Voitures d''occasion : Seconde Main, Premier Choix

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Malgré le poids des charges pesant sur ce commerce, les revendeurs de véhicules usagés reconnaissent que le métier nourrit son homme.

Il n”y a pas si longtemps, une chanson d”un célèbre artiste résumait les ambitions dans la vie à 4 "V" : la villa, le virement en banque, la voiture et le verger. Actuellement, la voiture semble le "V" qui suscite les premiers émois des jeunes. Posséder une voiture est devenu une envie pressante chez les filles et garçons qu”ils soient branchés ou de modeste condition, commerçants ou jeunes diplômés, en activité ou en chômage. Mais du rêve à la réalité, il y a un long parcours et si tous aspirent à la voiture, peu sont capables d”en acquérir une, surtout une neuve.

A CFAO Mali (l”ex Toyota Diama), un des concessionnaires automobiles maliens, où les voitures neuves attirent irrésistiblement le regard, une Peugeot 407 coûte 22,8 millions Fcfa TTC (toutes taxes comprises) et un peu plus de 16 millions Fcfa, hors taxes. Une Toyota Land Cruiser GX se vend à 40 millions Fcfa TTC. Ces prix, abordables aux yeux d”une clientèle aisée, paraissent astronomiques pour la grande majorité de nos compatriotes. La plupart d”entre eux, désireux d”acquérir une voiture, est obligée de se tourner vers les voitures d”occasion baptisées avec beaucoup d”humour, "Au revoir la France". Cette demande qui ne se dément pas explique la multiplication de parkings de revendeurs de véhicules et la ruée vers ce créneau véritablement porteur et d”apparence facile.

Les revendeurs de véhicules de seconde main se ravitaillent de manières différentes : il y a ceux qui les importent directement d”Europe, ceux qui les achètent dans les pays côtiers voisins et enfin ceux qui n”effectuent aucun déplacement. Ces "sédentaires" sont les plus nombreux. Ils achètent sur place des voitures pour la revente et font, parallèlement, commerce des véhicules que leur confient des particuliers désireux de se débarrasser de leurs vieilles autos.

UNE NETTE CROISSANCE :

Le Groupement des revendeurs de voitures d”occasion (GRVO) est un GIE qui s”approvisionne principalement au port de Lomé. Son parc automobile reparti entre 4 parkings le long des rails au niveau des Badialan I, II et III ne compte pas moins de 400 voitures toutes marques confondues, même si les allemandes et les japonaises sont les plus nombreuses.

Au départ, le GRVO ne comptait pas plus de 20 membres, pour la plupart des jeunes diplômés sans emploi et des partants volontaires à la retraite. Son président Cheick Omar Touré a remarqué que depuis l”obtention de l”agrément de vente en 1994, son association a vu ses adhérents s”accroître de jour en jour pour atteindre aujourd”hui près de 600 membres. Le nombre de voitures à vendre a aussi augmenté obligeant le GRVO à abandonner son parking du cinéma Vox pour les abords de l”avenue Kassé Keïta, où il y a plus d”espace.

Le métier nourrit-il son homme ? Cheick O. Touré, Ousmane Fofana et Sékouba Dabo, tous des revendeurs de voitures d”occasion, avouent n”avoir pas trop à se plaindre de leur sort. "Nous acquérons souvent une Mercedès "190 petite baguette" en bon état à environ 1,3 million Fcfa à l”extérieur et nous pouvons la revendre à 2,2 millions Fcfa ou plus ici", indiquent-ils. Mais ce bénéfice n”est énorme qu”en apparence et couvre à peine les innombrables dépenses auxquelles ils font face, s”empressent-ils d”ajouter. Celles qu”occasionne l”aconage des véhicules dans les ports en est la première. Celui de Lomé demeuré longtemps accessible à toutes les bourses, est devenu très coûteux.

