Il est brave, le général Kafougouna Koné. Tellement brave qu’il n’a peur ni des railleries, ni des accusations en tous genres : l’essentiel étant pour lui de trouver un cadre pour expliquer le texte de l’accord d’Alger. Il monte inlassablement au front pour défendre ledit accord. Au point qu’il ressemble souvent à quelqu’un qui a pour mission de se battre contre des moulins à vents.
Je ne commettrai pas l’impair de dire qu’il plaide la cause de « son » accord, parce que comme on le dit dans le jargon militaire il était en mission commandée. Après la résolution arrachée au forceps aux députés le jeudi de la semaine dernière, il a rencontré les femmes le lundi dernier puis la société civile le lendemain mardi. Toujours avec la même rengaine à la bouche, répétant à l’ennui les mêmes paroles dont je ferai l’économie.
Malgré les soutiens sonores et les applaudissements bruyants, manifestations plus polies que sincères pour beaucoup, le général Kafougouna sait que la mayonnaise a du mal à prendre. Je pense honnêtement, que sauf à poursuivre d’autres objectifs ou disons sauf à ne pas avoir d’autres objectifs, le moment semble venu de sonner la fin de cette mauvaise propagande et de passer à autre chose.
Parce que de toute évidence, ceux qui ont eu la charge de ce dossier paraissent tellement gênés aux entournures qu’ils bafouillent. En voulant toucher les cordes sensibles des Maliens vaille que vaille, ils ont utilisé de grosses ficelles, en tout cas des ficelles suffisamment grosses pour que de larges couches socioprofessionnelles se disent qu’on les prend à tout le moins pour de parfaits nigauds. Et que par rapport au feuilleton qu’on leur projette, qui est visiblement un véritable navet, elles ont dû forcément rater un épisode.
Comme le général Kafougouna, je sais que souvent la répétition a du bon. Donc répétons ce qui était : au début, il a été dit sur tous les toits que ce qui s’est passé à Kidal et à Ménaka n’était pas une tragédie et qu’il n’y avait pas le feu ; au milieu on est venu dire aux Maliens que tout s’est bien passé parce qu’on venait de leur éviter, les veinards, une guerre sanglante et inutile ; et à la fin, on insiste à leur faire comprendre, les cancres, que l’unité nationale et l’intégrité territoriale sont sauves. Que veut le peuple, comme dirait l’autre ?
Les autorités, qui s’attendaient certainement à être félicitées pour leur clairvoyance par des youpi, ont eu la surprise de leur vie parce qu’en face, elles ont trouvé des Maliens qui sont passés, face à ce scénario « abracadabrantesque », du doute au scepticisme pour terminer carrément dans la suspicion. En somme, de vrais « ingrats » qui ne mesurent pas leur bonheur.
Je pense qu’à ce niveau il y a une équivoque à lever : il n’y a pas d’un côté ceux qui veulent la paix et de l’autre ceux qui veulent la guerre. Ceux qui critiquent les accords (journalistes, politiciens, syndicalistes, citoyens, etc.) veulent juste comprendre comment on est passé d’une simple situation de désertion à une situation de guerre ; ils veulent comprendre comment personne n’a été associé à tout le processus ; ils veulent comprendre comment d’une situation où l’on ne devait appliquer que la loi on s’est retrouvé dans un scénario de signature d’accord. On a beau leur expliquer qu’il faut préférer la paix à la loi, le fait est qu’il est vain de parler de paix sans loi.
Je disais que, sauf à poursuivre d’autres objectifs ou à ne pas avoir d’objectifs du tout, le moment est venu de passer à autre chose. Avant que de continuer les explications au niveau des communes et d’organiser des marches comme cela semble être la prochaine étape, il faut appliquer ce qui a été signé. Puisque malgré tout ce qui se dit et s’écrit, il est hors de question de revenir sur l’accord, appliquons le donc. Peut-être que de son application jailliront certaines réponses.
On saura si Fagaga et ses hommes accepteront d’abandonner les grottes qu’ils occupent depuis des mois avant les attaques du 23 mai. Ce qui nous sortira de cette situation surréaliste où dans les faits nous avons deux armées dans notre pays. On saura si la gestion « avec discernement » dont on nous rabat les oreilles consistera à les réintégrer, à les juger, à les radier ou à les recycler dans d’autres domaines de la vie socioprofessionnelle. On saura s’ils ont encore les armes et les munitions enlevées ou si, pour faire bouillir la marmite dans les grottes, ils en ont « égarées ». Parce que ceux qui se battent sous d’autres cieux pour diverses raisons savent que dans les grottes ils pourraient s’approvisionner.
Il faut donc faire vite pour passer à l’application de ce qui a été signé. Surtout que les hommes de Fagaga estiment que depuis la signature des accords, le gouvernement n’a rien entrepris pour son application. Ce qui prouve qu’ils sont sinon impatients du moins pressés. On le serait en moins pour des gens qui semblent avoir gagné le jackpot. Et comme jusqu’à présent ils ont eu la « gentillesse » de ne pas brouiller la communication gouvernementale, il semble que leur message a été entendu et compris parce que le général Kafougouna a annoncé que dans les tout prochains jours, le gouvernement s’exécutera.
La semaine dernière je disais que l’accord d’Alger occultait presque le reste de l’actualité. C’est ainsi que je n’avais même pas pu saluer l’arrivée à la tête de la Cour Suprême pour la première fois d’une femme. Mme Kayita Kayentao, puisque c’est d’elle qu’il s’agit, a été investie comme il se doit. Bien entendu, c’est une victoire pour tous ceux qui se battent pour la promotion des femmes surtout que c’est la première fois qu’une institution de la République est confiée à une femme.
Mais par-delà le fait qu’elle soit femme, moi je la considère d’abord comme un homme de loi, un homme de droit que son parcours irréprochable et ses compétences avérées ont hissé à ce niveau. C’est à elle de prouver que la Justice n’a pas de sexe et qu’on peut dire le droit dans notre pays qui en a fort besoin.
Comme événement, il y avait également le 2e Conseil national du RPM. Il était attendu par tous les observateurs de la scène politique surtout que, hasard du calendrier, il s’est situé dans la foulée du vote de la résolution en faveur de l’accord d’Alger à l’Assemblée nationale ; résolution contre laquelle les députés du RPM ont voté. Beaucoup se sont donc dit que cette fois-ci ça y est IBK va tout casser et déclarer qu’il basculerait dans l’opposition pour de bon.
De toute évidence, ils devront attendre encore un peu. Parce que IBK, qui de toute évidence a gagné en maturité, ne veut pas donner l’impression de se battre contre des moulins à vents. « Nul ne va nous distraire de notre mission », a-t-il déclaré. Son parti a non seulement réaffirmé sa volonté de participer aux élections présidentielle et législatives de l’année prochaine mais il a recommandé que ce soit IBK qui soit le candidat pour Koulouba.
Tout le monde sait à quoi s’en tenir. Ceux qui veulent coûte que coûte qu’au nom du consensus il n’y ait pratiquement pas d’autres candidats sont servis. Et peut-être que cela pourrait en appeler d’autres.
El hadji TBM