« Main tendue »
Le gouvernement centrafricain met en avant sa volonté de réconciliation.
« Pour moi, ce sont des Centrafricains », désamorce le chef du gouvernement, Mathieu Simplice Sarandji, interrogé par l’AFP. Parmi ces ministres figurent des représentants de milices ex-Séléka, comme Lambert Mokove Lissane (eaux et forêts) et Gontran Djono Ahaba (énergie), neveu de l’ancien président Michel Djotodia, et des anti-balaka, avec Jean-Alexandre Dedet (secrétariat du gouvernement) et Jacob Mokpem Bionli (
culture et tourisme).
« C’est une main tendue aux groupes armés, et particulièrement au FPRC [Front populaire pour la renaissance de la Centrafrique, ex-Séléka]
», explique à l’AFP un membre du nouveau gouvernement, sous couvert d’anonymat.
« Le pouvoir a fait valoir le programme Désarmement, Démobilisation, Réinsertion [DDR]
comme seule et unique issue possible au conflit, mais ça n’a jamais donné grand-chose. »
Pour
justifier l’inclusion de groupes armés au gouvernement, le premier ministre affirme
avoir « tenu compte de l’équilibre géopolitique » en Centrafrique, où le gouvernement central peine à
établir son autorité au-delà des portes de Bangui malgré la présence de 12 500 casques bleus. Les membres des groupes armés
« sont des compatriotes » qui représentent
« une région », a argumenté M. Sarandji.
Ces nominations
« envoient un message dangereux : les stratégies violentes sont récompensées, ce qui risque d’alimenter de nouvelles vagues meurtrières », estime Nathalia Dukhan, spécialiste de la Centrafrique au sein du think-tank Enough Project.
« Le fait qu’ils représentent des groupes armés ne veut plus dire grand-chose », tempère la chercheuse indépendante Enrica Picco, qui souligne l’opportunisme des
« hommes politiques centrafricains », parmi
« les plus caméléons au monde ».
Crimes de guerre
La Centrafrique a basculé dans le chaos en 2013, avec le renversement de l’ancien président François Bozizé par la Séléka, prétendant
défendre la minorité musulmane, et qui a porté Michel Djotodia à la présidence. Ce coup de force a entraîné une contre-offensive des anti-balaka, majoritairement chrétiens.
A la démission de Djotodia pour
laisser place en 2014 à un gouvernement de transition, plusieurs chefs de file de l’ex-Séléka ont rejoint des groupes armés, comme Nourredine Adam et Abdoulaye Hissène, autrefois ministres et aujourd’hui respectivement leader du FPRC et coordinateur militaire du même groupe armé à Bria (est). Ce nouveau gouvernement fait donc une place à des
« éléments en provenance de l’ancien pouvoir » pro-musulman de Djotodia, résume Thierry Vircoulon, chercheur à l’Institut français des relations internationales (IFRI).
Ce remaniement intervient alors qu’une Cour pénale spéciale doit bientôt
commencer à
instruire les nombreux crimes contre l’humanité et les crimes de guerre commis en Centrafrique depuis 2003 – un procureur a été nommé en juin. Dans ce
contexte, la Fédération internationale des droits de l’homme (FIDH) a déclaré à l’AFP que
« le dialogue politique nécessaire à la sortie de la crise ne doit en aucun cas empêcher la bonne marche de la justice et la lutte contre l’impunité à laquelle s’est engagé le président Touadéra ».