Le rapport annuel de la banque africaine de développement sur perspectives économiques en Afrique rappelé : L’Afrique doit penser local pour créer des emplois

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En effet, selon ce rapport, 400 millions de personnes supplémentaires vont venir gonfler les campagnes au cours des trois prochaines décennies. Toutes, loin s’en faut, pourront trouver de l’emploi en ville. La solution ? Concevoir des politiques de développement local pour créer des emplois là où vivent les populations. Pour éviter que les villes africaines ne deviennent le déversoir de chômeurs sans racines.

Pour M. Mario Pezzini, directeur du centre de développement de l’OCDE (Organisation de coopération et de développement économique), coauteur du rapport avec la Banque africaine de développement (BAD) et le PNUD (Programme des Nations unies pour le développement), l’Afrique va devoir gérer une trajectoire démographique sans précédent puisque sa population va doubler au cours des trois prochaines décennies. Le bon côté des choses, c’est que le nombre de personnes inactives dépendant des personnes qui travaillent va baisser. Et en théorie, ce « bonus » démographique stimule la croissance. Dans le cas de l’Inde ou de la Chine, on estime que cette transformation explique entre 25 % et 40 % de l’augmentation de la richesse. Mais si les personnes qui arrivent sur le marché du travail ne trouvent pas d’emploi, cela peut aussi déboucher sur des tensions très difficiles à gérer. La Tunisie nous a déjà donné un signal. La colère des jeunes Tunisiens qui a débouché sur le « Printemps arabe » a en partie été alimentée par les frustrations nées dans un contexte de croissance élevée mais peu créatrice d’emplois. Une grande partie de l’augmentation de la population du continent va se concentrer dans cette région, c’est-à-dire là où les infrastructures économiques sont les moins développées.

Il indique que d’ici 2030, environ 29 millions de jeunes vont arriver chaque année sur le marché du travail. C’est considérable. Une autre piste souvent avancée consiste à dire qu’il faut davantage exploiter les ressources naturelles. Après tout, l’Afrique ne consacre que 5 dollars par km² à l’exploration minière quand l’Australie en dépense 65.

Il y a donc de la marge pour le développement des industries extractives. Mais cela ne sera pas suffisant non plus car on sait que l’exploitation des ressources naturelles crée une quantité d’emplois limitée. On peut aussi penser que l’Afrique, dans le contexte de la mondialisation, pourrait prendre sa part dans ce qu’on appelle « la chaîne globale de valeurs ». Mais, là aussi et toujours pour M. Pezzini, si on regarde  les chiffres : en 1993, l’Afrique produisait 1,4 % de la production mondiale des biens intermédiaires, vingt ans après, 2,2 %. Cela reste très peu et l’industrialisation ne peut offrir une réponse immédiate au problème actuel de l’emploi.

M. Mario Pezzini recommande la création d’emplois là où la demande va être la plus abondante. C’est-à-dire dans les zones rurales où la population va rester encore majoritairement installée au cours des quinze prochaines années. Les Etats doivent réfléchir à la création d’activités au niveau local. Pas uniquement dans l’agriculture mais aussi à travers un tissu de petites entreprises, de services. Jusqu’à présent, à l’exception de rares pays comme l’Afrique du Sud ou le Maroc, il n’existe aucune stratégie de développement régional. Toutes les initiatives lancées dans les années 1960-1970 ont été balayées par les plans d’ajustement structurel.

Dieudonné Tembely

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