Conflit Dankassa-Niagadina dans le Mandé : Statu quo ante

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Le radicalisme des positions affiché de part et d’autre n’augure d’aucun optimisme. Tout au moins pour l’instant.

 

Tant qu’il y aura des va-t-en guerre des deux côtés, il  n’y aura jamais de paix entre Dankassa et Niagadina, deux villages unis par des liens extrêmement forts. « Il est quasiment impossible de trouver une famille à Niagadina où il n’y a pas une fille de Dankassa et vice versa », affirme péremptoire un honnête citoyen de Niagadina  qui a requis l’anonymat. Ces propos sont d’autant plus vrais que le défunt maire de cette localité, Lassine Traoré dit Socrate, nous disait, il y a quelques années, que sa mère était  elle-même originaire de Dankassa. C’est en effet sous sa mandature qu’un puissant convoi de gendarmerie avait été dépêché sur les lieux  pour mater ce qu’il avait  qualifié de  « rébellion à l’autorité »  orchestrée par certains « meneurs » du village. Cependant, les versions parfois surréalistes varient tellement d’un camp à l’autre, qu’il est presque impossible de savoir la vérité dans une affaire qui a laissé, il est vrai, des souvenirs peu ragoûtants dans les mémoires meurtries des populations de Dankassa. Mais, même si les uns et les autres semblent convaincus que l’on ne peut pas refaire l’histoire, ni effacer complètement les brûlures nées de cette descente musclée et « humiliante » des forces de l’ordre, de fortes et vigoureuses initiatives se sont cependant manifestées à travers le pays,  pour ramener la paix et la quiétude entre ces deux  frères devenus  aujourd’hui « ennemis ». 

 

 L’association des « Tiraman si » en médiation !

La première et principale initiative est venue de l’association des « Tiraman si ». Il s’agit là de tous ceux ou celles qui revendiquent aujourd’hui -phénomène de mode oblige ! – l’héritage de Tiramakan Traoré, un des principaux lieutenants et chefs de guerre de Soundiata, fondateur de l’empire du Mali. Mais voilà qu’au moment où tout le monde espérait un dénouement heureux de la crise, un homme assis au milieu de cette auguste assemblée  se lève, et patatras, vocifère à la figure des dignes représentants de cette délégation : « Nous ne voulons pas d’une négociation. Si vous voulez savoir la vérité, la voici : nous voulons que Dankassa soit aussi un chef-lieu de commune.» Ce brave homme a-t-il dit tout haut ce que le village, tout au moins une frange importante du village, murmurait tout bas ? Personne ne saurait le dire avec exactitude, mais une chose est sûre : c’est sur ces notes assez tristes, que la fameuse assemblée, cet autre « kurukan fuga » des temps modernes qui était, semble-t-il, censée  harmoniser les visions, a  lamentablement échoué, au grand dam des membres de la délégation et de tous ceux qui œuvraient en secret et dans le plus grand anonymat, à ramener ces deux agglomérations à accorder leurs violons.

La réalité de la sortie malheureuse de cet homme  qui serait « en mission commandée » n’est pourtant pas si fortuite que cela, car depuis un certain temps déjà, certains membres de l’association des ressortissants du village de Dankassa vivant à Bamako continuent de faire croire à leurs frères restés au village, que leur association est aujourd’hui capable d’infléchir la volonté de l’Etat et de faire en sorte que leur  village peuplé de plus de 3000 âmes  soit  à son tour transformé en un nouveau chef-lieu de commune. Mais de quels arguments concrets disposent-ils pour réussir un tel « exploit » ? Bien malin qui peut répondre à cette question. Quid de la commune  de Niagagina ?  Ce sera du chacun pour soi. Le problème se situerait au niveau de cette association dont les membres n’ont pas, de toute évidence, la même lecture des problèmes auxquels leur village est confronté. D’autre part ils ne sont pas toujours d’accord avec les responsables du village sur certaines questions engageant l’avenir de celui-ci. Au sein de l’association, certains parmi les progressistes étaient favorables à une participation du village aux dernières élections communales, parce qu’ils sont convaincus que c’est la seule issue raisonnable de ce conflit.  Des cas similaires existent dans de nombreuses zones du pays. Dankassa ne fait pas exception, mais devant le radicalisme affiché et entretenu à la base par certains « marchands d’illusions », cette tendance a été mise en minorité. Pour le malheur d’un village qui devra attendre encore  longtemps pour pouvoir espérer  obtenir gain de cause. L’Etat sachant qu’en réparant des « injustices » constatées ici et là, il risque d’ouvrir une nouvelle  boîte de pandore.

 

Parler d’une seule et même  voix !

Depuis le début de ce conflit qui remonte aux élections communales de 1997 et le refus manifeste et spectaculaire du village de participer à ces élections,  tout le village continue toujours de parler d’une seule et même voix. Comme ce fut d’ailleurs le cas lors des dernières élections législatives où le village avait massivement  boycotté la candidature de l’honorable Lansana Saran Traoré, un député élu  de la localité. « Tout le village a voté massivement comme un seul homme contre lui. C’est au second tour et à la suite d’un vrai sursaut d’orgueil que le village de Niagadina (chef-lieu de la commune) a passé outre les calculs partisans pour donner tout son suffrage à Lansana, l’enfant du village », nous confiait récemment un autre interlocuteur anonyme. Mais de là à dire que c’est lui qui aurait payé de sa poche (en guise de représailles) les perdiem des gendarmes venus mater ses frères « frondeurs » à Dankassa, il y a sans doute un pas que de nombreuses personnes ont déjà franchi.  En tout état de cause, cet épisode malheureux  aura vraiment laissé des souvenirs assez douloureux dans cette région extrêmement  « conservatrice » et peu habituée à ce genre de spectacle.

Une excuse publique, même a posteriori, de l’honorable député, peut-elle amener les deux villages à enterrer définitivement la hache de guerre ? Notre tentative de rencontrer l’honorable député est toujours restée vaine. Mais  nous espérons vous livrer prochainement son témoignage sur le nouveau processus de réconciliation en cours, dans ce conflit « fratricide » qui suscite de nombreuses passions.

 

Par Bacary Camara


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