Que sont-ils devenus… Boubacar Barry : Le couteau suisse du football malien
Le talent de Mopti, plus précisément du quartier de Wayonkoré, Boubacar Barry est notre invité de la semaine pour l'animation de "Que sont-ils devenus ?".
C'est le prototype du joueur sur lequel un entraîneur sait compter pour combler le vide d'un poste. Ce qui fait qu'il a évolué dans tous les compartiments du jeu, hormis celui du gardien de but. Ce profil polyvalent, aujourd'hui presque disparu, faisait de lui un véritable couteau suisse du football malien, capable de répondre présent quel que soient les exigences tactiques. Son slogan à ses différents coachs : "Dites-moi ce que vous attendez de moi, je gère le reste" résume à lui seul l'état d'esprit d'un joueur discipliné, intelligent et totalement dévoué au collectif. Comment de Mopti à Bamako Boubacar Barry s'est-il imposé ? Le Peul bon teint nous a reçus à l'ACI 2000 pour parler de sa riche carrière et de sa retraite footballistique, avec la sérénité de ceux qui ont tout donné au football.
Fraîchement venu de son Mopti natal, Boubacar Barry s'est illustré par son talent. D'un physique pas du tout imposant, sa maigreur faisait penser à deux grands joueurs : Jean Amadou Tigana et Mohamed Djilla. Une corpulence qui, loin d'être un handicap, constituait en réalité une force, tant elle lui permettait d'exprimer pleinement sa mobilité, sa vivacité et son endurance.
Sa morphologie singulière lui permettait de virevolter durant quatre-vingt-dix minutes sans baisser de régime, au point de donner l'impression qu'il jouait avec un poumon supplémentaire.
Tel un essuie-glace, Barry savait subtiliser le ballon au bon moment pour marquer sa présence dans une zone, couper les lignes de passes adverses et relancer proprement le jeu. Nous l'avons suivi durant sa carrière, et l'unanimité est faite autour de la constance de sa forme, une régularité rare à une époque où les moyens de préparation étaient limités. Et ce match contre le Cameroun, où on aurait pu le conduire dans la salle antidopage pour chercher à justifier sa débauche d'énergie, reste gravé dans les mémoires comme l'illustration parfaite de son abnégation. D'un geste révolutionnaire, le jeune Boubacar Barry, à l'époque, a tenu tête aux mondialistes camerounais, affichant une maturité tactique et un courage qui forçaient le respect.
Débauche d'énergie
Comment s'était-il retrouvé latéral gauche ? L'enfant de Mopti se souvient : "Le Mali appliquait un système de trois défenseurs avec Oumar Guindo, Moussa Kéïta dit Dougoutigui et Fagnery Diarra. Aly Diarra devait s'occuper de François Omam Biyick dans ses mouvements de diversion. Evidemment, j'étais au milieu. C'est à la suite d'une contre-attaque camerounaise déclenchée par Emile Mbouh que j'ai décalé sur le couloir gauche pour enrayer l'action offensive. Du coup, Aly Diarra m'a instruit de garder ma position dans cette zone, et il s'était autoproclamé deuxième stoppeur devant Fagnery et Dougoutigui pour apporter une réplique au système de jeu 4-4-2 mis en place par l'entraîneur camerounais. Tout est parti de là".
Effectivement, Barry a tenu le coup par ses marquages et ses remontées sur le flanc gauche, démontrant une capacité d'adaptation exceptionnelle en plein match. Malheureusement, la sortie inattendue en deuxième mi-temps de son aîné Aly Diarra fragilisera le bastion défensif des Aigles. Omam Biyick et Jacob Ewandé profiteront de cette fébrilité pour assommer les Maliens.
