Choix entre la démocratie occidentale en crise et l'autoritarisme : L'ancien ministre Harouna Niang invite à instaurer une gouvernance intégrant les réalités locales…

Dans une de ses réflexions intitulée : "Faut-il repenser la démocratie face aux défis du 21e siècle ?", l'ancien ministre Harouna Niang passe au crible les modèles de gouvernance imposés dans nos différents pays et ceux appliqués dans les pays occidentaux.

11 Juil 2025 - 12:01
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Choix entre la démocratie occidentale en crise et l'autoritarisme : L'ancien ministre Harouna Niang invite à instaurer une gouvernance intégrant les réalités locales…

Selon lui, pendant des décennies, la démocratie a été érigée en modèle politique universel, censé garantir la liberté, la justice et la dignité humaine. Portée par les grandes puissances occidentales, dit-il, elle s'est imposée comme une norme à laquelle tous les pays devaient se conformer pour prétendre à la légitimité sur la scène internationale.

Mais aujourd'hui, déplore-t-il, force est de constater que la démocratie traverse une crise profonde. Et d'ajouter que ni le communisme, discrédité par son échec historique, ni la démocratie, affaiblie par ses contradictions internes et ses échecs pratiques, ne semblent capables de répondre seuls aux défis immenses et complexes du monde contemporain. "Il devient urgent de poser la question : que faire ?", précise-t-il.

A l'en croire, il faut distinguer les valeurs démocratiques (participation citoyenne, séparation des pouvoirs, protection des libertés fondamentales) de leur mise en œuvre concrète. En Afrique, poursuit-il, la démocratie s'est souvent réduite à des élections périodiques, formelles, déconnectées des réalités économiques et sociales.

Ainsi, des alternances sans véritable changement, des partis politiques clientélistes, des institutions affaiblies, et une participation citoyenne limitée ont fini par nourrir une grande désillusion. A ses dires, cette crise n'épargne pas non plus les grandes démocraties occidentales parce qu'elles sont elles aussi confrontées à des dérives inquiétantes : racisme structurel, inégalités croissantes, captation du pouvoir politique par les lobbies économiques, manipulations médiatiques, désaffection civique… Autant de symptômes d'un système qui peine à tenir ses promesses.

Double discours démocratique des grandes puissances

Pour l'ancien ministre, plus grave encore est le double discours démocratique des grandes puissances qui défendent hautement les principes démocratiques dans leurs frontières, mais les oublient dès qu'il s'agit de leurs relations avec les pays plus faibles. "Là où elles prônent l'Etat de droit chez elles, elles pratiquent ailleurs le deux poids deux mesures, l'ingérence, la domination économique, les sanctions unilatérales, voire les changements de régime", a fait remarquer M. Niang.

De son point de vue, les institutions internationales, censées incarner un ordre juste et multilatéral, reflètent en réalité un déséquilibre structurel hérité de la Seconde Guerre mondiale. Car, le Conseil de sécurité des Nations unies, le FMI, la Banque mondiale, l'OMC, sont autant de dispositifs où quelques pays imposent leurs règles et leurs priorités au reste du monde, au mépris de l'égalité souveraine entre nations.

Cette contradiction majeure, renchéri-t-il, sape la crédibilité de l'idée démocratique. "Comment croire à l'universalité de ses principes quand ceux qui s'en revendiquent les piétinent dès qu'ils sortent de chez eux ?", s'interroge-t-il. Et d'ajouter que la démocratie ne peut pas être un privilège réservé aux pays riches et un instrument de domination à l'étranger.

Dans ce contexte, il dira que la Chine, régulièrement critiquée pour son autoritarisme politique, attire l'attention par ses performances économiques, sa stabilité sociale et sa capacité à planifier à long terme. Bien que des interrogations subsistent sur les libertés individuelles, de nombreux pays du Sud y voient une alternative crédible à la fois au modèle démocratique occidental et à la dépendance aux bailleurs traditionnels. Cela interroge : "la démocratie est-elle nécessairement synonyme de performance ? Ou bien avons-nous confondu forme et fond ? Un État peut-il être légitime s'il apporte des résultats concrets à son peuple, même sans respecter les canons classiques de la démocratie libérale ?"

