ESCROQUERIE AUX VISAS VERS L''EUROPE : Les fils du haut fonctionnaire convoyaient leurs clients sur Dakar au lieu de Paris

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    Deux fils d”un haut fonctionnaire malien viennent d”être pris en flagrant délit d”escroquerie de visas vers l”Europe. Si le plus jeune, en la personne de Komakan Camara, a déjà été arrêté par la Brigade de Recherches du 3ème Arrondissement, l”aîné, du nom de Ibrahima Cheick Camara, alias Ania, a pris la tangente. Le mode opératoire des deux escrocs consistait à amener les gens à Dakar, au Sénégal en leur faisant croire qu”ils étaient en Italie. Deux de leurs victimes, les frères Konté, en portant plainte contre eux, ont permis à la police de dénouer l”affaire.

    Komakan Camara, comme son frère Ibrahima Cheick, plus connu sous le sobriquet de Ania, est un jeune homme de bonne famille très intelligent. Malheureusement, il utilise ce don pour escroquer de la manière la plus subtile ceux qui se laissent prendre par ses beaux discours. Son créneau ? Le trafic de visas vers l”Europe plus précisément "l”Espace Schengen ", véritable Eldorado pour nombre de jeunes africains. C”est courant novembre 2006 qu”Ibrahima Cheick dit Ania et son frère Komakan ont pris contact avec la famille Konté, lui promettant de faire délivrer des visas en bonne et due forme à deux de leurs fils. Il s”agit de Mamoudou, qui est illétré et Kaourou, Konté. Chacun d”eux devait s”acquitter de la somme de 3 866 000 FCFA. La tactique proposée par Ania était de décomposer l”itinéraire en plusieurs étapes. D”abord, se faire délivrer un visa pour la Russie. Une fois ce visa acquis, Komakan se chargerait d”accompagner les clients d”abord à Dakar au Sénégal, afin d”emprunter un vol Alitalia à destination de Moscou. Une fois en Russie, Komakan accomplirait les formalités nécessaires à l”obtention d”un visa de transit afin de les faire entrer en Italie, avant de les accompagner, par voie terrestre, jusque sur le territoire français.

    Convaincu par ces beaux parleurs que l”affaire était dans le sac, le père des frères Konté fit appel à son neveu Moussa Diawara, afin de procéder au paiement, en deux tranches, de la somme convenue. C”est ainsi qu”il fut remis à Ania 1 870 000 FCFA en présence de son frère Komakan.

    Le reliquat devait être sera payé une fois que les voyageurs seraient arrivés à bon port et auraient téléphoné à leur famille pour le confirmer. Le samedi 8 novembre 2006, Komakan embarqua donc pour Dakar avec ses " clients ". Le même jour, depuis la capitale sénégalaise, il appela Moussa Diawara pour l”informer qu”il y avait un problème de disponibilité en places dans l”avion à destination de Moscou et il ne pouvait embarquer qu”une seule personne. Le lendemain, il a rappelé de nouveau pour dire qu”il était en Italie avec Mamoudou Konté. Donc, il fallait lui verser la deuxième tranche, comme convenu, pour ce dernier En fait, notre homme et ses clients se trouvaient toujours à Dakar, Mamoudou et lui dans un hôtel de luxe, tandis qu”il avait abandonné Kaourou Konté dans une concession en ville. Pour convaincre Moussa Diawara de la véracité de ses dires, l”escroc passa le téléphone, dont le numéro était masqué, à Mamoudou, afin qu”il confirme ses affirmations à son cousin.

    Presqu”au même moment, Ibrahima Cheick dit Ania, l”instigateur principal, qui se trouvait lui aussi à Dakar, a appelé Moussa Diawara pour qu”il remette la somme restante à la demoiselle Marie Hortense Fatou, sa copine.

    Moussa appela donc cette dernière pour lui fixer un rendez-vous à l”ACI 2000. Il lui remit de 2 millions de FCFA, qu”elle devait faire parvenir à Ania et lui fit signer une décharge pour ce montant. Malheureusement, il se passa une semaine sans que Diawara n”ait de nouvelles de ses cousins. Pire, il n”arrivait pas non plus à joindre Ibrahima Cheick Camara dit Ania, dont le téléphone portable était toujours sur répondeur. Puis Kaourou Konté donna enfin signe de vie. Il était à Dakar, dans une famille qui avait confisqué ses bagages jusqu”à ce qu”il rembourse les frais d”hébergement et de nourriture qu”il lui devait. Moussa Diawara le délivra en lui envoyant 110 000 F CFA et se rendit au commissariat du 3e arrondissement pour porter plainte contre les frères Camara et leurs complices..

    La Brigade de Recherches du 3ème, sous la direction de l”Inspecteur principal Papa Mamby Kéïta entama ses enquêtes pour mettre la main sur les deux escrocs. L”Epervier du Mandé et ses hommes, très vigilants, purent arrêter Komakan Camara, mais, malgré tous les efforts déployés, son frère Ibrahima Cheick dit Ania est toujours dans la nature.

    Au commissariat, Komakan, fils de Ousmane et de Oumou Traoré et né en 1974, a reconnu en partie les faits qui lui sont reprochés. Ce jeune diplômé en informatique sans emploi, domicilié à N”Tomikorobougou, dira qu”il est effectivement l”un des frères de Ibrahima Cheick dit Ania. Selon lui, c”est en Italie qu”il aurait été raflé par la police, qui l”aurait mis à la disposition des autorités sénégalaises. Toujours d”après lui, Mamoudou Konté aurait subi le même sort, mais les limiers trouvent ses arguments peu convaincants et pensent plutôt qu”il n”a jamais quitté le Sénégal..

    En attendant d”y voir plus clair, le Commissariat du 3ème Arrondissement a mis Komakan à la disposition du Tribunal de première instance de la Commune I. Quant à Bamako Hebdo, il vous tiendra informés des développements futurs de cette affaire rocambolesque.

    Alou B HAIDARA

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