Algérie : Le peuple chasse Bouteflika !

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Poussé à la sortie par un mouvement populaire, le Président, Abdelaziz Bouteflika a été contraint à la démission. L’annonce a été faite par le vieux président malade et assis dans un fauteuil roulant le mardi2 avril 2019. Une page nouvelle s’ouvre en Algérie grâce à la détermination du peuple.

Tout commencé le 16 février à Kherrata à 60 km à l’est de Bejaia. Plusieurs centaines de manifestants sortent dans la rue pour dire non au cinquième mandat pour Bouteflika. C’est la première grande manifestation pacifique contre le 5e mandat. Une date à retenir puisqu’elle ouvre une série de nombreuses et grandioses marches contre le cinquième mandat et le système dans son ensemble.

Le vent de la révolte s’est ensuite propagé pour atteindre trois jours après Khenchela. Les milliers de citoyens sortis manifester devant la mairie, pour répondre à la provocation du maire qui voulait interdire la ville aux autres candidats à la présidentielle, finissent même par arracher le poster géant de Bouteflika accroché sur la façade de l’APC. À ce moment-là, des appels anonymes à manifester partout en Algérie contre le cinquième mandat sont massivement relayés sur les réseaux sociaux.

 La surprise du 22 février

Le 22 février, jour de mobilisation nationale contre le cinquième mandat, des millions d’Algériens sont sortis dans plusieurs villes du pays pour exprimer leur opposition au 5e mandat. À Alger, où 800 000 manifestants font tomber le mur de la peur. Un poster géant président accroché à la façade du siège du bureau de wilaya du RND au niveau de la Grande Poste, est arraché, piétiné par les manifestants.

Sans broncher, Bouteflika, ou son frère, ignore les revendications des manifestants. Il fait la sourde oreille. Alors qu’il se trouvait dans un hôpital en Suisse, le 24 février, à l’occasion de l’anniversaire de la création de l’UGTA, il adresse un message où il parle d’” une continuité qui permet à chaque génération d’ajouter une pierre sur ce qui a été construit avant elle (…) afin de rattraper les échecs marginaux”.

 La confirmation du 1er mars

Le message est reçu cinq sur cinq par la rue. Les Algériens ont compris que Bouteflika et son clan sont décidés à rester. Une semaine après les manifestations du 22 février, les Algériens sont sortis par millions le vendredi 1er mars, montrant leur détermination à empêcher Bouteflika à rester au pouvoir.

 La lettre du 3 mars

Deux jours après, le 3 mars au soir, la Présidence a émis une lettre attribuée à Bouteflika dans laquelle le président annonce sa candidature pour un 5e mandat, en promettant d’organiser des présidentielles anticipées.

La position du Chef d’État-major le général Ahmed Gaid Salah commence à changer vis-à-vis de Bouteflika. Le 6 mars, dans un message, Gaid Salah, contrairement à son habitude, ne mentionne pas le nom du Président. “L’Algérie est forte avec son peuple et sûre avec son Armée”, dira-t-il ce jour-là.

Deux jours après le 8 mars, les Algériens descendent à nouveau dans la rue, partout dans le pays, pour dire non aux propositions de Bouteflika.

Deux jours après les manifestations du troisième vendredi, le Chef d’État-major en fera l’éloge dans un nouveau message. L’armée et le peuple partagent “une vision unique du futur de l’Algérie”, lance Gaid Salah le 10 mars. Il renouvelle ses éloges au peuple deux jours plus tard, le 13 mars et rappelle “la relation et la confiance qui lient le peuple à son armée en toutes circonstances”.

Le lendemain, lundi 11 mars, le président Bouteflika annonce l’annulation des présidentielles, la tenue d’une conférence nationale, un référendum populaire pour la révision de la constitution et des élections présidentielles.

Des propositions rejetées par les Algériens, qui descendent dans la rue le 15 mars, puis le 22 mars, dans des manifestations grandioses pour réclamer le départ du président et du système, et dire à la prolongation du 4e mandat.

