Meeting du 5 juin : la crise de gouvernance s’internationalise

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La démonstration de force du vendredi 5 juin n’a pas laissé indifférents les partenaires du Mali. Le mot d’ordre clé de la mobilisation, la démission du président de la République et de son régime, a sérieusement ébranlé la citadelle IBK quand on apprend que le président malien paraît disposé à répondre favorablement à la proposition de dissolution de l’Assemblée nationale et le renvoi de l’actuelle équipe de la Cour constitutionnelle.

 

C’est déjà une première victoire pour Mahmoud Dicko et les opposants politiques et associatifs qui ont décidé de pousser dehors le pouvoir d’IBK. De fait, l’élément déclencheur de la crise actuelle est bien l’attitude d’une Cour constitutionnelle qui a perdu toute respectabilité, à travers ses décisions jurisprudentielles controversées voire contestables.

 

La goutte d’eau aura sans doute débordé le vase, à travers non seulement le traitement des résultats des dernières législatives, mais aussi le fait d’avoir imposé Moussa Timbiné au perchoir, à coup de centaines de millions déboursées sans même s’en cacher.

 

La gouvernance IBK, constamment dénoncée, en rajoute à la situation déjà très précaire du pays. La crise multiforme malienne menace même la viabilité de l’Etat en tant qu’entité organisée, où la cohésion et l’unité nationales ont volé en éclats. Ce qui inquiète la communauté internationale partenaire et les pays voisins. La «soudanisation» ou mieux la «somalisation» en marche du Mali est renforcée par l’attitude du régime dont les actes, ou plutôt l’absence de réactivité, annihilent tous les appuis.

 

La corruption et la prédation des ressources publiques ont été érigées en mode gouvernance absolue et les détracteurs à l’interne ne manquent pas de mots durs pour stigmatiser, en pure perte, des pratiques dont l’ampleur croissante dénote le peu de vergogne du président et de sa famille.

 

La visite multilatérale des représentants de la communauté internationale auprès d’IBK, au lendemain de la manifestation populaire, puis auprès de ses opposants, constitue une bouée de sauvetage d’autant plus vite saisie que l’apparente passivité du pouvoir malien était l’illustration qu’il est aujourd’hui désarmé.

 

Moins l’échec apparent de la médiation internationale que l’initiative même d’une telle démarche prouve à suffisance que l’ampleur de la mal gouvernance du régime d’IBK constitue que préoccupation. La communauté internationale, Nations unies et France en tête, comprend que l’empressement à reconnaître la réélection d’IBK, en 2018, semble avoir été moins rigoureux. Celle-ci avait bruyamment approuvé et accordé sa reconnaissance d’une réélection controversée, bien avant que les contentieux électoraux n’aient été épuisés par une Cour constitutionnelle, dont par ailleurs les partenaires du Mali savaient qu’elle était bien disposée.

 

Les chaleureuses félicitations de 2018 ont été prises par IBK et son régime comme un quitus, voire un blanc-seing justifiant à la fois la persistance dans la médiocrité de la gouvernance, mais tout autant les débordements nombreux auxquels IBK n’a cessé de s’adonner à travers une conception familiale de la gestion publique relevant d’une monarchie de droit divin.

 

Pourtant, le camp de la contestation n’est pas prêt à lâcher du lest, car la dissolution de l’Assemblée nationale et de la Cour constitutionnelle est assez réductrice de la profondeur de la crise. Il est vrai qu’IBK, connu davantage pour sa morgue et le mépris souverain dans lequel il tient ses opposants et détracteurs, a aussi la réputation de retourner très vite sa veste, dès que l’opposition à son régime radicalise ses prises de position. Le landernau malien perçoit le chef de l’Etat comme peu regardant en termes de principes et plus apte à lâcher les siens pour sauver son régime et qui renoue avec ses pratiques de prédation et de mal gouvernance, sitôt l’accalmie revenue.

 

Si bien que la grande hypocrisie des discours de réprobation consiste à soutenir que Mahmoud Dicko ne devrait pas se prévaloir de son aura de leader religieux pour descendre dans l’arène. Mais, l’iman Dicko y était clairement descendu depuis le coup d’Etat le plus bête du monde, celui du Boucher de Kati auquel lui et le Chérif de Nioro n’ont ménagé aucun soutien depuis les négociations de Ouaga aboutissant à la transition. Mieux, l’imam Dicko, et il a  demandé pardon au peuple pour cela, ainsi que le Guide des Hamallistes ont été le ferment qui ont sûrement et durablement assis la victoire éclatante d’IBK en 2013.

 

Considéré et adulé hier comme faiseur de rois, il est assez ironique qu’on lui dénie aujourd’hui le droit de poursuivre dans cette lancée. Il n’y ni incohérence encore moins incongruité que l’iman Dicko signe une forte présence dans le landernau : il ne l’a jamais quitté depuis la bronca contre la réforme du Code de la Famille d’ATT et l’adhésion aux thèses des mercenaires étrangers «des ennemis amenés dans notre pays pour nous attaquer», comme il l’a lui-même assuré sur les antennes de l’ORTM, le vendredi suivant l’affrontement entre bérets verts et bérets rouges qui a fini par donner les fosses communes de Diago, de Hamdallaye, etc.

 

Il reste qu’une peur panique s’est installée dans le camp présidentiel jusque-là confortablement ancré dans ses certitudes, fondées sur le déni de droit à la différence. La visite de la Minusma, de la CEDEAO et autres organisations internationales, auprès de Mahmoud Dicko et de Choguel Maïga, est la preuve incontestable que le 5 juin a été un tournant. Décisif ?

 

Il serait trop tôt de le dire. Mais le pouvoir d’IBK a été sérieusement ébranlé et il est clair qu’il n’hésiterait pas une seconde à sacrifier sa juge constitutionnelle et son président de l’Assemblée nationale.

 

Mohamed Ag Aliou

 

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2 COMMENTAIRES

  1. Quelqu’un peut-il dire a Boua le ventru IBK que le poisson pourrit par sa tete, c’est lui le probleme et pas les autres car les autres ne font que suivre lui boua le ventru le corrompu et corrupteur, le nepotiste et le voleur, lui Boua le ventru le tyran et le dictateur. C’est lui Boua le ventru IBK qui a ete achete des avions militaires surfactures qui ne volent meme pas pour notre armee en guerre contre le Terroristes/Jihadistes depuis 2011. Boua ka bla, il est incapable et incompetent, BOUA LE VENTRU IBK NE PEUT PAS DIRIGER LE MALI! Apres 7 annees de reigne, 6 Premiers Ministres uses et 6 Gouvernements plethoriques bousilles nous ne voyons aucun resultat concret. Boua doit retourner a Sebenikro pour aller dormir comme d’habitude!

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