Les cartes africaines de Manuel Valls

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Le Premier ministre français Manuel Valls joue au football avec des élÚves du lycée français d'Accra, le 29 octobre. © RUTH MCDOWALL / AFP
Le Premier ministre français Manuel Valls joue au football avec des élÚves du lycée français d'Accra, le 29 octobre. © RUTH MCDOWALL / AFP

« Moi j’aime l’Afrique », aime rĂ©pĂ©ter Manuel Valls, de retour en France au terme d’un pĂ©riple de 4 jours Ă  travers l’Afrique de l’Ouest. Le Premier ministre français s’intĂ©resse davantage Ă  l’Afrique que ses immĂ©diats prĂ©dĂ©cesseurs Ă  Matignon. Ses frĂ©quents dĂ©placements sur le continent en attestent. Il proclame haut et fort son soutien aux dĂ©mocraties africaines, mais les opposants aux rĂ©gimes en place lui reprochent de ne pas porter la logique dĂ©mocratique jusqu’à son terme.

Le Premier ministre français vient d’achever une tournĂ©e de 4 jours Ă  travers l’Afrique occidentale, qui l’a conduit du Togo jusqu’en CĂŽte d’Ivoire, en passant par le trĂšs anglophone Ghana. Au cours de ces quatre jours, Manuel Valls a dit et redit la nĂ©cessitĂ© de promouvoir une « alliance du XXIe siĂšcle » entre l’Europe et l’Afrique. En mĂȘlant les destinations anglophones et francophones et en faisant l’apologie des rĂ©gimes dĂ©mocratiques, il dessine lui-mĂȘme les contours de cette alliance moderne, loin de la logique traditionnelle des prĂ©-carrĂ©s et des empires.

Son rĂ©cent pĂ©riple a aussi Ă©tĂ© pour le chef du gouvernement français l’opportunitĂ© de marteler sa passion pour le continent africain (« Moi j’aime l’Afrique, les Africains »). Ce n’est d’ailleurs pas la premiĂšre fois que le locataire de Matignon dĂ©clarait aux Africains son intĂ©rĂȘt pour leur continent, un continent qu’il frĂ©quente rĂ©guliĂšrement depuis les annĂ©es 2000, d’abord en tant que maire, puis en tant que ministre.

Depuis son arrivĂ©e Ă  la primature en janvier 2014, il s’était dĂ©jĂ  rendu, avant son rĂ©cent pĂ©riple, au Tchad, au Niger, au Maroc, au Burkina Faso, au Mali, en Alger et au SĂ©nĂ©gal. Il aura ainsi visitĂ© dix pays en l’espace de trente mois. Il est ainsi parmi les politiciens français de premier plan qui connaĂźt le mieux l’Afrique, ses paysages, ses dirigeants, mais aussi sa population que Manuel Valls a rencontrĂ©e Ă  travers la diaspora africaine d’Evry, ville dont il a Ă©tĂ© le premier magistrat entre 2001 et 2012.

« Un intĂ©rĂȘt que l’Afrique lui rend bien », souligne Najwa El HaĂŻtĂ©, d’origine marocaine, qui fut un temps chargĂ©e de la communication de l’ancien maire d’Evry. Et la jeune femme de citer les distinctions que les pays africains ont attribuĂ©es Ă  Manuel Valls pour le remercier de son amitiĂ©: les insignes de commandeur du Wissam alaouite remises par le roi du Maroc en personne, l’Ordre national du Niger, la Grande-Croix malienne de l’Ordre national du mĂ©rite
 , une longue liste d’honneurs africains qui tĂ©moigne de la proximitĂ© de Manuel Valls avec le continent.

Proximité

Cette proximitĂ© que semble cultiver le locataire de Matignon a une histoire. Une histoire familiale dont les racines se trouvent en Sierra Leone oĂč le grand-pĂšre maternel de Manuel Valls s’était installĂ© aprĂšs la Seconde Guerre mondiale. Le Premier ministre a racontĂ© sa dĂ©couverte du pays d’adoption de son ancĂȘtre et sa rencontre avec la famille mĂ©tisse que celui-ci y avait fondĂ©e.