 Avec le peuple en  crescendo

C’est à partir du quatrième vendredi (15 mars) que les choses s’accélèrent. Les discours des tenants du pouvoir se faisant de plus en plus timides, après avoir été provocateurs, voire insolents et ceux de Gaid Salah dénotant de plus en plus l’infléchissement de sa position en faveur du départ de Bouteflika et de son entourage.

Vers la fin mars, Bouteflika est tour à tour lâché par le FLN, le RND, l’UGTA et par de nombreuses autres organisations et personnalités qui gravitaient autour de lui depuis vingt ans, les Algériens ayant, par leurs démonstrations de force tranquille, obligé tout le monde à se ranger derrière ses revendications.

Le 26 mars, Gaid Salah, appelle à la destitution de Bouteflika par l’application de l’article 102 de la Constitution. Un appel qui ne sera toutefois pas entendu par la présidence mais entendu par le peuple qui, lors du sixième vendredi, le 29 mars, réclamera l’application de l’article 7 de la Constitution qui dispose que le peuple est source de tout pouvoir.

Une demande à laquelle le Chef d’État-major répond dès le lendemain, en affirmant, dans un nouveau message que “la solution de crise ne peut être envisagée qu’à travers l’activation des articles 7, 8 et 102”.

Le  mardi 2 avril  en fin de journée, les injonctions au départ lancées par Gaid Salah au clan présidentiel atteignent leur paroxysme. Dans un communiqué qui a sanctionné une réunion de tout l’État-major de l’ANP ce mardi 2 avril, Gaid Salah appelle à la destitution “immédiate” de Bouteflika, et qualifié le clan présidentiel de “bande”.

À peine une heure après la diffusion du communiqué du MDN, la présidence annonce, dans un communiqué relayé par l’agence officielle, qu’Abdelaziz Boutelika a notifié officiellement au président du Conseil constitutionnel, sa décision de mettre fin à son mandat en qualité de président de la République

MS

Sur les traces de Bouteflika !

1937 : Naissance au Maroc

En 1937, la famille Bouteflika est en exil à Oujda, à l’Est du Maroc, à une poignée de kilomètres à peine de la frontière algérienne. C’est là, le 2 mars 1937, qu’Abdelaziz voit le jour dans la maison familiale. Ses parents, Ahmed et Mansouriah, sont alors loin de s’imaginer que 82 ans plus tard, leur fils décidera de briguer un 5ème mandat consécutif à la tête de l’Algérie, malgré son état de santé très préoccupant et dans un climat de contestation sans précédent dans le pays depuis que l’homme est arrivé au pouvoir.

 1956 : Premier engagement !

En mai 1956, Abdelaziz Bouteflika à 19 ans. C’est le début de son engagement. Il décide de lutter contre la présence coloniale française en rejoignant le Front de Libération Nationale (FLN) et il s’engageant dans les rangs de l’armée de libération nationale (A.L.N). Il luttera depuis la frontière marocaine au sein d’un groupe désormais connu sous le nom de “clan d’Oujda”.

 1958 : Rapprochement avec Boumedienne

Quelques mois plus tard, au sein du “clan d’Oujda”, le jeune Abdelaziz se rapproche d’un des hommes forts de ce clan: Houari Boumedienne, futur président de l’Algérie indépendante. Abdelaziz Bouteflika devient même le secrétaire particulier de Houari Boumedienne.

 1962/1963 : Début d’une carrière politique

Juste après l’indépendance proclamée en 1962, Abdelaziz Bouteflika est élu député de Tlemcen, la région d’origine de sa famille. C’est le véritable début de sa carrière politique. Parallèlement, Ahmed Ben Bella devient le premier président de l’Algérie indépendante et on retrouve Abdelaziz Bouteflika au sein de son gouvernement. A 25 ans, il est nommé ministre de la Jeunesse, des Sports et du Tourisme.  Au début de l’année 1963, la carrière politique d’Abdelaziz Bouteflika connaît un tournant quand il est désigné ministre des Affaires étrangères ad interim. Après le congrès du Front de Libération Nationale d’avril 1964, il est nommé membre du Comité central et du bureau politique du FLN.

