A cause de ses vieilles casseroles à l’Office Riz : Le PDG de l’Office du Niger limogé hier

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Dans sa lutte contre la corruption et le détournement des deniers publics, ATT a décidé de n’épargner personne. Sa dernière cible n’est d’autre que le très controversé PDG de l’Office du Niger, Kassoum Dénon, limogé depuis hier et remplacé par son adjoint, Amadou Boye Coulibaly. Selon de sources crédibles, il paye pour sa gestion au niveau de son ancien service, l’Office Riz Ségou.

 

Mis en veilleuse au moment  de sa nomination à la tête de l’Office du Niger (ON), le dossier sur la mauvaise gestion de l’ORS (Office Riz Ségou) dans le cadre du Projet de développement  rural intégré de Ségou (PDIS) qui a occasionné une perte sèche d’environ 300 millions de francs CFA dans la caisse a fini par rattraper le PDG de l’Office du Niger, Kassoum Dénon, limogé hier mercredi en Conseil des ministres.  Ces casseroles avaient commencé à faire du bruit en mars dernier et les enquêteurs avaient passé en interrogatoire  Kassoum Dénon, directeur général de l’Office Riz Ségou, à l’époque des faits.

 

A en croire les sources de notre confrère « le Combat », les enquêteurs sont tombés  sur des zones d’ombre dans la gestion des fonds du PDIS par Kassoum Dénon. Un financement qui se chiffre à 588, 47 millions de francs CFA. Après avoir tenté de reléguer aux oubliettes, ce dossier, il vient de sonner le glas du maintien de Kassoum Dénon à la tête de l’Office du Niger.

Initié dans les règles de l’art, ce dossier a mis à nu le contour de la gestion de plus de 300 millions de nos francs, au sein du PDIS à l’Office Riz de Ségou. A en croire différentes sources, la gestion du PDIS par Kassoum Dénon, jurait avec l’orthodoxie financière.

 

L’emballement de l’affaire

A la direction générale de l’Office du Niger le 29 mars dernier, des hommes en uniforme ont invité l’actuel PDG de l’Office du Niger à se mettre à table par rapport à une enquête dont la racine se trouve à l’Office Riz Ségou. Particulièrement au Projet de développement rural intégré de Ségou (PDIS).

En effet, lancé en mai 2005  pour un montant global de 588.474.179 F CFA (dont 86,94 % de taux de participation de la BID, et le reste pour l’Etat malien), ce projet devait permettre à l’Office Riz Ségou durant 3 ans (la fin du projet étant prévue pour Novembre 2007) de promouvoir 4 de ses complexes agricoles. Notamment, Dioro, Tamani, Sansanding et Farako.

 

Bien plus, avec le PDIS, l’Office Riz Ségou devait reconstruire ses infrastructures hydrauliques et ses pistes rurales. Sans compter les mesures d’accompagnement comme les points d’eau, les salles de classe, etc.

 

Coup de théâtre. Six ans après le lancement du PIDS et théoriquement 4 ans après la fin du projet, l’évaluation rattrape l’ex-dirlo de l’Office Riz Ségou, Kassoum Dénon qui a piloté le PIDS de 1997 à 2009. Soit 12 ans durant.

 

La preuve : « tout le montant prévu pour le financement a été débloqué. Mais depuis des lustres, les travaux sont arrêtés. Ou presque ». Avant de préciser : « particulièrement, un gros travail confié aux Entreprises Alou Tomota est mis en veilleuse. Le pot aux roses a été découvert l’année dernière par le successeur de Kassoum  Dénon, feu Kalidi Kaloga ».

 

A la demande des populations de Tamani qui étaient les bénéficiaires de cette œuvre, M. Dénon avait usé de tout son poids auprès de l’Etat malien et de l’Assemblée nationale afin que les travaux puissent être achevés, le montant déficitaire s’élevant à 300 millions de F CFA. Mais la décision du Trésor public est sans appel : tous les fonds du  PDIS ont été débloqués !

