Insalubrité : Dogobala étouffe sous la fumée des déchets

À Dogobala, chaque nuit, des habitants brûlent plastiques, piles et autres détritus faute de collecte d’ordures organisée. Résultat : toux, irritations, risques de cancers....

3 Juin 2026 - 12:04
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Insalubrité :  Dogobala étouffe sous la fumée des déchets
une photo à titre indicatif

Un Groupement d’intérêts économiques (GIE) de ramassage d’ordures existe pourtant, mais trop peu le savent encore que les moyens font défaut.

Devant sa concession, Fatoumata Sanogo allume une allumette sur un tas de déchets accumulés depuis plusieurs semaines : sachets plastiques, chaussures usées, piles, aluminium, mèches… autant de matériaux dont la combustion est nocive.

« Ça me fait tousser et ça pique mes yeux. Mais je n’ai pas d’autre choix : si je ne brûle pas, le vent disperse les plastiques, les moustiques et les rats envahissent ma maison. Depuis huit mois que je vis ici, je n’ai jamais vu de GIE dans le quartier », explique-t-elle. La scène se répète à quelques pas de chez elle.

Malik Diarra, enseignant et responsable du GIE privé Laïdou Service, collecte les ordures depuis 2006. Parti d’une simple charrette, il dispose aujourd’hui d’une camionnette et d’une équipe de cinq personnes. Son service compte 400 abonnés dans différents quartiers, pour un tarif de 3 000 F CFA par mois.

Mais les obstacles sont nombreux : hausse du prix du carburant, routes dégradées, terrains vides qui incitent au brûlage. « Beaucoup ignorent l’existence du GIE ou le font semblant par manque de moyens financiers. Pourtant, s’abonner coûte moins cher que de risquer sa santé », insiste-t-il.

Le secrétaire général de la mairie de Moribabougou, Issa Diallo, confirme : « Les GIE sont rares à Dogobala, quartier excentré qui décourage les prestataires. La mairie délivre les autorisations, mais ne mobilise pas directement ces structures ».

Il reconnaît les dangers sanitaires et environnementaux, évoque l’absence de dépôts de transit et propose la sensibilisation comme solution. « C’est un combat de tout le monde. Les habitants doivent s’organiser et contacter les GIE pour négocier leur passage ».

À la clinique Colombe de Sébénikoro, l’infirmier Albert Ky Foro alerte : « Le brûlage des déchets libère des substances cancérogènes et des perturbateurs endocriniens. Les plastiques, pneus et piles sont particulièrement nocifs. Les enfants et les personnes fragiles sont les plus exposés ». Les effets vont de la toux sévère et des irritations à court terme, jusqu’à des cancers et malformations fœtales à long terme, notamment à cause de la dioxine, toxine persistante qui s’accumule dans l’organisme. Les fumées contaminent aussi l’air, les cultures et les eaux de surface.

La combustion des déchets domestiques est une menace silencieuse pour Dogobala. Plus de GIE, une meilleure sensibilisation et l’organisation des ménages sont indispensables. Comme le rappelle M. Diallo : « C’est un combat de tout le monde ».

S’abonner à un GIE pour 3 000 F CFA par mois coûte bien moins cher que de payer le prix de sa santé.

Awa Ouattara

(Stagiaire)