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dim 27 Sep 2020 - 21:33
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Etats-Unis: qui finance les candidats à l’élection présidentielle?

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Alors que le New York Times révèle les problèmes de trésorerie de Donald Trump pour sa réélection, retour sur le financement des campagnes présidentielles aux États-Unis.

Avec 2,4 milliards de dollars dépensés, la campagne américaine de 2016 a été la plus chère de l’Histoire. Celle de 2020, qui verra Donald Trump affronter Joe Biden, pour tenter de remporter une réelection pourrait dépasser le record d’il y a quatre ans.

Selon le site Opensecrets.org, les candidats à la Maison-Blanche auraient d’ores et déjà amassé plus de 737 millions de dollars pour leur campagne. Alors, comment les candidats récoltent de l’argent pour financer leur campagne?

Les petits donateurs en vogue

Afin de financer les meetings ainsi que les innombrables publicités politiques à la télévision, les candidats se tournent vers pléthore de sources de revenus différentes. La source de financement la plus à la mode cette année provient de particuliers donnant moins de 200 dollars. Joe Biden voit ainsi 43% de sa collecte issue de ces “petits donateurs”, qui lui ont fourni jusqu’ici près de 140 millions de dollars. Une tendance qui apparaît en plein essor lorsqu’on sait que les petits donateurs ne représentaient que 18% du budget de la candidate Hillary Clinton, en 2016. Mais à ce jeu-là, Donald Trump semble avoir l’avantage. Plus de 55% de l’argent de la campagne du président sortant proviendrait de ces “small donors”, pour un butin de près de 230 millions de dollars.

Cette source de financement émergente rassure Anne Deysine, professeure à l’université Paris-Ouest Nanterre. “Dans un panorama qui incite au pessimisme, il y a néanmoins deux petites lumières. Il s’agit du grand nombre de petites contributions versées par des électeurs modestes à la campagne d’Obama en 2008, à celle de Bernie Sanders en 2016 et en 2020. La désaffection des électeurs n’est donc pas totale.”

Des grands donateurs toujours présents

Une tendance qui n’éclipse pas non plus une grande source de financement pour les candidats: les grandes fortunes. En 2016, l’homme d’affaires milliardaire Tom Steyer aurait dépensé plus 57 millions de dollars pour aider les démocrates à accéder à la Maison-Blanche. Côté républicains, le magnat de l’immobilier Sheldon Adelson a dépensé 47 millions de dollars à lui seul pour voir Donald Trump devenir président.

Chez les ultra-riches, les républicains ont pour habitude d’être les mieux lotis: 57,7% des PDG de grandes entreprises leur feraient des dons réguliers, contre seulement 18,6% pour les démocrates, selon une étude récente du Bureau national de recherche économiques.

Les grands donateurs peuvent aussi être… les candidat eux-mêmes. Un milliardaire comme Donald Trump pourrait donc théoriquement déverser toute sa fortune dans sa propre campagne. Cela a d’ailleurs été l’un des arguments phares de sa campagne en 2016, clamant qu’il ne pouvait pas être “acheté” par de gros donateurs ou des lobbys, contrairement à ses adversaires.

Cependant, Anne Deysine l’assure : “Trump a très peu utilisé son propre argent en 2016, ce qui l’a fait élire c’est la publicité gratuite.” 2 milliards de dollars de temps d’antenne gratuit lui auraient ainsi été “offerts” par les chaînes de télévision américaines, fascinées par le personnage.

Donald Trump qui, cette fois, pourrait mettre la main au portefeuille pour obtenir sa réélection en 2020. Une enquête du New York Times révèle les problèmes de trésorerie de la campagne du président sortant. Trump aurait récolté plus d’1,1 milliard de dollars, en comptant toutes les sources de revenus, mais son équipe en aurait déjà dilapidé plus de 800 millions, alors même que le vote n’a lieu que dans deux mois.

 

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Secteurs économiques

Au delà des “super-donateurs”, certains secteurs entiers investissent massivement dans les campagnes présidentielles. Ainsi, Open secrets estime que 76 millions de dollars de soutien à Joe Biden proviendraient du secteur de la finance, de l’assurance et de l’immobilier. Donald Trump se contente de 43 millions de dollars en provenance de ces mêmes secteurs.

Le milieu de la construction aurait, de son côté, donné plus de 8,3 millions de dollars pour soutenir Donald Trump, contre “seulement” 3 millions de dollars pour Joe Biden. Mais ces donations ne se retrouvent pas directement dans les comptes de campagne des candidats, mais bien souvent dans des Super PAC (Political Action Committee). Des organismes privés, qui peuvent dépenser sans limite dans les campagnes.

Le privé au coeur de la campagne

La grande différence avec la France, c’est que “le système de financement des élections aux États-Unis est entièrement privé”, explique Anne Deysine. Il existe bien un système de financement public, mais celui-ci est devenu obsolète avec l’explosion des dépenses de campagne.

En 2010, la Cour suprême autorise les entreprises privées à injecter autant d’argent qu’elles le veulent pour tenter de faire basculer une élection. C’est la naissance des Super PAC, “une décision si énorme, qu’Obama lui-même parlera de danger pour la démocratie”, se souvient Anne Deysine.

Ces Super PAC représentent une grande partie de l’argent englouti dans les campagnes. Si ces groupes ne sont officiellement pas rattachés à la campagne du candidat qu’ils soutiennent, cela ne les empêche pas de récolter (et dépenser) des sommes d’argent colossales. Ces Super-PAC mènent des campagnes “parallèles” à celle de leur candidat, en dépensant de l’argent dans des spots de publicités télévisuelles, des campagnes sur les réseaux sociaux ou encore des flyers. Seule contrainte: devoir communiquer la liste de leurs donneurs, et, ici encore, il existe des exceptions. Pour mettre ces sommes en perspective, en 2016, la campagne d’Hillary Clinton aurait récolté environ 623 millions d’euros pour sa campagne. Les Super PAC soutenant la candidate auraient dépensé de leur côté plus de 200 millions de dollars. Une somme non-négligeable mais peut-être insuffisante au vu du résultat de l’élection.

“L’argent, même s’il est le nerf de la guerre, ne suffit pas à faire élire un candidat”, tempère Anne Deysine. L’exemple le plus frappant est celui de Mike Bloomberg. Personne n’a dépensé autant que lui dans l’Histoire pour accéder à la Maison-Blanche. Bloomberg n’a même pas remporté la primaire d’un des deux partis majeurs. Le milliardaire a dépassé l’année dernière la barre du milliard de dollars pour sa campagne ratée. Soit plus de 66 fois les dépenses de campagne d’Emmanuel Macron en 2017.

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