4e licence de téléphonie mobile au Mali : Que cache le gouvernement ? L’appel d’offres doit être déclaré “infructueux” !

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Le dossier sur la 4e licence de téléphonie mobile au Mali défraye aujourd’hui la chronique depuis la publication de l’article de Jeune Afrique sur la négociation avec Alger. Apparemment, le gouvernement ne veut pas communiquer là-dessus, même si beaucoup de Maliens veulent mieux comprendre. En tout cas, c’est ce qui ressort de nos investigations auprès du ministère de la Communication, de l’Economie numérique et de la Modernisation de l’administration et de celui de l’Economie et des Finances. Pourtant, il y a rien à cacher dans cette affaire puisque ATM-Mobilis, filiale de l’opérateur algérien de télécoms, était en bonne position pour décrocher cette licence. Elle avait proposé 25 milliards F CFA dans un premier temps avant de faire une proposition d’augmentation de 5 millions d’euros, soit plus de 3 milliards  F CFA. Ce qui faisait une offre financière de 28 milliards F CFA, avant la chute du régime d’IBK. Au même moment, le gouvernement malien tablait sur 50 milliards de F CFA. Cela a occasionné le blocage du processus qui devait être relancé. La question qu’on se pose est de savoir combien le gouvernement de la Transition veut pour cette 4e licence ? En réalité, l’appel d’offres doit être déclaré “infructueux” compte tenu du délai passé. Et le gouvernement devrait relancer un nouveau processus. D’ailleurs, un nouvel opérateur de téléphonie au Mali n’est pas nécessaire aujourd’hui, tant le réseau est saturé. Le cas de Telecel en est un bel exemple.  

Il y a quelques jours, le magazine “Jeune Afrique” a fait des révélations sur le lancement des négociations entre Bamako et Alger pour la 4e licence de télécommunications sous le titre : “Négociations rouvertes avec Alger pour une licence télécoms”. Dans cet article, le journal précise qu’ATM-Mobilis, filiale de l’opérateur algérien, avait proposé 25 milliards FCFA puis 28 milliards FCFA pour acquérir la 4e licence de téléphonie au Mali.

Effectivement, cet article a fait grand bruit puisque beaucoup de Maliens veulent mieux comprendre cette affaire qui avait été bloquée avant la chute du régime d’IBK, en août 2020.

Nous avons eu de la peine à recouper les informations auprès de certains services. Comme ce fut le cas au niveau de l’Autorité malienne de régulation des télécommunications, des TIC et des postes (AMRTP). “Il vaut mieux prendre contact avec le ministère de la Communication et de l’Economie numérique et celui de l’Economie et des Finances. L’AMRTP est seulement membre de la Commission. C’est pour vous dire que le dossier n’est pas géré à notre niveau. Et je ne suis pas au courant aussi des récentes négociations”, nous a précisé notre interlocuteur.

Du côté du département de la Communication, de l’Economie numérique et de la Modernisation de l’administration, nous avons été très surpris par la réaction de la secrétaire générale, Mme Assan Simbara. On sentait un peu de panique, après avoir décroché notre appel téléphonique suivi de la présentation. Voici sa réponse : “Ah non, je ne peux vous donner aucune information concernant la 4e licence. Le dossier reste confidentiel pour le moment”. 

Après analyse, cette réaction prouvait à suffisance que le gouvernement veut cacher quelque chose, sinon pourquoi une telle panique ? En tout cas, tôt ou tard, ça va se savoir. Comme le dit un adage : “Quand ça va pourrir, ça va sentir !”

Notons que cette 4e licence de téléphonie mobile au Mali n’a pas été octroyée officiellement à une société, même si ATM-Mobilis, filiale de l’opérateur algérien de télécoms, reste seule dans la course. Suite à l’appel d’offres international lancé, la société algérienne avait été retenue après dépouillement des offres techniques pour accéder seule à la phase de l’offre financière, le Groupement Bintel/Koira, composé de nationaux et dirigé par notre compatriote Cessé Komé, ayant été éliminé dès la phase technique. Et pourtant, ce groupe était meilleur en offre financière. Il était prêt à mettre 35 milliards FCFA dans la cagnotte. Cela, en vue de contribuer au développement socio-économique du Mali.

