Imitation des motifs Bogolan sur les Wax : L’angoisse des confectionneurs
Une grande inquiétude anime les confectionneurs de bogolan à Bamako qui voient leurs créations imiter sur des tissus modernes importés.
La capitale malienne est inondée présentement par différents tissus industriels imprimés en motif bogolan.
Dans les grandes boutiques de vente de tissus ou chez les commerçants détaillants, ces nouveaux tissus volent la vedette de plus en plus au grand marché de Bamako.
Ils sont présents presque dans tous les magasins de vente. A première vue, ces belles couleurs attirent les passants. Parfois, on peut même les confondre avec le bogolan authentique
En effet, le processus de cette imitation commence ici. Les grossistes sélectionnent différents motifs du vrai bogolan. Ils les envoient ensuite aux fabricants qui les reproduisent sur les tissus industriels selon les besoins du client.
Selon certains vendeurs, ces nouveaux tissus proviennent de nombreux pays à travers le monde dont la Chine et l’Inde. D'autres viennent aussi du Sénégal et du Burkina Faso.
Ces tissus imités sont moins chers que les bogolans originaux. Par exemple, on peut avoir trois pagnes de ces nouvelles étoffes entre 5 000 à 6 000 F CFA. Ceux qui sont importés du Sénégal et du Burkina sont vendus à 4 000.
Par contre, le prix des vrais bogolans varie selon l’article demandé, explique un confectionneur de bogolan. Selon lui, une écharpe en bogolan est vendue à 5000, 7000 et plus.
La reproduction des motifs bogolan sur les tissus modernes inquiète les acteurs du domaine.
Idrissa Dembélé est artiste peintre. Depuis sa galerie « An ka sô chez Badri » à Missabougou, il confectionne du bogolan contemporain et traditionnel depuis une dizaine d'années. Un savoir qu’il a hérité de son père.
L’artiste estime la situation très critique « Cela m’est arrivé plusieurs fois. Certains reprennent nos motifs traditionnels ou les adaptent sans mentionner leur origine ou sans autorisation. C’est frustrant et décourageant. On se sent volé, surtout quand notre travail, notre culture et notre créativité sont utilisés sans respect ni reconnaissance », s’indigne le sortant du centre Ndomo de Ségou en art de peinture.
Pour lui, « les imitations qui sont souvent de mauvaise qualité nuisent à l'image du bogolan authentique et réduisent la valeur de leur travail sur le marché ».
Aux dires d’Idrissa Dembélé, il existe au Mali des moyens comme le dépôt de modèles ou l’enregistrement auprès des structures de propriété intellectuelle. L’artiste reconnaît que beaucoup d’artisans ne sont pas bien informés ou accompagnés dans ces démarches.
Face à l’invention de ces nouvelles imitations des motifs bogolan, l’artiste dit penser sérieusement à s’enregistrer dans les jours à venir pour protéger ses créations « C’est important pour notre patrimoine culturel et notre savoir-faire. Et oui, je vais le faire afin de mettre fin à l’imitation de nos créations ».
Natenin I. Fadiga