Mali/réconciliation nationale : Encore du chemin à faire
Depuis quelques années, les autorités de la transition du Mali multiplient les appels à la « réconciliation nationale ». Toutefois, les faits sur le terrain racontent une tout autre histoire.
Derrière le discours de refondation et d’unité nationale, le pouvoir militaire semble privilégier une « réconciliation sélective ».
En avril 2024, la suspension des partis politiques et des associations a marqué un tournant. Justifiée par le souci de préserver la stabilité, cette décision a vidé l’espace public de ses contre-pouvoirs. Les formations politiques historiques, accusées d’avoir failli, ont été écartées. Les voix critiques, qu’elles viennent de la société civile, des médias ou de certains leaders religieux, se trouvent marginalisées, voire réduites au silence.
Résultat : la « réconciliation » vantée par le département de la Réconciliation ne s’adresse plus à l’ensemble du corps social, mais à une frange triée sur le volet celle qui adhère à la ligne de la transition. Le projet d’unité nationale s’apparente de plus en plus à un rassemblement autour du pouvoir, au détriment de la pluralité politique et du débat démocratique.
En réalité, la réconciliation semble aujourd’hui reposer sur un consensus imposé, plus que sur une concertation sincère. Sans ouverture du dialogue, sans inclusion des forces politiques et sociales écartées, le risque est grand que la réconciliation nationale reste un slogan politique, vidé de sa substance.
Mohamed Keita