTRE NOUS : L’échec du revenant
Planifiée et exécutée de main de maître par les cadres de l’Alliance, la dissidence du 23 mai a semble-t-il ébranlé le mythe qui entourait ATT depuis son honorable retrait de la vie publique, après...
Planifiée et exécutée de main de maître par les cadres de l’Alliance, la dissidence du 23 mai a semble-t-il ébranlé le mythe qui entourait ATT depuis son honorable retrait de la vie publique, après avoir organisé les premières élections démocratiques et remis le pouvoir à l’homme que les Maliens se sont librement choisi cette année-là. Car nul ne doute que la montée et l’installation à Koulouba du nouveau président de la république par ses soins lui avait ouvert à jamais les portes de notre « Panthéon » à nous.
Par ce coup de génie caractérisé de surcroît par un incroyable sens du désintérêt, Amadou Toumani avait réussi à effacer d’un trait l’image du grand Modibo, jusqu’alors la plus grande référence parmi les hommes d’Etat de notre pays. Le Mali, entendait-on ça et là, avait son rédempteur. Il y avait vraiment de quoi être fier ! Mais les années qui ont suivi son départ du fauteuil de président de cette Transition laborieusement conduite, loin d’émousser en lui toute envie de revenir au devant de la scène en dépit de tout ce qu’il disait peu après son retrait, ont plus attisé en lui le désir brûlant de faire comme De Gaule en France.
Seulement, en 2001, lorsque l’envie de revenir a refait surface, il ne s’était plus rappelé le triste destin de l’homme de Colombey – les deux églises. Libérateur de la France du joug de l’Allemagne nazie, Charles de Gaule avait crû bien faire en revenant. C’est un referendum qui lui ouvrit les yeux, le reste est connu et restera à jamais gravé dans la mémoire des historiens. L’histoire serait-elle aussi méchante pour ses héros ?
Si les Maliens ont applaudi à se rompre les phalanges à l’intention exprimée par leur homme providentiel, ATT, de reprendre en main les destinées du pays, les mauvais signes ne lui laisseront guère la moindre période de grâce. L’embellie politique dura le temps d’une victoire électorale fortement contestée mais savamment maîtrisée.
Trois mois après son retour au pouvoir, une rébellion aux conséquences dramatiques pour notre pays éclatera en Côte d’Ivoire, cordon ombilical de notre économie. Puis survinrent la crise acridienne et son corollaire, celle céréalière.
Le Mali d’ATT, en proie à la famine qui refusait de dire son nom, charrie la pauvreté d’un peuple livré à la cupidité de hauts responsables plus portés sur l’enrichissement illicite, la magouille et le trafic d’influence que sur la vertu. Dire que le pouvoir Alpha était traité de tous les noms !
En quatre ans, ils sont nombreux, les Maliens à avoir regretté le retour de l’homme du 26 mars au pouvoir. De l’avis de la plupart, jamais le pays n’a été autant mal gouverné.
C’est à croire que le ciel nous est tombé dessus. Loin de s’inquiéter de la chute vertigineuse du niveau de vie de ses compatriotes, de la chute dans les cœurs de l’amour de la patrie, du travail bien fait, de la moralisation de la vie publique de tous les jours, le président ATT abonné aux honneurs et aux fêtes à tout bout de champ, mettra à profit chaque anniversaire de son accession au pouvoir pour étaler ses hauts faits d’armes : les logements sociaux, ‘’nangam nangam’’.
A vrai dire, le Lieutenant Colonel élevé à la dignité militaire de général par le président Alpha O Konaré n’aurait jamais du revenir au devant de la scène nationale malienne.
Il aurait dû garder et jalousement le rang, le mythe et les honneurs accumulés depuis un soir de 25 mars 1991.
Ce jour-là, fort de la confiance de ses compagnons d’armes et de l’estime de ses compatriotes, il avait magnifiquement réussi à forcer le destin, son destin, faisant de lui le premier des élus dans le cœur d’une nation troublée et violentée par des années de dictature de toutes natures.
Défiant les lois de la nature, lesquelles souhaitant pour lui une retraite dorée loin des arcanes du pouvoir contre les honneurs, la grandeur et le mérite d’une reconnaissance éternelle d’un peuple séduit, ATT travaillera lui-même son retour avant de donner l’impression de se faire supplier pour ce faire.
Le bluff venait de commencer. Sory HAIDARA