 1978/1987 : Et traversée du désert ! 

Houari Boumedienne décède en décembre 1978. Abdelaziz Bouteflika reste ministre des Affaires étrangères jusqu’au mois de mars 1979. Il est alors remplacé par Mohamed Seddik Benyahia. Commence alors une période pendant laquelle les anciens proches de Boumedienne deviennent la cible de ceux qui briguent le pouvoir. Bouteflika est exclu du comité central du FLN en 1981, suite à des soupçons de mauvaise gestion du ministère des Affaires étrangères. Abdelaziz Bouteflika est contraint de fuir. L’exil va durer 6 ans.

 1999 : Le pouvoir et un référendum sur l’amnistie

Pour les élections présidentielles de 1999, Abdelaziz Bouteflika est le candidat du FLN. La veille du scrutin, six candidats se retirent pour protester contre la candidature de Bouteflika jugée comme téléguidé par les militaires. L’homme est élu avec 73,79 % des voix et prend le pouvoir le 15 avril 1999. Il tente rapidement de mettre fin à la guerre civile qui fait rage. Une de ses première mesure porte le nom de “concorde nationale”, un projet de loi qui propose l’amnistie des islamistes “qui n’ont pas commis de crimes de sang et de viols”, et qui acceptent de se soumettre à l’autorité de l’Etat algérien. Ce projet de loi est soumis à référendum. Le texte est approuvé à une écrasante majorité.

 2008 : Fin de la limitation du nombre de mandats du président

En 2008, les députés algériens votent à mains levées en faveur d’une révision de la constitution. Désormais, les nombre de mandats présidentiel ne sont plus limités à deux. La porte d’un troisième mandat s’ouvre pour Abdelaziz Bouteflika. En 2009, il est réélu avec 90,24 % des voix.

 2013/2014 : Victime d’un AVC et brigue un 4ème mandat 

En 2013, le président algérien est victime d’un accident vasculaire cérébral (AVC). Depuis lors, l’homme est très affaibli et son état de santé se détériore, à tel point que certains Algériens n’imaginent pas qu’Abdelaziz Bouteflika briguera un 4ème mandat. Mais quelques mois plus tard, le président impose un important remaniement ministériel qui réduit notamment l’influence des services secrets. Il se présente aux élections présidentielles suivantes, puisque la Constitution ne l’interdit plus. Il est élu avec 81,49 % des voix. Il prête serment en fauteuil roulant le 28 avril 2014.

 3 mars 2019 : L’Algérie est dans la rue…

Le 10 février 2019, Abdelaziz Bouteflika annonce sa volonté de se présenter aux élections présidentielles du 18 avril. En clair: l’homme veut briguer un 5ème mandat. Résultat, quelques jours plus tard des dizaines de milliers d’Algériens descendent dans la rue, dans plusieurs villes du pays et notamment à Alger, la capitale, où les manifestations sont pourtant interdites. Abdelaziz Bouteflika lui quitte l’Algérie pour Génève, en Suisse, où il doit subir des examens médicaux. Les manifestations se succèdent en Algérie mais le 3 mars 2019, le dossier de candidature d’Abdelaziz Bouteflika est déposé au Conseil constitutionnel par son directeur de campagne. Abdelaziz Bouteflika écrit une lettre aux Algériens dans laquelle il s’engage, s’il est élu, à ne pas aller au bout de son mandat et à organiser des élections présidentielles à laquelle il ne se présentera pas.

2  avril 2019 : la fin

Une page se tourne en Algérie. Après vingt ans au pouvoir, Abdelaziz Bouteflika, 82 ans, a démissionné, mardi 2 avril, cédant à la pression de la rue et aux injonctions de l’armée.

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