Motos taxis : La dernière attraction de Bamako

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Pour éviter les embouteillages, combler le chômage et déficits d’infrastructures routières, plusieurs jeunes maliens se sont tournés vers les «motos taxis». Plusieurs entreprises voient le jour. Certaines en toute illégalité.

 A Bamako, les motos taxis sont désormais à la mode. La densité de la circulation, les embouteillages et le coût font leurs succès. Quitter Faladiè pour Hamdallaye, couterait, en moto, pas plus de 1200 F CFA contrairement au taxi qui est de 2000 ou 2500 F CFA. Ces deux raisons justifient la hausse de la clientèle des motos.

«Je suis sociologue de formation. J’étais enseignant et travaillais dans une ONG qui ne marche plus en raison de rébellion. Avant de me lancer j’ai effectué des démarches à la mairie du district et à la direction des transports pour obtenir une autorisation. Lorsque j’aurai cette autorisation, je compte acheter d’autres motos pour embaucher deux chauffeurs», a dit Oumar Keita, conducteur libre. Pour lui, c’est le chômage qui pousse les jeunes à conduire les motos taxis. Il reconnait que parmi eux, il y a des malintentionnés, des voleurs, des braqueurs. A son avis l’Etat doit s’impliquer en étant rigoureux avec les contrôles de la règlementation des motos taxis en vue d’éviter les désordres dans leur métier.

Les motos taxis proviennent de différentes entreprises. Le concept moto taxi est venu de la société «Téliman» qui a inspiré les autres. Aujourd’hui, plusieurs entreprises ont vu le jour, comme «GO ziqqui», «Damou taxi» et des conducteurs indépendants.

Lancé en mai 2018 par des jeunes entrepreneurs maliens, Teliman est le premier service de taxi-moto à Bamako. A travers un appel, l’agence envoie un chauffeur, proche du lieu du client. Une assurance couvre le chauffeur et le passager sur tout le trajet.

‘’A Ziqqui nous sommes nombreux et disposons chacun d’un numéro matricule à travers une vignette. La société nous a embauchés par appel d’offre. J’ai postulé il y a deux mois. La recette journalière que nous leur devons s’élève à 4000 F CFA. Ils nous payent à la fin du mois même s’ils commencent à retarder nos salaires», a affirmé Sékou, conducteur à Go ziqqui.

Jusqu’à la fin d’année 2020 et ce mois de janvier où la compagnie de circulation routière procède au contrôle des vignettes, aucun règlement spécifique n’était établi et imposé aux transports de motos taxis. Malgré qu’on leur exige de se doter d’une carte grise, assurance, vignette et permis de conduire, plusieurs conducteurs des motos taxis enfreignent ces règles édictées par les décideurs.

 Moto taxis, concurrence déloyale aux taxis ?

Les taximen se plaignent de la multiplication des motos taxis car selon eux, ils sont confrontés à une très grande réduction de la clientèle. Selon un chauffeur, les motos taxis ne payent pas encore des fiscalités contrairement à eux.

« Je suis très furieux contre l’avènement de ces motos taxis. En tant que chauffeur de taxis, on remplit tous les formulaires établis pour conduire dans les normes en payant les taxes à la mairie, les infractions à la police, 10 000  F CFA de recette par jour au propriétaire du taxi. Ces motos arrachent la majorité de nos clients tandis qu’elles ne sont pas soumises aux mêmes règles que nous. On doit interdire la circulation à ces motos», lance Issa Dembélé, conducteur de taxi.

Chacun voit différemment l’avènement des taxis motos. Selon certains, ces deux modes de transports ont leurs rôles. La voiture est un abri contre le soleil, le vent et la pluie pour les clients contrairement aux motos qui circulent à peine sous la pluie ou un vent violent. Pour raison d’esthétique et de glamour, plusieurs grandes dames refusent de monter sur une moto. Elles considèrent que l’usage d’une moto taxi déteint ou dégrade leur image et allure.

Aussi la hausse des prix de certaines motos taxis tels que «Taxi Damou» ou autres sociétés qui élèvent les prix de 3000 à 3500 francs. Ce sont des tarifs qui rejoignent ceux des taxis.