 

La suite, on la connaît : le fossé creusé à l’Office Riz Ségou par Kassoum Dénon et Alou Tomota reste large, jusqu’à la nomination en mars dernier de Babougou Traoré en qualité de DG de l’Office Riz Ségou. Et le ministère Délégué auprès du Premier ministre chargé du développement intégré de la zone Office du Niger que pilote Abou Sow a exigé d’auditer, carrément, le PDIS. Histoire de savoir qui a bouffée quoi ? Et comment ?

 

D’autres manquements graves à la comptabilité publique

Sous Kassoum Dénon, la violation, pour le moins flagrante, du règlement général de la comptabilité publique au non-reversement des produits de la vente des matériels reformés n’était pas de nature à tempérer les appétits gloutons. En plus des sous passés à la casserole dans le cadre du Projet  de développement rural intégré de Ségou (PDIS), la mauvaise gestion a occasionné un gouffre financier de 42,8 millions à l’Office Riz  Ségou.

A en croire de nombreux rapports de contrôles, la TVA n’a jamais été facturée, sur les contrats de prestation et d’achat. Le trou ainsi creusé dans la caisse vaut 25,2 millions de francs CFA.

 

S’y ajoute le non-recouvrement des baux d’un montant de 7,4 millions de francs CFA. Quant aux frais de location du grader G130, ils sont estimés à 7,8 millions de nos francs. Le hic qui fait  tilt, c’est qu’ils ne figurent nulle part dans les documents. Envolés !

 

Aussi, les contrats de prestation de service n’étaient pas  enregistrés au service des Domaines. Pourquoi ? Les pertes enregistrées par cette seule irrégularité ont  causé à l’Office Riz Ségou un gap de 2,4 millions F CFA. Bref, ce sont ces dysfonctionnements qui sont à l’origine du gouffre constaté dans la caisse : 42,8 millions de francs CFA.

 

Il faut ajouter à ce dossier déjà compromettant, l’attribution des marchés très décriés comme celui donné gré à gré à son beau fils pour 71 millions 250 mille F CFA hors taxes, en violation totale du code des marchés publics qui stipule en son article 46, précise que: «… Il ne peut être recouru à la procédure de l’appel d’offres restreint que lorsque les biens, les travaux ou les services, de part leur nature spécialisée, ne sont disponibles qu’auprès d’un nombre limité de fournisseurs, d’entrepreneurs ou de prestataires de services. Le recours à la procédure de l’appel d’offres restreint doit être motivé et soumis à l’autorisation préalable de la Direction générale des Marchés publics».

 

Le secrétaire exécutif de l’Autorité de Régulation des Marchés Publics et des Délégations de Service Public a, en son temps, rendu sa décision, en déclarant illégal ce marché, qui «viole la loi en la matière», pour citer son argumentation. Comme Dénon n’a pas sursis à son exécution avant cette sentence, l’Autorité de Régulation a saisi à la fois le ministre Délégué auprès du Premier ministre, chargé du Développement intégré de la Zone Office du Niger, Abou Sow et le Procureur anti-corruption, Sombé Théra.

 

Au premier, elle a fait connaître la faute commise par le PDG Dénon et a même proposé que des sanctions administratives soient prises contre lui. Les regards étaient donc tournés vers le ministre Abou Sow, réputé être un homme de rigueur. Au second, l’Autorité de Régulation a transmis le dossier, avec des indications très claires.

 

Comme attendu, le très controversé PDG de l’Office du Niger, Kassoum Dénon, a été rattrapé par ce passé sulfureux. Et il a été limogé hier et remplacé par son adjoint, Amadou Boye Coulibaly, Ingénieur de l’Agriculture et du Génie rural qui n’a pratiquement servi qu’à l’Office du Niger.

Synthèse, Abdoul Karim Maïga

 

 

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