Accords avec la rébellion:Les civils plus soldats que les militaires ?

Face à la rébellion récurrente au Nord du Mali, les présidents civils se sont comportés en soldats plus que les chefs d’Etat militaires. Les premiers ayant privilégié l’option de mâter ; les seconds, les accords de paix. Ceci explique-t-il cela ? Y’a-t-il une position médiane qui...

13 Juillet 2006 - 13:19
13 Juillet 2006 - 13:19
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Face à la rébellion récurrente au Nord du Mali, les présidents civils se sont comportés en soldats plus que les chefs d’Etat militaires. Les premiers ayant privilégié l’option de mâter ; les seconds, les accords de paix. Ceci explique-t-il cela ? Y’a-t-il une position médiane qui soit capable de mettre fin à cette insurrection itérative des rebelles touaregs ? 
Après l’éclatement de la première rébellion juste après l’indépendance du Mali, le président Modibo KEITA a choisi la méthode forte pour résoudre le problème. C’est ainsi que les capitaines Mamadou SISSOKO et Dibi Syllas DIARRA ont reçu mandat de mâter les rebelles dont les chefs, Alladen en tête, ont été capturés et jetés en prison. Leur condamnation à mort avait été commuée en perpétuité avant qu’ils soient graciés par le général Moussa TRAORE. Aucun accord, de quelque nature que ce soit, n’a été signé avec les rebelles par le président Modibo KEITA. Idem pour Alpha Oumar KONARE qui avait hérité, en 1992, du dossier de la rébellion qui avait refait surface dans les années 1990 avec plus de violence que par le passé. Après deux années d’accalmie relative, les attaques rebelles avaient repris de plus belle en 1994 dont celle de Bamba avec l’affaire BERBERA (diplomate de nationalité suisse) reste la plus emblématique. A l’époque, c’est Ladji Bourama qui était Premier ministre de la République. Il n’est pas passé par quatre chemins pour faire face à la nouvelle situation : plein pouvoir à l’armée pour ramener la paix et la sécurité au Nord du pays. Ce qui fut fait avec fermeté et responsabilité. C’est seulement après ce langage des armes (le seul que les rebelles entendent) que la Flamme de la paix était célébrée à Tombouctou, en 1995, pour fumer «définitivement » le calumet de la paix entre les fils d’un même pays. Il ne s’agissait point d’accords à proprement parler, mais d’engagement moral et symbolique des protagonistes à tourner la page sombre de la rébellion pour envisager l’avenir dans la paix et la concorde nationale.
Mais ce sont les chefs d’Etat militaires qui ont signé des accords de «paix » avec les rebelles : Accords de Tamanrasset en 1991 par le général Moussa TRAORE, Pacte national en 1992 par le lieutenant-colonel Amadou Toumani TOURE et Accords d’Alger en 2006 par le même général. La raison ou l’explication, c’est qu’ils savent (plus que les civiles) ce que c’est que la guerre en leur qualité de soldats généraux de l’armée malienne. «Min b’a ke, o ta shi don ; min b’a shi don, o ta ke », tel est le feu de la guerre qui ne brûle que les mains non expertes en la matière. «Il est aussi vrai que la guerre est trop sérieuse pour la confier aux seuls généraux de l’armée », confiait un éminent homme politique des démocraties avancées. 
Sous le prétexte de rattraper des prétendus retards dont la nature est responsable au premier chef (sécheresse structurelle et récurrente), des privilèges indus, dans les faits, sont octroyés à la région de Kidal au détriment des autres, à commencer par certaines zones du nord et même du Sahel occidental, vivant des mêmes hostilités de la nature. D’ailleurs, c’est à la fois un leurre et une mystification de faire croire que la culture touarègue est fermée à toute influence extérieure. Le thé le caractérisant aujourd’hui de façon emblématique n’est-il pas d’origine chinoise ?            
Par Seydina Oumar DIARRA-SOD