DOUANE : 19 milliards CFA en fumée !

La Douane malienne est malade. Maladie de sa hiérarchie, dont l’incompétence est de notoriété publique. Malade de ses recettes, en chute libre depuis trois ans. Malade de la corruption et du népotisme, érigés en système de gestion. Les maux de la Douane malienne se résument en...

6 Sep 2006 - 20:34
6 Sep 2006 - 20:34
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La Douane malienne est malade. Maladie de sa hiérarchie, dont l’incompétence est de notoriété publique. Malade de ses recettes, en chute libre depuis trois ans. Malade de la corruption et du népotisme, érigés en système de gestion. Les maux de la Douane malienne se résument en peu de mots : affairisme, détournements de fonds, et gestion clanique du personnel.

Un seul exemple : pour le mois d’août dernier, 19 milliards CFA manquaient à l’appel de la caisse. D’où la colère de la délégation du FMI et de la Banque mondiale. Mais aussi, du Premier ministre, qui a convoqué, hier mardi, l’ensemble des chefs de Bureau dans la salle de conférence de la dette publique. Objectif : mettre fin à cette hémorragie financière, dont l’onde de choc continue de retentir dans les caisses du Trésor public, en cessation de paiement.

« Nous avons honte, aujourd’hui, de porter l’uniforme de la Douane. Car, la Douane a perdu son prestige d’antan. Au manque criard de recettes, s’ajoute un désintérêt quasi-général pour la profession de Douanier. Sans compter les scandales, qui ne finissent pas de finir à la Direction générale… ».

Les gestes hauts et forts, un haut gradé de la Douane malienne résume, en ces termes, la situation désastreuse de son service. Avant d’ajouter, ému : « Tout ce que nous demandons, à nos autorités, c’est de nous débarrasser de cet homme (NDLR : le colonel Cheick Kéita, Directeur général), qui a plongé la Douane dans l’agonie ».

En effet, depuis trois ans, la Douane malienne est au bord du gouffre : chute vertigineuse des recettes, scandales à répétition, détournements, à la pelle, corruption, népotisme, etc…

D’abord, les recettes douanières. Elles vont de mal en pis. Et, aujourd’hui, de pis en pire.

Recettes en chute libre

Sur 26 milliards CFA attendus en août dernier, la Direction générale des Douanes du Mali n’a réalisé que 7 milliards CFA. Soit, 19 milliards CFA partis en fumée. Du coup, les représentants du FMI et de la Banque mondiale, chargés du suivi des recettes douanières, grincent les dents. Conséquence : les caisses du Trésor public sont vides. Désespérément, vides. Les mandats, en instance de paiement, se font attendre. Les impayés du Trésor avoisinent 50 milliards CFA.

Autre conséquence de la forfaiture de la Douane : les journées du Mali au Canada ont failli être annulées. Faute d’argent. Le Trésor était dans l’incapacité de débourser 75 « petits » millions CFA pour ce faire. Ses organisateurs ont dû recourir au Premier ministre, afin de débloquer les fonds. Vient, ensuite, le mécontentement général des Agents.

Magouilles à la pelle

Annoncé, à grands renforts de publicité, le redéploiement du personnel n’a pas donné les résultats escomptés. Bien au contraire. Les recettes vont de mal en pis. Les déficits succèdent aux déficits. L’homme – cabot a été mis à la place – pivot. Et vice versa.

Illustration de cet échec patent : l’usage abusif des anticipations, c'est-à-dire la perception des droits sur des marchandises, qui n’ont pas franchi le cordon douanier.

Pour compléter son quota de recettes de l’année écoulée, la Direction générale des Douanes du Mali a dû encaisser 15 milliards CFA sur les recettes du premier trimestre 2006. Au moment où nous mettons sous presse, 15.000 tonnes de sucre, appartenant à un opérateur économique connu de la place, sont en souffrance à la Direction Régionale des Douanes de Ségou. Motif : les droits auraient été encaissés, depuis belle lurette. Mais le Directeur régional des Douanes de Ségou, lui, refuse de livrer la marchandise. Du moins, sans l’accord écrit du Directeur général des Douanes, qui ne semble pas vouloir s’y résoudre.

Mais dans le fond, ce sont les magouilles qui entourent ces anticipations, qui donnent froid dans le dos de plus d’un Agent. « Lorsqu’un opérateur économique paie par anticipation, sur une importation de 10.000 tonnes, il en fait venir 20.000 tonnes. Les droits des 10.000 autres tonnes s’en vont en fumée », indique un Agent, qui sait de quoi il parle.

Le Végal et les fonds spéciaux

Partout, les mêmes magouilles. Partout, les mêmes travers. Si l’affaire des exos reste pendante, devant la justice, une autre affaire, plus grave, risque de secouer – une fois de plus – la douane : la gestion des fonds spéciaux.

Estimés à plusieurs milliards CFA, ces fonds – du moins selon nos sources – n’ont pas échappé au scalpel des bonzes de la douane. De sources concordantes, les enquêteurs du Bureau du Vérificateur général ont repris leur quartier à la Direction générale des Douanes pour tirer au clair la gestion de ces fonds.

C’est pour exorciser ces « mauvais sorts », que le Premier Ministre a convoqué, hier mardi, dans la salle de conférence de la Dette publique, les têtes couronnées de la Douane. Objectif : ramener la Douane dans les rangs.

A cette rencontre, le Chef du gouvernement, n’est pas allé – comme à l’accoutumée – avec le dos de la gamelle. Il a fustigé la mauvaise gestion du personnel, dénoncé la chute vertigineuse des recettes, et rappelé les bruits de casseroles, qui ne cessent de tympaniser l’opinion publique et les partenaires au développement de notre pays. Mais, à en croire les observateurs avertis, le seul remède, à la gabegie ambiante, reste le départ du colonel Cheick Kéita. Quatre ans après sa nomination à la tête de la Douane, c’est l’échec.

Un échec qui, par ricochet, a conduit le Trésor public au bord de la ruine. Et, plus grave, fait peser une grave menace sur les salaires des fonctionnaires.

Mais les protecteurs, hauts perchés, de l’indéboulonnable colonel sauront-ils taire leur ego, en privilégiant l’intérêt de la Douane ? Une certitude : quand le colonel Cheick Kéita dit, à qui veut l’entendre, que « son poste n’est pas lié à l’amélioration des recettes douanières », il sait de quoi il parle. Comprenne, qui pourra !

Le Mollah Omar