Cérémonie d’ouverture du Sommet extraordinaire de la Cedeao sur la situation politique au Mali et le coup d’état militaire en Guinée-Bissau: le Discours de SEM Alassane Ouattara

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le président ivoirien Alassane Ouattara et le président burkinabè Blaise Compaoré, le 26 avril 2012 à l'ouverture à Abidjan d'un sommet extraordinaire. (AFP)

Discours de SEM Alassane Ouattara, Président de la République de Cote d’Ivoire, Président en exercice de la Cedeao.

– Excellences Madame et Messieurs les Chefs d’Etat et de Gouvernement ;
– Monsieur le Président de la Commission de la CEDEAO ;
– Monsieur le Président de la Commission de l’Union Africaine ;
– Monsieur le Représentant Spécial du Secrétaire général des Nations Unies pour l’Afrique de l’ouest ;
– Mesdames et Messieurs les Commissaires ;
– Mesdames et Messieurs les Ministres ;
– Mesdames et Messieurs les membres du corps diplomatique ;
– Mesdames et Messieurs les Représentants des Organisations Internationales ;
– Mesdames et Messieurs les Ambassadeurs ;
– Honorables invités ;
– Mesdames et Messieurs ;
C’est avec un réel plaisir que nous vous accueillons à Abidjan ce matin à l’occasion de ce sommet extraordinaire de la CEDEAO. Nous vous souhaitons la bienvenue en terre ivoirienne et nous vous remercions très sincèrement d’avoir répondu si nombreux à notre invitation.
Un mois après notre dernière réunion au sommet dans cette même enceinte, nous sommes à nouveau réunis pour nous concerter sur l’actualité de notre sous-région, dominée
principalement par la situation politique au Mali avec en toile de fond la menace de l’expansion du phénomène du terrorisme, et le coup d’Etat militaire en Guinée Bissau.
L’objectif de ce Sommet Extraordinaire de la CEDEAO, convoqué une fois encore en urgence, est de faire le bilan à mi-parcours de nos actions communes et donner de l’élan à nos prochaines initiatives, notamment dans la mise en œuvre de nos décisions sur la situation politique au Mali.
Il nous faudra également, prendre ensemble d’importantes mesures pour répondre sans délai à la situation de confusion politique qui règne en Guinée-Bissau.

Excellences, Madame et Messieurs les Chefs d’Etat et de Gouvernement,

Comme vous le savez, ces dernières semaines ont été marquées par d’intenses ballets diplomatiques entre nos différentes capitales , pour concrétiser les décisions que nous avons prises pour le retour à l’ordre constitutionnel au Mali.

Votre implication à chacune des étapes du chronogramme d’actions que nous avions établi ensemble, est à la dimension des premiers résultats qui ont été obtenus par la médiation au Mali et salués par tous.

C’est dans ce contexte marqué par notre mobilisation au chevet du mali que nous avons enregistré, avec regret, le coup de force militaire en Guinée-Bissau ; coup de force qui menace la survie économique et institutionnelle de ce pays et réduit à néant des années d’efforts et d’engagement financier de la communauté internationale.

La complexité des événements auxquels il nous faudra, dans l’urgence, apporter des réponses appropriées ne sont pas sans conséquence sur la stabilité de notre sous-région et des institutions de nos Etats, sur ses ambitions économiques et humaines.

Face à l’urgence de la situation, nos travaux doivent nous permettre de répondre efficacement au défi sécuritaire tout en préservant l’essence démocratique de nos institutions et tout en appelant au renforcement de la coopération avec nos partenaires.

Excellences Mesdames et Messieurs,

Lors du Sommet Extraordinaire du 27 mars 2012, ici même à Abidjan, nous avions donné un mandat au groupe des six Chefs d’Etat sur le Mali et au Médiateur désigné, Son Excellence Monsieur Blaise COMPAORE, Président du Faso.

