Gouvernance et prochaines échéances électorales : Quand les appels à limoger le PM sont contre-productifs

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En appelant régulièrement à démettre le Premier ministre de transition, pour certaines de ses prises de positions, des pans de la classe politique pourraient produire l’effet contraire.

maliweb.net- La gouvernance de rupture que prône le pouvoir de transition est, à coup sûr, réfractaire à une pression quelconque pour l’atteinte de certains objectifs politiques ou politiciens.

En effet, depuis plusieurs mois, des acteurs politiques ne cessent de réclamer sporadiquement la démission du chef du gouvernement, pour certaines de ses prises de positions. C’est le cas, la semaine dernière, avec des partis comme l’ADEMA-PASJ et d’autres, qui sont montés au créneau pour fustiger certains propos du Premier ministre de « rectification ». C’est dans ce sens que le séjour de Dr Choguel Kokalla Maïga à la primature est contesté pour avoir dit lors d’une rencontre que ses amis politiques du M5-RFP doivent se mobiliser pour conquérir le pouvoir et empêcher l’ancienne classe politique à reprendre les rênes du pays.

A priori, nul n’ignore que l’actuel chef du gouvernement est un leader politique, dont la formation politique est le MPR ou le parti du tigre. Et, la vocation d’un parti politique est d’aller à la conquête et l’exercice du pouvoir. Et, puisque Choguel Kokalla Maïga s’est, bec et ongle battu pour faire tomber le régime IBK, il est compréhensible qu’il ambitionne garder dans l’escarcelle du pouvoir ses amis politiques. Ceux-ci étant devenus les alliés naturels des putschistes du 18 août 2020, l’on peut difficilement imaginer qu’ils veuillent jouer aux spectateurs lors des prochaines échéances électorales.

Or, à la tête de ces putschistes se trouve un certain Colonel Assimi Goïta, qui voudra, légitimement, que le pays  soit désormais gouverné autrement. Il doit se dire que cette ambition ne peut se concrétiser si les prochaines élections ne voient pas l’émergence d’une nouvelle classe politique.

Cette conviction sera donc fortement confortée par l’engagement du Premier ministre de Transition, Dr Choguel Kokalla Maïga. Comme quoi le PM n’aura fait qu’exprimer hautement ce que le chef de la Transition penserait tout bas.

En outre, en demandant la démission du Premier comme des pressions, le chef de l’Etat s’offusquera d’être à la dictée des chapelles politiques. Même s’il projetait de changer de Premier ministre en vue de donner un nouveau souffle à la conduite des affaires du pays, les seules sollicitations de partis politiques allant dans le sens le dissuaderont. Du moins pour un temps. Le temps que ces diatribes anti-PM se dissipent.

C’est ce qui pousse à se demander  si c’est Choguel lui-même, en fin stratège politique, qui manœuvre pour susciter ses cris de désapprobation à son encontre. Puisque le locataire de la primature a finalement intérêt à voir s’amplifier ces  dénégations pour le voir éjecté de la tête du gouvernement. Ne suscite-t-il des commentaires faisant croire qu’il est le seul fusible protecteur du chef de l’Etat contre les velléités néocoloniales sur les réseaux sociaux? Les milieux proches du PM ne distillent pas, dans l’opinion, des idées selon lesquelles la transition échouerait si le chef de l’Etat  se sépare  de Choguel Kokalla Maïga ?

Ce contexte de politique politicienne doit inspirer la classe politique à se convaincre que ses appels à limoger l’actuel chef du gouvernement est nécessairement contre-productif. Elle doit donc changer de stratégie, même si elle souhaite voir à la tête du gouvernement un PM non partisan. Ce dernier étant susceptible de mieux assurer la crédibilité des prochaines élections. Car, un chef du gouvernement qui s’affiche avec un parti pris évident pour les élections à venir ne rassure certainement pas les éventuels compétiteurs du jeu électoral.

Boubou SIDIBE/Maliweb.net

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