Le baobab des Soninkés (Ganda Fadiga)

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Les premiers habitants de Maréna sont venus du Diafounou vers 1840, Bouna Maro SIBY, un chasseur de Diongaga, village à une quarantaine de kilomètres à l’Ouest de Yélimané, a quitté ses terres à la poursuite d’un éléphant. Il s’est retrouvé dans la région de Maréna, a vu les terres entre les collines, avec sa mare et ses bas-fonds et la Kolimbiné .Le site lui a plu et, de retour à Diongaga, il a expliqué aux villageois qu’il avait découvert un emplacement propice pour l’agriculture et fonder un nouveau village.

C’est là-bas Ganda Fadiga qu’est né. Il est le dernier grand griot et a marqué des générations dans les milieux soninkés. Un homme reconnu et respecté. Ganda Fadiga est né en 1949 à Maréna (Diombokho), un village de la région de Kayes (ouest du Mali). Dès son jeune âge, à 14 ans, il est initié à l’art du « Gambééré » auprès du grand maître de cet art, le célèbre griot Diadié Sira, qui fut aussi le maître de son père Demba Fadiga. Virtuose de la mélodie et passeur de culture, El Hadji Ganda Fadiga est passé lui-même maître au point de se voir attribuer le surnom de griot internationalisé du Gambééré.

Le Gambééré est cet instrument qui, chez les Soninké, a trois ou quatre cordes ayant chacune son nom propre. Il est accompagné de deux tambours à aisselles appelés « Dunduge », pour jouer le « Sunke ». Ce genre musical, représentatif du patrimoine musical soninké, est joué à l’occasion des baptêmes, circoncisions, excisions, mariages et autres fêtes musulmanes (Tabaski, Korité). Ambassadeur de la culture de son peuple, il a sillonné le monde pour éveiller les soninkés de la diaspora, portant le message de l’amour de la patrie et de l’unité.

Poète et historien, Ganda Fadiga usait de pédagogie pour raconter aux enfants soninkés, surtout ceux des émigrés, l’histoire de leur terroir d’origine et de celle de leurs parents. Il les incitait à s’inspirer du courage, de la bravoure et du don de soi de ces derniers. Fadiga a su, avec son art et sa maîtrise du verbe, réunir les Soninké autour de ce qui les unit, appelant à faire tomber les barrières frontalières qui font qu’ils se retrouvent dans des pays différents, le Mali, la Mauritanie et le Sénégal notamment.

Très attaché à sa culture, Ganda Fadiga se définissait d’abord et avant tout comme Soninké. Dans ses chansons, il aborde la bravoure, le courage et l’humilité qui caractérisent les hommes et les femmes de son terroir, entre autres thèmes. Le griot se distinguait aussi en produisant des cassettes attribuées à des particuliers, dans lesquelles il racontait des Hiissa (légendes) de plusieurs personnages historiques.

Dans les années 1990, il s’ouvre à d’autres influences en la guitare acoustique, la guitare basse à son orchestration. Lui qui avait jusque-là popularisé, à travers des cassettes, des mélodies et sonorités dont il avait le secret et la maitrise : le Poye, le Segelaaré, le Molaaré, le Njaru Kaaro, etc. El Hadji Ganda Fadiga était aussi historien. Il s’illustrait, dans ses chansons comme dans les causeries qu’il animait, par sa grande connaissance de l’histoire des empires de la sous-région ouest-africaine. Il a largement contribué à la vulgarisation de la musique traditionnelle soninké et à montrer les liens qui unissent les Soninké aux autres peuples du bassin du fleuve Sénégal. C’est ainsi qu’il faut comprendre son rôle social dans la prévention et la résolution de conflits dans la sous-région.

Quand on sollicitait El Hadji Ganda Fadiga pour une médiation, il savait trouver les mots justes pour réconcilier les deux parties. Les témoignages sont unanimes à souligner la générosité de l’homme. Au médiateur social qu’il était, s’ajoutait le généreux donateur qui redistribuait les sommes d’argent que lui procuraient ses prestations. En reconnaissance, des structures pour la promotion de la culture soninké, réunies autour de l’Association pour la promotion du Soninké (APS), ont organisé un concert pour rendre hommage au traditionaliste, dont elles connaissaient la maladie. Les sommes générées par la manifestation avaient été intégralement versées à l’artiste.

L’hommage à El Hadji Ganda Fadiga l’a été pour un homme qui a passé toute sa vie à se rendre dans les pays où l’on peut rencontrer une communauté soninké ou, plus généralement, des Africains partis chercher fortune à l’étranger. Aux Etats-Unis, en France, en Belgique, en Côte d’Ivoire, au Congo, au Gabon, au Mozambique, etc. Sa disparition crée un grand vide pour la culture soninké et, au-delà, africaine. Il a marqué son temps en se faisant le gardien vigilant de la tradition et le protecteur d’un patrimoine porteur de valeurs essentielles.

Décédé le 19 septembre 2009 à Paris. 

Paix à son âme

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