Lutte contre le terrorisme : le Sahel se lève
Pourquoi maintenant ?
Ensemble à Bamako pour donner au #G5Sahel une nouvelle impulsion afin d'assurer la sécurité de nos populations et leur bien-être. pic.twitter.com/M45KDDGiql
— Roch M. C. KABORE (@rochkaborepf) 6 février 2017
Un enjeu régional
En dépit de l'accord d'Alger signé le 20 juin 2015, la paix tarde donc à revenir au Mali, ce qui inquiète de plus en plus les pays voisins : le Mali, devenu un « sanctuaire de djihadistes », constitue un « danger qui menace le vaste Sahara », selon Le Républicain. « Tour à tour le Niger et le Burkina Faso ont fait savoir leur indignation face à la situation de recrudescence de l'insécurité au Mali, qui s'exportait chez eux », relate le titre malien. Les attaques survenues au Niger ces derniers mois sont en effet imputées à des groupes islamistes armés basés au nord du Mali, qu'il s'agisse du Mujao ou d'Ansar Dine. Quant au Burkina Faso, qui partage plus de 1 000 kilomètres de frontière avec le Mali, « il a déployé en 2012 un bataillon de 700 hommes pour sécuriser sa frontière avec le Mali et le Niger, mais cela n'a pas empêché jusque-là les groupes armés non identifiés et les djihadistes de faire des incursions meurtrières », souligne Le Républicain. Pis, depuis avril 2015, les attaques se sont multipliées à la frontière nord avec le Mali. Au point que « Ouagadougou, plus gros contributeur en hommes au sein de la force onusienne au Mali [Minusma], souhaite redéployer une partie de ses soldats le long de sa frontière avec le Mali ».La trop lente concrétisation des projets du G5
Dans ce contexte, le projet de force conjointe régionale – à l'image de la force mixte multinationale créée pour lutter contre le groupe islamiste radical Boko Haram – a été au cœur des discussions. Mais le G5 Sahel doit aussi convaincre qu'il peut agir. D'autant que l'organisation est régulièrement pointée du doigt pour son inertie par certains titres de la presse africaine. À l'issue des attentats de 2016 au Burkina Faso et en Côte d'Ivoire, le quotidien malien Les Échos lui reprochait déjà sa difficulté à se déployer face à des « terroristes qui se montrent plus actifs que bavards ». « On ne peut pas combattre des maux rien qu'avec des mots », raille dans la même veine Le Pays, à l'issue de ce nouveau sommet extraordinaire du G5. Pour le quotidien burkinabé, les chefs d'État du G5 Sahel « traînent les pieds face à un problème éminemment sérieux ». Le Djely se demande enfin si le projet de force conjointe aux pays sahéliens, qu'il juge certes pertinent, n'est pas au fond un « vœu pieux ». Le site d'info guinéen revient sur le précédent sommet extraordinaire, à N'Djaména, en novembre 2015. « À la fois optimistes et ambitieux, Idriss Déby Itno et ses homologues s'étaient également engagés en faveur de la création d'une école régionale de la guerre basée en Mauritanie, du lancement d'une compagnie aérienne régionale, de la construction d'une ligne de chemin de fer reliant les cinq pays et de la suppression des visas entre les pays membres. En somme, les idées et les projets pertinents, ce n'est pas ce qui manque. Mais d'un sommet à un autre, on prend les mêmes et on recommence », avance, dubitatif, Le Djely.Vers une synergie entre les forces de défense
Ce nouveau sommet extraordinaire peut-il changer la donne ? Si le principe de création d'une force régionale est acquis et s'érige en priorité, aucune annonce, toutefois, n'a été faite quant à ses effectifs, son fonctionnement ou son budget. À cet égard, le président tchadien Idriss Déby Itno a sollicité l'aide financière et logistique des Nations unies et de la communauté internationale. C'est donc là que commence la délicate mission de son successeur à la tête du G5, Ibrahim Boubacar Keïta (IBK) : rendre cette force sahélienne opérationnelle. Il s'agirait concrètement, explique Bénin Monde Infos, de sécuriser les frontières et de lutter contre le trafic de drogue, une étape qui « vise à limiter les déplacements des terroristes dans la zone sahélienne et à les couper de leurs sources de revenus », puis de constituer cette force militaire avec des soldats des cinq pays, et de lui donner les moyens de s'attaquer aux djihadistes. Point notable depuis le dernier sommet extraordinaire du G5 de novembre 2015, selon le journal malien l'Indicateur du Renouveau : la volonté de certains pays du Sahel, à l'instar de la Mauritanie, de s'engager dans une lutte commune, qui implique notamment l'échange de renseignement. Cette mutualisation des moyens et des informations est d'ailleurs en marche et constitue un progrès dans la guerre contre les groupes extrémistes au nord du Mali, explique le lieutenant-colonel Philippe de la force Barkhane dans le Journal du Mali : « Il y a 3 ans, les armées de la sous-région s'ignoraient totalement et n'avaient pas vocation à travailler ensemble. Aujourd'hui, on planifie des opérations ensemble. L'opération Garikou a été préparée en commun avec le Mali, le Niger et Barkhane. On a échangé du renseignement et on a opéré ensemble. […] Aujourd'hui, des pays de la sous-région ont accepté ce qu'on appelle le droit de poursuite, c'est-à-dire qu'une force armée a le droit de traverser une frontière pour poursuivre l'ennemi sur le territoire d'un État souverain, c'est conceptuellement quelque chose qui serait difficile à admettre en Europe. Ici, ils le font et au plus au niveau. » Le responsable militaire français revient par ailleurs sur la création le 24 janvier d'une force tripartite (Niger, Burkina Faso, Mali) pour lutter contre l'insécurité dans la région du Liptako-Gourma, qui s'étend sur les trois pays. « C'est exactement le but à atteindre de ce que l'on poursuit. Barkhane n'a pas vocation à durer éternellement. À terme, dans l'idéal, il faudrait que Barkhane se retire et que cette force conjointe prenne le relais et que les Africains puissent s'approprier leur propre sécurité », déclare-t-il. La force française Barkhane a été lancée en août 2014.
#MALI : LE MAGAZINE DU 05 FÉVRIER 2017 : G5 Sahel, le Mali, le Burkina et le Niger se dotent d'une force mixte https://t.co/ItqOBSrRBU pic.twitter.com/0e19j5COrw
— Studio Tamani (@StudioTamani) 5 février 2017