Et la Société Bintel/Koira Teknotelecom a été éliminée dès la phase technique pour non-respect de certains critères. “Quand nous avons examiné les deux dossiers à travers nos grilles d’analyse technique, Bintel/Koira n’a pas été retenue pour non-respect de certains critères. Parmi lesquels, il faudra avoir un fonds propre de 100 milliards de FCFA pour ce cas précis, avoir une expérience en la matière et avoir au moins 2 millions d’abonnés. Voilà pourquoi Bintel/Koira a été éliminée. Par contre, ATM-Mobilis avait été retenue pour la phase de l’offre financière. Dire aujourd’hui que la 4e licence a été octroyée à Mobilis, c’est archi-faux. C’est vrai que les conclusions de la Commission ont été remises au gouvernement. Et seul l’Etat a le droit d’octroyer une licence de téléphonie par décret ou arrêté”, nous confiait une source proche du dossier, il y a quelques mois.

Et notre interlocuteur de rappeler : “L’octroi d’une licence de téléphonie n’est pas une prérogative du ministère de l’Economie numérique. Le département est chargé en ce qui le concerne de superviser la conduite du processus en relation avec l’AMRTP dont les conclusions sont soumises au gouvernement pour validation ou approbation. C’est ainsi que, sur instruction du gouvernement, la Commission technique a procédé, en octobre 2019, à l’analyse des offres financières dont les conclusions ont également été transmises à la direction générale des marchés publics”.

S’agissant de cette 4e licence, ATM-Mobilis avait proposé une enveloppe de 25 milliards de F CFA au départ alors que le gouvernement malien avait tablé sur 50 milliards F CFA, soit le double. Cette offre financière proposée par Mobilis est nettement inférieure à celle de la 3e licence avec Telecel.

On se rappelle que l’homme d’affaires burkinabé, Apollinaire Compaoré, avait déboursé 55 milliards FCFA pour la 3e licence dont le montant a été payé en deux tranches : 32 milliards puis 23 milliards de FCFA.  Là aussi, tout avait été joué sous la Transition de 2013. Voilà pourquoi le processus d’attribution de la 4e licence était bloqué. Malgré tout, les Algériens étaient prêts à négocier afin de trouver un terrain d’entente. D’où le séjour d’une forte délégation algérienne à Bamako, en décembre 2019. Elle était composée de plusieurs personnalités du monde des finances et des télécommunications, pour une séance de travail de deux jours.

Au finish, les Algériens avaient décidé de porter leur offre financière de 5 millions d’euros, soit plus de 3 milliards de nos francs. Ce qui fait un total de 28 milliards de FCFA. Là aussi, les représentants du ministère de l’Economie et des Finances, qui étaient présents à la rencontre, ont dit niet : 50 milliards FCFA ou rien.

Depuis lors, le processus pour l’octroi de cette licence avait été bloqué. Et, le gouvernement malien était disposé à revenir encore sur la table de négociations, quelques mois après. C’est ainsi qu’une lettre avait été adressée à la partie algérienne dans ce sens.

Aujourd’hui, l’Etat malien a plus que jamais besoin d’argent en cette période très difficile pour l’économie nationale. Avec cette pandémie de Covid-19, si le gouvernement malien arrivait à bien conduire à terme ce dossier, ce serait une bouffée d’oxygène pour faire face aux nombreux problèmes. Reste maintenant à savoir si la partie algérienne est toujours dans de bonnes dispositions pour s’exécuter puisque beaucoup de choses se sont passées en Algérie, entre-temps.

En tout cas, le gouvernement malien a aussi la possibilité d’annuler ce processus et de lancer un nouvel appel d’offres international pour l’attribution de cette 4e licence, qui a connu d’énormes difficultés. Pour ce faire, il doit déclarer le présent appel d’offres infructueux, avant d’initier une nouvelle procédure.

Il est nécessaire de rappeler que pour ce dossier de la 4e licence, un cahier de charges avait été bel et bien élaboré par l’Autorité malienne de régulation des télécommunications/Tic et postes (AMRTP) ainsi que les autres aspects techniques. Et une Commission composée de 14 membres, issus de différents départements ministériels et services techniques, a été mise en place afin de travailler sur les offres pour l’octroi de cette 4e licence. Elle était présidée par feu Cheick Oumar Maïga dit Gilbert (alors secrétaire général du ministère de l’Economie numérique et de la Prospective). Les autres membres sont : Baba Konaté, Assana Diawara, Boucari Diallo, Aguibou Tall, Sékou Traoré, Lassana Diakité, Oumar Alassane Kouyaté, Fousséni Togola, Cheick Sidy Mohamed Nimaga (président de l’AMRTP), Amadou Traoré, Issoufi Kouma Maïga et Ishaq Maïga.

Affaire à suivre !

El Hadj A.B. HAIDARA

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