Une démocratie mondiale respectant la souveraineté des peuples

Pour lui, il ne s'agit pas de renoncer à la démocratie, mais de la repenser profondément pour en faire un levier réel d'émancipation et non un simple label idéologique. Cela suppose : une démocratie plus participative et enracinée, intégrant les réalités locales, les traditions communautaires et les formes endogènes de gouvernance ; une réconciliation entre démocratie et justice sociale, car un système politique qui ne réduit pas les inégalités perd sa légitimité ; une démocratie utile, capable de nourrir, soigner, éduquer et protéger ses citoyens ; une démocratie mondiale, qui respecte la souveraineté des peuples, réforme les institutions internationales, et garantit à chaque pays, petit ou grand, une voix égale dans la gouvernance de la planète.

Longtemps suiveuse, martèle-t-il, l'Afrique peut devenir un laboratoire de l'innovation politique. A ce titre, elle n'a pas à choisir entre la démocratie occidentale, aujourd'hui en crise, et l'autoritarisme. Car, elle peut forger une voie originale, adaptée à ses réalités, exigeante dans ses résultats, inclusive dans son fonctionnement et en instaurant une gouvernance enracinée, pragmatique, souveraine et profondément humaine. Mais cela suppose du courage, celui de questionner les dogmes, d'affirmer sa propre voix, de créer des institutions ancrées dans l'histoire, la culture et les aspirations africaines et non simplement importées de l'extérieur.

En conclusion, il dira qu'il faut dépasser les illusions pour bâtir une gouvernance digne. Car, l'histoire ne progresse pas par soumission aux modèles dominants, mais par invention et rupture. Et de poursuivre que le communisme a échoué parce qu'il s'est enfermé dans le dogme. Ainsi, dit-il, la démocratie risque de subir le même sort si elle continue d'être appliquée à géométrie variable, respectée à l'intérieur, mais trahie à l'extérieur.

"Ce n'est pas entre démocratie et dictature qu'il faut choisir, mais entre un statu quo inéquitable et une nouvelle vision de la gouvernance, fondée sur la dignité des peuples, la justice globale, l'efficacité des États et la souveraineté partagée. L'Afrique, et au-delà elle, l'ensemble du Sud global, a une opportunité historique, ne pas abandonner la démocratie, mais la transformer pour la rendre enfin fidèle à ses promesses universelles", a-t-il conclu.  

       

 Boubacar Païtao

 

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Commentaires (3)

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Kinguiranke
Kinguiranke 1 an
malomali, je ne sais pas si tu n'as pas de la sauce de fakoye a la place de ton pauvre cerveau, mais il n' y a pas de mauvaise democratie! Elle existe ou elle n'existe pas! Quand les elections sont truquées ce n'est pas de la democratie! Quand les consciences sont achetées ce n'est pas de la democratie! Quand les opposants politiques sont exclus des elections arrêtes et emprisonnes ce n'est pas de la democratie! Quand les mandats sont a 3 ou 4 ce n'est pas de la democratie! Quand c'est l'article 49.3 qui gere un pays ce n'est pas une democratie!.
malomali
malomali 1 an
Une mauvaise démocratie vaut toujours mieux qu'une bonne dictature... Cela étant dit, il faut effectivement adapter cette démocratie aux pays africains. Il vaut mieux éviter le système présidentiel et plutôt penser à un système avec juste une assemblée prenant en compte chaque région et des ministres classiques qui se charge de proposer les débats et des lois au parlement. Le parlement pourrait aussi proposer des lois bien sur. Bref le but est d'éviter de donner trop de pouvoir trop longtemps à 1 seule personne, ça finit toujours mal. En ce qui concerne les élections de ces parlementaires, il faut réfléchir à un système qui permet d'avoir une représentativité équitable des différentes populations, les riches, les pauvres, les femmes etc... Bon tout cela est compliqué mais ça vaut le coup d'essayer de trouver des solutions. Nous pouvons devenir les pionniers d'un nouveau monde plus juste et nous serons peut-être imité par la suite :).
Kinguiranke
Kinguiranke 1 an
Cette democratie occidentale ne marche pas meme en occident, tu prends le cas de la France ou c'est une minorité sortie des urnes qui gouverne depuis 7 ans et gere le pays avec l'article 49.3. En Allemagne c'est une coalition des minorités qui dirige le pays! La democratie qui est le pouvoir par le peuple et pour le peuple avec la separation des 3 pouvoirs n'est pas le problème en soit mais la solution malheureusement les politiciens qui pretendent l'exercer l'ont corrompu et detruit. Il ne faut pas jeter le bébé et l'eau sale de bain!
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