"Autrefois la manutention d”une voiture au port de Lomé nous revenait à 300 000 Fcfa, tout au plus à 350 000 Fcfa. De nos jours, il faut débourser 500 000 Fcfa", jurent Touré et ses collaborateurs. Ils assurent aussi que la traversée du Burkina n”est pas de tout repos, puisqu”il faut s”arrêter à au moins une dizaine de barrages et donner 1 000 à 2 000 Fcfa à chaque arrêt. A Faramana, le dernier poste burkinabé, les 4 000 Fcfa (2 000 à la police et autant à la gendarmerie) sont obligatoires. Une fois au Mali, il faut en plus s”acquitter des frais du carnet de TRIE (la taxe routière inter-État) à la douane qui escorte alors le contingent de revendeurs jusqu”à destination. Il y a aussi l”impôt synthétique qui, à en croire nos interlocuteurs, varie de 14 500 à 37 500 Fcfa par an et par revendeur. A cela s”ajoutent la location du parking qui est de 25 000 Fcfa par mois et les salaires des gardiens et des laveurs de voitures etc.

DES SOUCIS PERMANENTS :

A ces soucis viennent s”ajouter les faux bonds de certains clients et les injonctions de la douane qui leur demande de se mettre en règle. Dominique Koné, le gérant du parking de Mme Dado Gakou (hippodrome), n”a toujours pas oublié la rafle de toutes ses voitures par la douane car elles n”étaient pas dédouanées. Il jure pourtant qu”il commande toutes ses voitures directement de Belgique où il a des partenaires sûrs et, surtout, qu”aucune d”elles n”entre frauduleusement au Mali. Toutes ses voitures passent par Dakar. "A Kayes nous payons le TRIE et au lieu de nous escorter, la douane se contente de retirer nos permis de conduire qui ne nous seront remis qu”à Bamako au bureau 200 du guichet unique. Pourtant tout le monde sait ce qu”un accident peut coûter à un conducteur sans permis", déplore notre gérant. Les revendeurs estiment globalement que leur demander de dédouaner les voitures à vendre, relève de la mesquinerie. "On ne doit pas exiger de nous le dédouanement des voitures qui sont à vendre. Par exemple si je dédouane une voiture et que quelqu”un muni d”une exonération l”achète, qui me remboursera ?", argue un de nos interlocuteurs.

Évidemment, la douane raisonne autrement et part du postulat que tous ces revendeurs "d”occases" exercent dans une totale illégalité. Le chef de brigade, Brahima Soumbounou, inspecteur des douanes au guichet unique précise qu”en dehors des concessionnaires tels que CFAO Motors, la Malienne de l”automobile etc., les autres revendeurs de voitures fonctionnent dans l”illégalité. Brahima Soumbounou juge qu”après plusieurs rencontres avec eux, la sensibilisation fait son chemin puisque la première précaution qui consistait à sécuriser les parkings par un grillage a été prise.

Le négoce à Bamako nécessitant, à l”occasion, une importante prise de risque sans filet de sécurité, les revendeurs de voitures d”occasion connaissent parfois de très mauvaises surprises. La plus répandue est la défection d”un client qui avait donné sa parole et même payé un acompte pour que la voiture de son choix soit mise de côté, le temps de rassembler le reste de l”argent nécessaire à l”achat. Des semaines plus tard, il annonce tout de go qu”il renonce à l”achat sans que le vendeur ne puisse réclamer la moindre compensation pour le temps perdu, les occasions ratées et l”argent immobilisé en pure perte.

Dominique n”a ainsi pas pu digérer le dernier coup encaissé. Une de ses relations de confiance lui a proposé d”échanger un tacot contre une des Mercedes de son parking. L”homme promettait de faire l”appoint par une forte somme et pour prouver le sérieux de son engagement, a fait à Dominique une avance de 300 000 Fcfa. Quelques jours plus tard, il réapparait, non pour honorer le reliquat du marché mais pour exiger la résiliation de la vente. Pour éviter dorénavant la réédition de déboires de ce genre, Koné a établi une attestation de vente qui stipule qu”aucune voiture déjà achetée et sortie de son parking, ne pourra être reprise.

Quid enfin des conséquences du commerce des voitures d”occasion sur le chiffre d”affaires des concessionnaires automobiles ? Le chef des ventes de CFAO Motors, Mamadou Guindo, se montre dubitatif. Il n”y aura aucune concurrence entre eux, puisqu”ils n”ont ni le même genre de voitures à vendre, ni la même clientèle, relève-t-il.

C. DIAWARA

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