Plus importante encore sans doute, c’est la proximitĂ© qu’il a forgĂ©e en sa qualitĂ© de maire d’Evry, ville de banlieue parisienne jumelĂ©e avec Kayes, au Mali, Dakar et Nouakchott. « Une proximitĂ© paradoxale », commente Francis KpatindĂ©, professeur de gĂ©opolitique africaine Ă  Sciences-Po, Paris. « Tout le monde se souvient de sa phrase malheureuse : ” il y a beaucoup trop de Blacks Ă  Evry ” que l’on a passĂ© en boucle dans les mĂ©dias, mais on oublie que Valls Ă©tait l’un des premiers Ă©diles de France et de Navarre Ă  travailler avec les Africains, ajoute le spĂ©cialiste. Dans son Ă©quipe, il y avait des Maliens, des Mauritaniens, des Togolais, ajoute le spĂ©cialiste, Ă  l’image de la composition de la population de sa commune. »

Ces Africains s’appellent Saliou Diallo, d’origine sĂ©nĂ©galaise, ou PacĂŽme Yawovi Adjourouvi, d’origine togolaise, ou encore le Mauritanien Ibrahima Diawadoh N’Jim, le plus connu car celui-ci continue d’occuper une place importante dans la garde rapprochĂ©e du maire d’Evry devenu depuis Premier ministre. GrĂące Ă  leur rĂ©seau trĂšs Ă©tendu au pays, ceux-ci ont pu lui ouvrir la porte de l’Afrique, notamment de l’Afrique de l’Ouest et du Maghreb. Evry et son agglomĂ©ration y ont dĂ©veloppĂ© des partenariats techniques et culturels de longue haleine, citĂ©s comme exemple de la coopĂ©ration dĂ©centralisĂ©e.

Pour la Franco-Marocaine Najwa El HaĂŻtĂ©, aujourd’hui maire-adjointe d’Evry, qui a longtemps fait partie de l’équipe de Manuel Valls, « Evry a Ă©tĂ© un vĂ©ritable laboratoire pour le futur Premier ministre qui, Ă  la faveur des diffĂ©rents projets de coopĂ©ration, a appris Ă  travailler avec la classe dirigeante africaine. C’est Ă©galement pendant ses dĂ©placements sur le continent, ajoute l’élue, que M. Valls a pris conscience du retard pris par la France dans les secteurs Ă©conomiques par rapport aux Ă©mergents tels que la Chine, l’Inde ou la Turquie qui investissent massivement en Afrique. »

Enjeux

Le commerce et l’économie figurent, en effet, toujours parmi les principaux enjeux des dĂ©placements que Manuel Valls a effectuĂ©s en Afrique en tant que Premier ministre. Sa derniĂšre tournĂ©e ne dĂ©roge pas Ă  la rĂšgle, comme en attestent les discours qu’il a tenus tout au long de son voyage de quatre jours, martelant l’urgence de « bĂątir ces partenariats qui font la force de nos Ă©conomies ».

D’ailleurs, les destinations n’avaient pas Ă©tĂ© choisies au hasard. TombĂ©e du 1er au 4e rang des partenaires Ă©conomiques de la CĂŽte d’Ivoire, la France mise sur la santĂ© Ă©conomique retrouvĂ©e de cette derniĂšre pour reconquĂ©rir ses parts de marchĂ©s perdues. Perdues surtout au profit des Chinois avec lesquels le Premier ministre entend organiser prochainement un grand sommet France-Afrique-Chine pour repĂ©rer les synergies possibles.