Les compétitions inter quartiers et scolaires ont fortement contribué au succès de Boubacar Barry. Elles ont forgé son mental, son sens du combat et son amour du jeu simple et efficace. C'est dans ce sillage qu'il participera à Bamako à la Biennale de 1986. La fusion des équipes régionales écourte son passage au Banni Club local. Ainsi, avec les Koureichy Camara, Harouna Coulibaly dit Diégo, Boubacar Sissoko, Adama M'Boh, Oumar Guindo, Bandiougou Bagayoko, ils conduisent le Débo de Mopti au succès, notamment deux demi-finales de Coupe du Mali : contre le Sigui de Kayes en 1987 et face au Stade malien de Bamako en 1988.
Ces performances collectives mettaient déjà en lumière un joueur discret mais indispensable, dont le rendement ne faiblissait jamais. C'est à l'issue de cette rencontre contre le Stade malien de Bamako qu'il est sélectionné en équipe nationale junior, pour prêter main-forte aux Amadou Bass, feu Sory Ibrahim Touré dit Binkè, Bouba Diabaté, Malick Tandjigora, Alassane Diallo dit Tom Foot, Issa Soumaré, etc.
Après deux journées d'éliminatoires directes de la Can, Barry prend le train en marche contre le Maroc, mais comme remplaçant. Coup de théâtre ou signe de destin ? Ce qui est clair, l'AS Biton, renforcée par quelques joueurs locaux dont Barry, représente le Mali au tournoi du 4-Août au Burkina Faso sous la houlette du duo Kidian Diallo et Mamadou Libo Diarra. Alors, pour cette compétition, une question se pose : Boubacar Barry doit-il sa renommée à notre confrère et doyen feu Karim Doumbia ou est-ce son talent qui a parlé ?
Intelligence du jeu et générosité
Toujours est-il que l'envoyé spécial de Radio Mali n'a cessé de magnifier dans ses reportages les qualités du jeune et surtout le rôle qu'il joue au sein de la formation des Aigles. Ces commentaires le font monter de grade, mais ils ne font que traduire ce que le terrain révèle déjà.
Du statut de réserviste dans les gradins, l'encadrement technique des Aiglons, au retour de l'équipe nationale senior, le titularise contre l'Egypte. Sa chance découle de la suspension du teigneux Mamoutou Tolo, qu'il remplace valablement au milieu. Dès lors, l'enfant de Mopti est devenu l'un des maillons indéboulonnables du dispositif tactique du duo Nany-Doudou durant le reste des éliminatoires directes de la Can junior, et surtout la Coupe du monde en Arabie saoudite, où son intelligence de jeu et sa générosité dans l'effort ont marqué les esprits.
Mieux, Boubacar Barry est courtisé par les grands clubs : le Réal, le Stade, le Djoliba et l'AS Sogemork. Sous la pression de l'ancien international Cheick Fanta Mady Diallo, il transfère au Stade malien de Bamako, où il passe dix saisons (1989-1999). Une décennie durant laquelle il s'impose comme une valeur sûre du football national.
Avec les Blancs de Bamako, il remporte six Coupes du Mali (1990, 1992, 1994, 1995, 1997, 1999), quatre titres de champion (1989, 1993, 1995) et un doublé en 1995 contre l'Usfas lors de la finale de la Coupe du Mali, avec comme entraîneur Djofolo Traoré, laissant l'image d'un joueur combatif et respecté de tous. Après la Coupe du monde junior, il passe six ans en équipe nationale, joue la phase finale des Jeux africains de 1991 au Caire, remporte la Coupe Ufoa en 1992 avec le Stade malien de Bamako. C'est au terme de ce brillant parcours que Boubacar Barry prend sa retraite footballistique de façon anodine.
Terrassé par un paludisme récurrent, il s'est finalement remis pour se donner par la suite un temps de repos avant de reprendre les entraînements. Entre temps, il prend du poids. Le désir de jouer le fuyait de plus en plus, et voilà que sa carrière se referme sans être au préalable préparé psychologiquement. Une fin discrète pour un joueur qui, par son humilité, sa constance et son intelligence de jeu, a marqué son époque et laissé une empreinte durable dans l'histoire du football malien. O. Roger Albert