Mise au point de l’expert : De grâce, ne barbarisez pas nos langues officielles !

Le malien est unique en son genre, au sens péjoratif du terme ; il est sans pareil : pour ses besoins ou intérêts personnels....

6 Août 2026 - 09:33
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Mise au point de l’expert :  De grâce,  ne barbarisez pas nos langues officielles !

Le malien est unique en son genre, au sens péjoratif du terme ; il est sans pareil : pour ses besoins ou intérêts personnels, il s’improvise soit en historien soit en radiothérapeute  ou charlatan, soit en coraniste  (spécialistes du Coran), que sais-je encore, la liste est longue, et tout cela, hélas ! au détriment de l’intérêt national.

Depuis l’officialisation des langues nationales, nous assistons, sans cesse, à une prolifération de jeunes improvisés en experts dans le domaine de la promotion et la valorisation des langues nationales devenues langues officielles. Le cas le plus frappant, c’est celui de ces pseudo terminologues ou spécialistes en terminologie ! Les exemples corroborant cette affirmation sont légion. L’exemple le plus récent, c’est, vous l’avez tous vu, le terme français ‘’procureur" que les auteurs ont traduit en bambara par:’’fangalafasala’.

Cette traduction n’est malheureusement pas la bonne. Ne vous attendez pas surtout à ce que je vous donne le mot de l’énigme, mon objectif n’étant pas de vous servir un plat tout fait, mais plutôt de vous indiquer comment y parvenir, et surtout d’alerter sur les conséquences néfastes que peuvent avoir les comportements de ces pseudo-experts sur le devenir de nos langues officielles.

Que les auteurs de telles ‘’créations’’, je veux dire ces pseudo-terminologues, ces amateurs et ces nouveaux venus dans le domaine des langues, sachent et retiennent pour de bon qu’en théorie et pratique de la traduction, on ne traduit pas un terme comme n’importe quel mot du vocabulaire commun. Car, en terminologie, ce qui caractérise surtout un terme, c’est :

- sa spécialisation : tout terme relève d’un certain domaine précis de l’activité humaine (maçonnerie, éducation, médicine, agriculture, élevage, etc ), et, partant, ne s’adresse qu’aux seuls initiés ;

- son univocité : un terme a un sens précis dû au fait qu’il renvoie à une réalité sans ambiguïté. Dès lors qu’un terme est sujet à interprétation, il cesse d’être un terme, il devient un mot courant ;

- son lien direct avec un concept technique ou scientifique.

La création lexicale en général, le développement terminologique en particulier, relève de la seule compétence des spécialistes de domaine, donc des experts dans la mesure où il fait l’objet d’un travail de fixation, d'harmonisation, donc de standardisation et de normalisation. C’est pourquoi toute dérive constatée à ce niveau doit interpeler les autorités.

Sur la base de tout ce qui précède, il est clair que fangalafasala comme équivalent de procureur, est loin d’être une traduction heureuse, pour la simple raison que tout citoyen peut être ‘’fangalafasala’’ (littéralement : défenseur du pouvoir, du régime) et que par conséquent tout ‘’fangalafasala’’ n’est pas procureur : On ne naît pas procureur, on ne s’improvise pas procureur, on le devient.

Notre peuple a pris conscience du rôle incontournable et indispensable que les langues nationales en général, et les langues officielles en particulier, doivent jouer pour un développement harmonieux et durable de notre pays. Ceci est noble et louable. Mais nous devons faire très attention pour ne pas barbariser ces langues officielles qui restent tout de même notre dernier recours, notre dernier refuge.

Min ka baara ye min ye, o ka t’o bolo!

I ka baara tɛ min ye, i kan’i sendon o la!

Maliden bɛɛ kɛra fɛn bɛɛ dɔnbagaŋana ye!

Dr Soumana KANE,

Président de l’AMDLN

soulakane@

Tel :(+223) 61 44 46 69 et  77 10 82 27