Un créneau pour l’employabilité des jeunes !

Plusieurs jeunes sont heureux et fières d’exercer ce métier de conducteur de motos taxis. Salim Gbè est un conducteur de moto. Il quitte sa famille très tôt le matin pour son travail. «Je gagne bien dans ce métier. Mes clients s’abonnent et m’appellent en cas de déplacement. J’ai un carnet d’adresse très rempli des clients fidèles. Ce métier me demande beaucoup d’organisation et d’assiduité», dit-il.

Les chauffeurs sélectionnés par Teliman, sont pour la plupart, des jeunes diplômés ou ayant un peu de niveau d’instruction. L’agence leur offre une formation en les géo-localisant. Ils sont détenteurs du permis de conduire.

«Je travaille il y a une année et quelques mois avec Teliman. C’est la discipline et le strict respect des consignes dans le contrat. Avec eux, tout le monde peut réussir quand il y a la volonté. Une fois le contrat signé, la société nous ouvre un compte bancaire dans lequel nous épargnons une part de nos revenus. La recette journalière s’élève à 4000 F CFA. L’heure de la descente est fixée chaque jour à 22 heures et on dépose les motos au siège avant de rentrer. L’entretien de la moto revient au conducteur», indique un conducteur à Teliman.

Nos sources informent que les consignes de la société Teliman exigent le port des casques et interdisent le transport urbain des femmes enceintes ou ayant des enfants. Mais ce qu’il faut reprocher aux motos taxis c’est le déficit des précautions contre la Covid-19. Le port d’un même casque par plusieurs clients, est source de contaminations.

L’accroissement des motos taxis est principalement dû au manque d’emploi, mais l’exercice du métier doit rester sous le contrôle des autorités afin d’éviter les désordres et l’insécurité dans le pays. Le déplacement du transport est rapide et à moindre coût, mais la sécurité des citoyens et leurs biens est primordiale.

Fatoumata Kané

 

 IMPACT ECONOMIQUE

Un gagne-pain pour la plupart des jeunes diplômés sans emplois 

L’activité des Motos Taxi a, aujourd’hui une coloration économique très foncée chez les jeunes à Bamako. Elle fait appel à  des circuits de financements généralement informels et elle est  en train d’occuper le terrain dans le secteur du transport urbain. Les Motos Taxi sont accessibles à tout moment et les prix varient entre 300 F et 1000F en général. Les conducteurs très généralement composés de jeunes gens sont en majorité des jeunes diplômés en quête d’un travail stable.

C’est un  investissement très promoteur, car le prix d’une moto est fixé entre  350 000 F pour les Jakartas, 500 000F à 600 000 F CFA pour les motos de marques TVS ou Boxer. Un investissement, qui peut être recouvré en 7 mois à peine si le travail est sérieux. Le propriétaire, généralement une connaissance ayant d’autres activités professionnelles, confie la moto à un conducteur. Ce dernier a pour obligation de rapporter chaque jour, une recette  de 2000 F pour les motos Jakarta,  3500 à  4000 F CFA pour les motos TVS et Boxer. Il y a diverses sortes de contrats qui existent entre le conducteur et le propriétaire de la moto.  Certains confient la moto pour une période de deux ans sans salaire et au bout du contrat, le conducteur s’empare de  la moto en guise de récompense. D’autres recrutent des jeunes et leur payent une somme forfaitaire par mois allant de 15 000 F à 20 000 F CFA. Visiblement, cette activité a permis à beaucoup de jeunes de pourvoir se prendre en charge eux-mêmes financièrement et de conserver leur dignité dans une société qui s’appauvrit de plus en plus.

S’il y a un système de transport qui marche fort bien à Bamako, c’est certainement le phénomène des Motos Taxi qui a même fini de devenir un gagne-pain pour la plupart des jeunes diplômés sans emplois”, nous explique Yacouba Doumbia, jeune leader en Commune IV. A l’en croire, ce système de transport constitue un moyen de lutte contre la pauvreté, bien que modeste. En effet l’exploitation des Motos Taxi est une activité tenue par presque toutes les couches de la société. Des personnes âgées, des jeunes et des moins jeunes, des non scolarisés, des chômeurs et des travailleurs même en activité.