Leur travail de médiation avec la junte militaire malienne a permis des avancées notables, au nombre desquelles :
– l’Accord-cadre signé entre les représentants du Médiateur de la CEDEAO et la junte ;
– l’amnistie accordée aux membres de la junte ;
– la levée des sanctions diplomatiques, économiques et financières sur le Mali ;
– la démission conformément aux dispositions de la constitution malienne du Président Amadou Toumani TOURE ;
– l’investiture le 12 avril 2012 du Président de l’Assemblée Nationale, Dioncouda TRAORE en qualité de Président intérimaire du Mali ;
– la nomination d’un Premier Ministre consensuel, Cheick Modibo DIARRA, chargé de conduire la transition et de former un gouvernement de transition.
– La formation d’un Gouvernement le mardi 25 avril 2012

Ces résultats concrets inscrivent le Mali dans une dynamique de transition. Cependant, beaucoup reste encore à faire.
C’est pourquoi, il nous faudra à la lumière de certains agissements de nature à compromettre le climat de transition actuelle, clarifier le rôle et les responsabilités de chacun des acteurs de cette transition.

Aucune de nos dispositions sur le Mali ne saurait être dévoyée ou travestie et l’autorité du pouvoir civil doit être renforcée et affirmée.
En définitive, il nous faudra, avec le soutien des pays du champ, c’est-à-dire l’Algérie et la Mauritanie et de nos partenaires au développement, accompagner cette transition politique et permettre au Mali de recouvrer son unité territoriale.

Il conviendra également de voir dans quelles mesures nous pourrons, avec tous nos partenaires sous-régionaux, ainsi que les Nations Unies, l’Union Européenne, l’Union Africaine, les Etats-Unis et la France, résoudre la question de l’ouverture urgente de corridors humanitaires, pour le ravitaillement du nord Mali en médicaments et en vivres.

Face à la fragilité sécuritaire occasionnée par de nouvelles crises, par le péril terroriste et les menaces transfrontalières dans notre sous-région, il nous faut rester fermes et engager la mise en œuvre des conclusions des travaux des chefs d’états-majors de la CEDEAO.

La transition politique au Mali est bien engagée et nous devons tous veiller à en garantir la stricte constitutionnalité pour l’exemple et pour conforter la légitimité de ceux qui incarnent ces institutions, dans la perspective de l’unification du pays .
Excellences, Madame et Messieurs les Chefs d’Etat et de Gouvernement,

La nouvelle situation de crise politique qui prévaut en Guinée Bissau, avec cet énième coup d’Etat militaire survenu le 12 avril 2012, nécessite, vous en conviendrez, un examen approfondi de la situation sécuritaire et politique de ce pays.

En effet, alors que la junte s’était engagée à respecter l’ordre constitutionnel, nous avons appris avec étonnement la mise en place d’un Conseil National de Transition par le commandement militaire de la junte et vingt-quatre partis politiques.
Nous ne pouvons tolérer plus longtemps cette usurpation du pouvoir par la junte, qui doit se retirer et laisser le processus politique aller à son terme, avec l’accompagnement de la CEDEAO.

Au regard des évènements récents, le temps est venu pour la CEDEAO de prendre ses responsabilités ; elle devra assurer le leadership du processus de transition politique confisqué par la junte militaire et créer les conditions d’une mise en œuvre efficace de la réforme du secteur de la sécurité, avec l’appui de l’ensemble des partenaires impliqués.

Il nous faudra également prendre les mesures qui s’imposent, sur la base de la présentation que nous fera le Médiateur désigné dans la crise Bissau-guinéenne, le Président Alpha CONDE, du rapport du Président de la Commission de la CEDEAO sur la Guinée-Bissau et des conclusions de la mission à Luanda conduite par le Président du Conseil des Ministres de la CEDEAO.

