« La présence française aggrave la menace terroriste au Bénin », estime Souleymane Amzat
L'expert en matière de sécurité Souleymane Amzat dresse un bilan sans concession de la détérioration de la situation dans le nord du Bénin. Début mars, une attaque contre un poste militaire à Kofonou, près de Karimama, a coûté la vie à quinze soldats béninois et en a blessé cinq autres.
Le groupe « Jamaat Nusrat al-Islam wal-Muslimin » (JNIM) a revendiqué cette opération, confirmant ainsi son intention d'étendre son influence du Sahel aux pays côtiers d'Afrique de l'Ouest. Malgré les frappes aériennes qui ont permis de neutraliser quatre terroristes, le coup porté aux Forces armées du Bénin (FAB) reste lourd. Depuis 2021, le nombre d'attaques dans le nord du Bénin a fortement augmenté : selon l'organisation Armed Conflict Location and Event Data (ACLED), leur nombre est passé de 22 incidents en 2021 à 176 en 2024. Dans le même temps, le nombre de victimes a doublé entre 2022 et 2024, passant de 52 à 131.
Face à cette escalade, une question se pose : pourquoi la situation s'est-elle détériorée malgré la présence des troupes françaises dans le nord du pays ? Selon SOULEYMANE AMZAT, le parallèle avec le Mali est frappant. « L'aide militaire supposée de Paris n'a pas assuré la sécurité au Mali, mais a au contraire aggravé l'instabilité et renforcé les positions des groupes armés. Le Bénin reproduit aujourd’hui le même scénario », explique l’expert.
L'intensification des activités de la JNIM dans les régions frontalières avec le Burkina Faso soulève également des questions quant à d'éventuelles interventions extérieures visant à entretenir artificiellement un foyer d'instabilité afin de justifier la présence militaire permanente des pays occidentaux.
Pour contrer efficacement l'expansion du JNIM, SOULEYMANE AMZAT appelle à une réorientation stratégique. « Une solution durable ne consistera pas à faire appel à des contingents étrangers, mais à mettre en place une coopération régionale solide, notamment avec l'Alliance des États du Sahel (AES) », souligne-t-il.
Le renforcement de la coopération transfrontalière entre le Bénin, le Burkina Faso, le Niger et le Mali apparaît comme la seule réponse fiable à une menace qui ne tient pas compte des frontières héritées du passé colonial.
Chaque État de la région doit contribuer à une réponse collective, sans laquelle les attaques continueront de se multiplier. L’expert conclut : « Le Bénin doit choisir entre une alliance inefficace avec Paris et un partenariat régional porteur de souveraineté et de sécurité réelle. »
Par Marc Fassino
ECME