PROCESSUS DEMOCRATIQUE : Des indices de maturation
Le Mali, malgré tout ce qu’on dit, est un havre de paix et une terre de stabilité politique. Il y a certes eu des périodes difficiles le long du processus démocratique et qui ont conféré à notre démocratie ...
En effet, après un moment de léthargie, du fait même des choix opérés par des acteurs politiques dans le sens de leur adhésion volontaire au consensus politique, la classe politique nationale connaît à nouveau une agitation qui traduit les mouvements de repositionnement. Dans ce processus, il semble que nombre d’acteurs politiques se refusent à jouer franc jeu. Dans tous les cas, on assiste à la multiplication des structures diverses, notamment des associations et autres mouvements comme devant être des alternatives aux partis politiques. Qu’est-ce à dire?
DOPER LES PARTIS POLITIQUES
Il se développe une dynamique ces temps-ci qui en dit long sur la baisse continuelle de l’impact des partis politiques qui, pourtant, représentent le socle même de la démocratie. En effet, il y a l’unanimité autour du fait que les partis politiques sont incontournables en démocratie. Mais cela contrarie fortement la situation qui a prévalu au Mali à l’issue des élections générales de 2002. Cette situation jugée atypique est à l’origine de la déliquescence des partis politiques qui se sont d’ailleurs retrouvés dans une position de concurrence. Aucun parti ne voulait rester en dehors de la gestion des affaires publiques.
De ce point de vue, être membre du gouvernement est devenu pour tous une sinécure. C’est à ce niveau qu’il s’est posé l’essentiel des problèmes auxquels la classe politique est confrontée depuis près de quatre ans. Ce constat est partagé par l’ensemble des composantes de la classe politique, c’est pourquoi il y a une prise de conscience de certains acteurs politiques, surtout ceux qui sont particulièrement déterminés à ne pas rater le rendez-vous des élections générales de 2007. C’est à travers les initiateurs du manifeste, évoluant dans le cadre d’une association ADJ qu’on constate le réveil du dynamisme.
Seulement les initiateurs ainsi que les autres signataires du manifeste ont laissé l’opinion publique nationale sur sa fin et ce malgré l’organisation récente d’une conférence de presse pour édifier l’opinion publique nationale. Aujourd’hui encore on s’interroge sur les ambitions réelles des initiateurs du manifeste. On l’a dit, ce n’est pas la première fois que des acteurs politiques font circuler une pétition au nom de la démocratie, de sa sauvegarde. Si pour la première fois c’était dans le cadre strictement de l’Adéma, cette fois-ci, il s’agit des représentants des partis politiques de divers horizons et de la société civile.
QUELLES MOTIVATIONS?
Aussi, certains initiateurs du premier manifeste sont aussi initiateurs de celui en cours de signature. Dans le premier cas, on sait qu’il y avait une velléité de déstabiliser pas forcément le pouvoir en place, mais certains hauts cadres placés qui ne faisaient pas l’affaire des signataires du manifeste d’alors, pis, ils les gênaient, les empêchant d’accéder à des postes de responsablité. Cela est irréfutable dans la mesure où le manifeste a toujours été le fait d’acteurs politiques en quête de places. Lorsqu’on part de cette hypothèse, difficilement on admet que le manifeste est un outil de renforcement de notre processus démocratique.
Au contraire, le manifeste semble plus s’intéresser au renforcement des capacités des signataires qu’à celui de notre processus démocratique. Il s’agit donc ni plus ni moins que d’un cadre d’autopromotion s’appuyant sur la négation de la situation politique dans laquelle nous vivons pour se faire une plus grande audience auprès d’un électorat démobilisé. Et, dans le contexte actuel, malgré que ses initiateurs affirment qu’ils n’ont pas l’ambition de conquérir le pouvoir, force est de constater que l’approche du manifeste pour tenter de faire bouger les choses au plan politique ne semble pas adaptée. De toutes les façons on dit qu’on reconnaît l’artisan à l’oeuvre. C’est donc le temps qui nous en dira.
Mais d’ores et déjà, ces mouvements traduisent la détermination de certains acteurs politiques à sauver ce qui peut encore l’être dans la perspective des élections générales de 2007.
LE MOUVEMENT CITOYEN, LA CIBLE?
Depuis l’arrivée d’ATTau pouvoir, le Mouvement citoyen est pris à partie par plusieurs acteurs politiques. Serait-il par jalousie? En tout cas, cette organisation demeure la cible de nombre d’acteurs politiques qui pensent certainement qu’elle les empêche d’émerger, d’avoir davantage de promotions dans l’appareil de l’Etat. Tant qu’il en sera ainsi, le Mouvement citoyen restera leur cible. Et pourtant, cette organisation, quoique jugée au départ spontannée, a fait du chemin, a des mérites pour avoir été d’un apport considérable dans l’élection d’ATT à la présidentielle de 2002. On se rappelle que les acteurs politiques, à la veille de ces élections, ont d’abord tenté de banaliser l’organisation qui, pourtant, a mouillé le maillot pour assurer la victoire à son candidat.
Aussi, il n’y a pas si longtemps, le RPM avait pris à partie le Mouvement citoyen et ce à l’instar de plusieurs acteurs politiques, certains ayant même rédigé des pamphlets aux fins de déstabilisation de ces amis d’ATT. On se rappelle que plusieurs associations ont été créées à l’approche des élections générales de 2002, d’autres sont en train de l’être dans le même esprit mais sans doute avec des objectifs et ambitions différents.
Au bout du compte tous vont concourir à la maturation du processus démocratique malien, nonobstant les orientations diverses.
Moussa SOW (10 Aout 2006)