Au Togo, Manuel Valls a visitĂ© le port autonome de LomĂ© gĂ©rĂ© par le groupe BollorĂ©, un des poids lourds français qui a su rĂ©sister Ă  la concurrence des nouveaux venus, tout comme Bouygues, Total ou Eiffage. A Accra, capitale du Ghana, oĂč le secteur des nouvelles technologies contribue au dynamisme de l’économie nationale, le Premier ministre avait rendez-vous avec des start-up et des incubateurs ghanĂ©ens.

Au Ghana, le locataire de Matignon a Ă©galement visitĂ© le Centre d’entraĂźnement antiterroriste de cette ancienne colonie britannique, pour sans doute rappeler ll’engagement militaire de la France dans la rĂ©gion depuis la guerre au Mali. Le sĂ©curitaire a Ă©tĂ© au centre des tournĂ©es effectuĂ©es par Manuel Valls en Afrique sahĂ©lienne depuis 4 ans, en tant que ministre d’abord, puis Premier ministre. Ce rĂŽle de « sĂ©curocrate », il le partage avec le prĂ©sident François Hollande qui a la haute main, selon la Constitution française, sur la DĂ©fense et les Affaires Ă©trangĂšres, les fameux « domaines rĂ©servĂ©s ». Selon les journalistes qui ont participĂ© au voyage de presse de Manuel Valls, ce dernier exerce ces missions rĂ©galiennes Ă  l’international avec beaucoup d’enthousiasme, car cela lui permet de consolider sa stature de prĂ©sidentiable.

L’ambition prĂ©sidentielle du chef du gouvernement français est un secret de polichinelle. Pour Francis KpatindĂ©, il n’y a pas de doute, c’est pour se faire « adouber par les dirigeants africains qui comptent » que Manuel Valls s’est rendu en Afrique Ă  six mois de la prĂ©sidentielle, et « incidemment pour s’assurer que l’Afrique comme caisse de financement fonctionnerait pour lui s’il devait rentrer en campagne demain ». « C’est cela le vĂ©ritable enjeu de ce voyage, poursuit Francis Kpatinde. La rĂ©ussite dĂ©pend de comment il joue ses cartes africaines ».

Manuel Valls a manifestement bien jouĂ© lesdites cartes. En tĂ©moigne son adoubement par son homologue ivoirien, le qualifiant de « Valls l’Africain » lors d’une cĂ©rĂ©monie publique, pendant sa rĂ©cente tournĂ©e en Afrique. Le qualificatif « l’Africain » Ă©tait rĂ©servĂ© jusqu’ici aux prĂ©sidents.

Or, cet adoubement a bien entendu un prix. Pour les opposants togolais qui viennent d’adresser au Premier ministre leurs dolĂ©ances contre le pouvoir en place chez eux, ce prix est la fin d’un certain idĂ©alisme qui avait valu Ă  ce dernier, il y a quelques mois, les foudres de Libreville. Manuel Valls avait alors laissĂ© entendre, lors d’une Ă©mission tĂ©lĂ©visĂ©e, que le prĂ©sident gabonais Ali Bongo n’avait pas Ă©tĂ© lĂ©gitimement Ă©lu. Aussi, la dĂ©ception a-t-elle Ă©tĂ© grande parmi les opposants Ă  LomĂ© de voir le Premier ministre de la France se rendre au Togo, lĂ©gitimant un prĂ©sident Faure GnassingbĂ© EyadĂ©ma, dont ses adversaires contestent le bilan dĂ©mocratique.

Par Tirthankar Chanda Publié le 04-11-2016 Modifié le 04-11-2016 à 15:03

RFI.fr

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1 commentaire

  1. “en passant par le trĂšs anglophone Ghana.” 😕 😕 😕 😕

    Tiens, j’ignorais qu’il existĂąt des pays TRES anglophones! 😆 😆 😆

    Mais Ă  ce compte-lĂ , vu la qualitĂ© dĂ©plorable du Français que l’on parle chez nous, on ne va pas tarder Ă  parler du Mali LEGEREMENT Francophone! 😆 😆 😆 😆

    Houbien? :mrgreen:

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