Succession de massacres dans l’armée : À quand la fin de l’horreur ?

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Pudique, si ce n’est un habituel effet de style, IBK a reconnu, lors de son adresse à la Nation du 14 juin dernier que «l’Etat … consacre près d’un tiers de son budget annuel (à) nos Forces de Défense et de Sécurité… nous sommes encore loin de gagner cette bataille» de la sécurité. Omettant de souligner les nombreux scandales de prévarication et de détournements, par son régime et son entourage familial et sécuritaire, et de dire que la majeure partie de ce tiers du budget national est la cause essentielle de nombreuses déroutes militaires d’une armée sous-équipée, mal équipée et pour laquelle jusque-là, en sept ans de pouvoir, le régime n’a acheté que des équipements obsolètes et non fonctionnels.

 

Et comme un écho à son adresse et en l’anticipant, les djihadistes se sont rappelés de la manière la plus horrible possible au bon souvenir d’IBK, avec le massacre du 14 juin qui restera gravé dans les mémoires comme un sommet dans l’horreur !

 

Boulkessi et Mondoro, le 30 septembre 2019 : plus de 89 militaires tués (le gouvernement avait mis des jours pour convaincre l’opinion nationale qu’il n’y avait eu « que » 40 morts) ; 49 soldats morts (officiellement encore, mais le nombre réel serait plus que le double), le 1er novembre 2019 suivant, à Indélimane ; puis 17 jours plus tard, précisément, le 18 novembre, plus de 40 morts (le régime d’IBK reconnaît 24).

 

Cette fois à Tabankort ; plus d’une vingtaine de gendarmes massacrés à Sokolo le dimanche 26 janvier 2020 (là encore, les chiffres du gouvernement sont scandaleusement faux), puis à nouveau Mondoro le dimanche 1er mars 2020 : 6 morts (officiellement, mais d’autres sources sécuritaires indiquent un nombre plus élevé) ; Bamba, le 6 avril 2020 où, là aussi, en dépit des chiffres réels que les autorités se gardent de communiquer, ce sont plus de 30 jeunes soldats, dont la moyenne d’âge ne dépassait pas 20 ans et qui n’avaient même pas un an sous le drapeau, qui ont été livrés à la mort.

 

Ce dimanche 14 juin à Bouka Wéèrè à Diabaly, ce sont déjà plus d’une quarantaine de soldats morts qu’on déplore, en attendant les vrais chiffres dont on sait qu’ils tourneront encore autour de 40 pas et plus, le chiffre fétiche d’IBK et de son régime !

 

Entre ces massacres, faisant la Une des médias, il existe une foule de « petits massacres de deux à cinq soldats », rondement exécutés (comme pour ne pas perdre la main contre un pouvoir chancelant !), des pertes militaires si constantes et si régulières qu’elles sont devenues routinières et qui n’émeuvent plus personne, surtout pas au niveau du pouvoir ni de la famille d’IBK, hormis certainement les familles des soldats tombés.

 

Naturellement, si ce n’est l’entregent de Tabitaal Pulaku (mais uniquement quand il s’agit de Peulhs), on passera par pertes et profits les massacres communautaires de civils (généralement dogons et peulhs certes, mais aussi quelques tribus touarègues et assimilés), pour lesquels s’élèvent, de temps en temps, les condamnations quasiment inaudibles de quelques ONG alertées par des leaders communautaires disposant de réseaux.

 

La litanie des revers militaires, ces deux dernières années au Mali, s’est plutôt déclinée en sanglants massacres de soldats. Avec deux dénominateurs communs à tous les massacres : la lenteur suspecte des renforts appelés des heures, voire des jours durant, en vain, et le nec plus ultra de l’irresponsabilité politique, à la limite de la haute trahison : l’absence de matériel adéquat pour riposter au feu djihadiste doublée de l’obsolescence avérée des équipements militaires achetés à dessein, sur la base de surfacturation éhontée et de détournements criminels, par l’entourage sécuritaire et familial du président de la République.

 

Les chiffres officiels sont si tripatouillés que le régime lui-même se mélange les pinceaux en avançant, toute honte bue, des chiffres contradictoires de soldats morts sans jamais pouvoir ou se donner la peine de corriger ses propres erreurs. L’incurie et le manque de professionnalisme conduisent toujours à la quarantaine pour faire tourner le nombre de morts, sans savoir que justement ce chiffre, apparemment fétiche, étale tout le mensonge entretenu et qui est réducteur de la douleur des familles durement endeuillées et celle de la nation meurtrie dans sa chair.

 

Le nombre de soldats maliens tombés, dit-on, au champ d’honneur, est si élevé qu’il donne le tournis. Champ d’honneur certes pour les soldats, mais assurément champ de déshonneur pour le président IBK et sa famille ainsi que surtout les donneurs d’ordres, la coterie d’officiers félons de l’entourage sécuritaire immédiat du président de la République et de sa famille dont son fils Karim, des officiers généraux affairistes pour nombre d’entre eux.

 

Lesquels ont envoyé à l’abattoir les jeunes « sans relations » comme les jeunes soldats de Bamba dont la plupart n’avait même pas un an sous le drapeau, quand les fils d’officiers, les nombreux soldats cooptés et leurs parrains officiers supérieurs sont planqués à Bamako dans le confort des luxueuses villas cossues, comme celle de plus de 100 millions de valeur nominale qu’un général en activité vient d’ériger aux 300 logements pour sa seconde moitié.

 

Le régime a formé des élites sécuritaires, certes, mais pour protéger les familles des membres du régime. Ces soldats d’élite, tapis à Bamako, excellent à massacrer les civils, les populations manifestant leur colère contre les actes délictuels du pouvoir, à l’image de la FORSAT, Force anti-terroriste du Général félon, Salif Traoré, qui s’est singulièrement signalée, non contre les terroristes régnant en maîtres absolus jusqu’aux portes de Bamako, dans la région tout proche de Koulikoro, mais bien récemment contre les populations civiles de Sikasso et de Kayes.

 

Mohamed Ag Aliou

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