Après l'échec des pourparlers avec l'Iran, quelle suite pour Trump?
L'échec des négociations entre les États-Unis et l'Iran dimanche laisse Donald Trump face à des options limitées, au moment où son ordre de bloquer le stratégique détroit d'Ormuz soulève de nouvelles inquiétudes selon plusieurs experts.
Son vice-président JD Vance, dépêché au Pakistan pour tenter de conclure un accord avec de hauts responsables iraniens, est reparti les mains vides, douchant les espoirs d'une désescalade dans un conflit qui déstabilise le Moyen-Orient depuis fin février, alors que les parties observent actuellement un cessez-le-feu temporaire.
Une reprise des discussions contredirait l'affirmation de Donald Trump selon laquelle l'Iran n'a plus «aucune carte» à jouer tandis qu'une intensification des opérations militaires accroîtrait, elle, les risques pour les forces américaines et pourrait mécontenter les électeurs -déjà irrités par la flambée des prix de l'essence- à l'approche des élections de mi-mandat en novembre.
Le blocus américain du détroit d'Ormuz, par lequel transite un cinquième du pétrole mondial et où Téhéran a instauré de facto des droits de passage, fait également redouter un nouvel impact sur l'économie mondiale.
Une stratégie américaine illisible
Selon Brian Katulis, chercheur au Middle East Institute, la propension de Donald Trump à s'exprimer à tort et à travers et à proférer des menaces complique l'élaboration d'une stratégie claire.
«Il cherche peut-être simplement à gagner du temps pour déployer davantage de moyens militaires, ou bien il ne sait pas quoi faire d'autre. C'est une approche centrée sur le militaire, mais dépourvue de véritable stratégie», explique-t-il à l'AFP.
Pour Shibley Telhami, chercheur à la Brookings Institution et professeur à l'université du Maryland, l'annonce d'un blocus américain est «déconcertante» et paraît «contre-productive».
«L'Iran ne fait déjà pas confiance à Trump», dit-il. Le président «n'aurait pas pu porter un coup plus dur à ce qui reste de la crédibilité mondiale des Etats-Unis».
Le pari risqué du blocus
Les Gardiens de la Révolution iraniens ont réagi à l'annonce de Trump en menaçant de piéger leurs ennemis dans un «tourbillon mortel», affirmant avoir «entièrement sous contrôle» le trafic du détroit d'Ormuz.
«Il y a peu de raisons de penser qu'un blocus contraindrait l'Iran à capituler. En fait, la résilience dont le pays a fait preuve jusqu'à présent suggère l'inverse», estime Danny Citrinowicz, de l'Institut d'études sur la sécurité nationale (INSS) de Tel-Aviv.
Selon lui, un tel dispositif exigerait en outre un «déploiement massif et prolongé de ressources américaines».
Une opération qui pourrait être impopulaire auprès des Américains, nombreux à se dire inquiets et stressés par ce conflit, notamment selon un sondage de CBS News publié dimanche.
«Je ne vois pas en quoi, après plus de 40 jours de guerre, nous et nos alliés sommes davantage en sécurité. Je ne suis même pas certain qu'Israël soit plus en sécurité», a jugé le sénateur démocrate Mark Warner sur CNN. «Je ne comprends pas en quoi un blocus va pousser les Iraniens à rouvrir le détroit. Je ne vois pas le rapport».
«Les responsables iraniens sont peu fiables et fourbes, mais l'administration Trump n'est pas en reste»
Chercheur au Middle East Institute
Interrogé sur une éventuelle relance du dialogue avec Téhéran sur le nucléaire, le sénateur démocrate Tim Kaine a estimé sur CNN que cela ne serait «pas facile», à cause des obstacles créés par le retrait américain en 2018 de l'accord nucléaire de 2015, qui visait à empêcher l'Iran de se doter de l'arme nucléaire en échange d'un allègement des sanctions internationales.