La plupart de ces conducteurs ont un âge compris généralement entre 14 et 30 ans. Le grand nombre de ces jeunes n’a pas de responsabilité familiales ce qui fait que les loisirs consomment une part importante de leurs gains et poussent à l’indiscipline dont témoignent certains d’entre eux. Ceci est d’ailleurs à l’origine de beaucoup de conflits opposant conducteurs de Jakarta, taximen et autres.

Ibrahima Ndiaye

 

IMPACT SECURITAIRE

Plus exposé que le taxi

Si le client bénéficie du  confort d’être seul à transporter, de la rapidité, il est cependant plus exposé que celui qui emprunte le taxi ou la légendaire Sotrama. Car les conducteurs de ces véhicules ont un permis de conduire et sont plus prompts à se conformer aux règles de la circulation routière.

Le Sociologue Dr. Moussa Coulibaly estime qu’il est une nécessité pour le département des Transports et des Infrastructures d’exiger des “Taxis Motomen”, l’obtention d’un permis de conduire. A cela s’ajoute la question de la sécurité des clients pour les besoins de laquelle, il est important de répertorier tous les conducteurs. Par exemple, le quartier Sébeninkoro en Commune IV a été le théâtre d’un braquage dont les auteurs déguisés en “Moto taximens” ont dépouillé un client qui venait de faire un retrait dans une banque située sur la route nationale 5. “Dans une circulation aussi agitée comme celle de Bamako, il est important d’organiser le secteur pour qu’il soit un moyen d’améliorer davantage le transport urbain”, explique Dr. Coulibaly. Selon lui, exiger l’assurance, la carte et la plaque d’immatriculation permettra de mettre de l’ordre dans le secteur.

Il faut souligner que la Cellule de Communication du ministère des Transports et des Infrastructures a récemment  publié un avis aux conducteurs de motos tricycles et motos taxis. Le département estime que les conducteurs des Motos Taxi doivent être facilement identifiables : moto avec plaque, conducteurs avec gilet et casque obligatoires. Ils doivent s’inscrire à la mairie du District de Bamako et à la Compagnie de la Circulation routière (CCR).

Ibrahima Ndiaye

REGLEMENTATION OU DISPOSITIONS PRISES

Une réglementation du secteur prévue pour début 2021

La réglementation du secteur des Motos Taxis est en cours d’élaboration au niveau de la Direction nationale des Transports et la mairie du District de Bamako.

Selon une source au sein de la mairie, la production d’un document qui servira de règlementation est en cours d’élaboration. Elle sera mise en application pour le début 2021, indique notre source.

Il faut reconnaitre qu’aujourd’hui, il n y a aucune règlementation dans le secteur, ce qui fait que tout le monde est devenu Moto Taximan. Même des fonctionnaires, des commerçants, élèves et étudiants sont rentrés dans la danse. Vu l’ampleur du phénomène, la mairie du District et la Direction nationale des Transports ont jugé d’observer, analyser les pour et les contre pour ensuite produire un document qui va servir de règlementation.

A en croire, le Commandant de la CCR, Abdoulaye Coulibaly, “seul Telliman a une autorisation en bonne et due forme d’exercer le Taxi-Moto à Bamako”. Il dira que beaucoup de commissariats ont reçu des déclarations d’agression et autres crimes de la part de ces usagers qui prennent ces engins.

Ce secteur est en train d’être très dangereux, déplore-t-il. Toutefois, le Commandant de la CCR dit être à la disposition des autorités et attend qu’un document officiel devant être élaboré par la Direction nationale des Transports et la mairie du District de Bamako soit fait afin d’avoir la main mise sur l’aspect sécuritaire de ce secteur.

Les acteurs estiment que les conducteurs doivent avoir les qualités, ils doivent être titulaires d’un permis de conduire et les engins en plus d’être assurés, doivent être reconnus à travers une plaque d’immatriculation.

Ibrahima Ndiaye 

 

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