Pour cela, il nous faudra mettre rapidement en place un dispositif transitionnel, conforme à la Constitution bissau-guinéenne, en vue d’assurer dans les meilleurs délais le retour durable à l’ordre constitutionnel, ainsi que la poursuite et la finalisation du deuxième tour du processus électoral déjà entamé.
Excellences Mesdames et Messieurs,

Les attentes des populations maliennes et bissau-guinéennes sont grandes.
Ces populations attendent de notre Organisation de soulager leur quotidien et leur souffrance. Nous sommes à un tournant de la vie de nos Nations; nous sommes confrontés à la plus grande menace contre la démocratie. Notre réaction ferme et l’engagement de nos alliés sont plus que jamais vitaux pour que notre sous-région ne bascule dans le terrorisme et la criminalité transnationale.
Ne nous y trompons, la sécurité de l’Europe et des Etats-Unis commence désormais au sahel et dans le Golfe de Guinée.

Excellences Mesdames et Messieurs,

Je demeure convaincu qu’ensemble, nous saurons tourner la page des crises qui minent aujourd’hui le Mali et la Guinée-Bissau et permettre à ces pays de rebondir.

Avant de terminer, je voudrais souligner, qu’à la demande de certain de nos pairs, l’important dossier de l’élection du Président et des membres de la Commission de l’Union Africaine a aussi été inscrit à l’ordre du jour de notre réunion. Il faut en effet que la CEDEAO parle d’une même voix et contribue efficacement à la solution de ce dossier essentiel pour l’avenir et le développement de notre continent.

Je voudrais enfin exprimer en votre nom à tous, ma profonde gratitude à nos partenaires que sont notamment les pays du champ c’est-à-dire l’Algérie et la Mauritanie ainsi que les Nations Unies, l’Union Européenne, l’Union Africaine, les Etats-Unis, la France, pour leurs appuis inestimables à tous nos efforts de sauvegarde et de consolidation de la paix dans notre sous-région et sur notre continent.

Je déclare ouverts les travaux du Sommet Extraordinaire des Chefs d’Etat et de Gouvernement de la CEDEAO.

Je vous remercie.

 

abidjan.net

Publié le jeudi 26 avril 2012

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4 COMMENTAIRES

  1. LA CEDEAO A TRAVERS A VRAIMENT DEPASSE LES BORNES. NOUS ETIONS POURTANT SUR UNE BONNE DYNAMIQUE DE SORTIE CRISE ALORS JUSTIFICATION A DONNER AUX DECISIONS DU SOMMET QUI FONT CHAMBOULER L’ACCORTD CADRE ET TOUT LE RESTE? C’EST MECHANT NOS FRERES OUEST AFRICAINS N’ONT PAS PITIE DE NOUS. ON NOUS REPLONGE ENORE DANS L’OSTERITE. ALLAH AKBAR!

  2. 👿 je pense bien que, la CDEAO avec a sa tête le président ivoirien a fait un excellent travail.compte tenu des résultats qu’ils ont pu obtenir en un délai record.
    mais, le plus important reste à venir il s’agit notamment du péril islamique et la rébellion au nord de notre pays.
    une chose est sûr compte tenu de gravite de la situation,l’avenir et la légitimité de nos institutions sous régionales tel que la CDEAO, l’union africaine…en dépendra 👿

  3. Mais pour qui ADO se prend? Croit-il que le Mali est sous tutelle ivoirienne ou de la CEDEAO ? Qu’il sache que les maliens sont aussi intelligents et instruits pour gérer leur propre pays. Nous n’avons de leçon à recevoir de n’importe quel pouvoir installé par les armes. Alors moins de bavardage et ça suffit comme ça.

    • Je ne comprends les gens;quand la cedeao ne dis rien, vs vs plaignez;quand Elle reagit vs vs plaignez encore.il faut comprendre que la cedeao est une institution sous régionale dont le Mali est membre.
      Je pense que Aly Moro doit chercher à se cultiver pr ne plus raconter de balivernes.
      C’est maintenant que vs savez sortir les griffes;si vs aviez agit ainsi sous ATT et AOK, vs seriez pas dans cette situation miserable que les uns et les autres (cedeao et autres) essaient de reparer

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