La lutte contre le changement climatique et le combat contre la faim devraient aller de pair

La Conférence sur le climat ou COP 21, qui se tiendra à Paris où des actes de terrorisme barbares se sont récemment produits, offre à la communauté internationale une nouvelle occasion de se réunir et de montrer que son engagement à l'égard de l’Agenda pour 2030 et des Objectifs de développement durable (ODD) est le moyen le plus approprié de promouvoir un monde plus juste, plus sûr et plus inclusif, où personne n’est laissé pour compte.

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Il n’y aura pas de paix sans dĂ©veloppement durable. Et il n’y aura jamais de dĂ©veloppement durable aussi longtemps que des ĂŞtres humains se sentiront exclus tandis que d’autres continueront Ă  endurer extrĂŞme pauvretĂ© et faim.

Une solution pour un monde meilleur devrait impliquer tout le monde. Et c’est bien de cela qu’il est question dans l’Agenda pour 2030: universalitĂ©, solidaritĂ© et inclusion.

Les 17 Objectifs de développement durable sont complémentaires et liés. Le changement climatique est sans doute la question qui représente le mieux cette interdépendance.

L’Objectif numéro13 est spécifique au changement climatique. Il stipule que les pays devraient prendre des mesures urgentes pour lutter contre ce changement et ses effets néfastes. Dans le cas contraire, ce serait mettre en péril la réalisation de tous les autres Objectifs de développement durable, en particulier la lutte contre la faim.

LibĂ©rer le monde de la faim passe nĂ©cessairement par la limitation des effets nĂ©fastes du changement climatique sur la sĂ©curitĂ© alimentaire et la nutrition. Les pays rĂ©unis dans le cadre de la COP21 devraient garder cela Ă  l’esprit tout au long des nĂ©gociations.

Autrefois un rêve, un monde libéré de la faim est aujourd’hui un objectif à portée de main. Nous produisons suffisamment de nourriture, nous maîtrisons les technologies et nous savons quelles politiques et mesures donnent les meilleurs résultats.

Et pourtant, le changement climatique, notamment les événements météorologiques extrêmes de plus en plus fréquents, représentent un obstacle à la réalisation de cet objectif.

Le rĂ©chauffement climatique affecte la production alimentaire. Les rendements des cultures de base sont en baisse et, en 2050, des baisses de rendement de 10 Ă  25 pour cent ou plus pourraient se gĂ©nĂ©raliser. Pendant ce temps, les sĂ©cheresses, les inondations, l’élĂ©vation du niveau des mers et les ouragans menacent de plus en plus les vies et les moyens d’existence des populations vulnĂ©rables. Ces catastrophes liĂ©es au climat contribuent fortement aux pertes Ă©conomiques et aux dĂ©placements de population. Dans le mĂŞme temps, la population mondiale continue de croĂ®tre mais sa croissance est plus rapide dans les pays plus vulnĂ©rables au changement climatique.

Celui-ci compromet la sĂ©curitĂ© alimentaire et les moyens d’existence des populations pauvres dont la majoritĂ© (80 pour cent, selon les estimations) vit dans les zones rurales et dĂ©pend de l’agriculture, de la sylviculture et de la pĂŞche. Nous avons besoin d’un cadre mondial pour soutenir le dĂ©veloppement et la croissance tout en prĂ©servant les ressources naturelles de la planète, en particulier dans les zones rurales. Les Objectifs de dĂ©veloppement durable sont un Ă©lĂ©ment central de ce cadre mondial. Et pour le complĂ©ter, les pays rĂ©unis Ă  Paris doivent nĂ©gocier un nouvel accord sur le climat mondial qui visera Ă  limiter l’augmentation de la tempĂ©rature mondiale en dessous de 2 degrĂ©s Celsius.

L’objectif  primordial de la FAO est d’assurer que sĂ©curitĂ© alimentaire et nourriture suffisante pour tous restent fermement au centre du dĂ©bat sur le changement climatique. Les pays doivent ĂŞtre en mesure Ă  la fois de mettre en Ĺ“uvre des solutions et d’intensifier les mesures d’adaptation et d’attĂ©nuation. A cette fin, le cadre mondial attendu de la ConfĂ©rence de Paris devra soutenir les transferts de technologie, le dĂ©veloppement des capacitĂ©s et la mobilisation de moyens financiers.

Ces efforts profiteront Ă  tous. En particulier, nous devons renforcer les moyens d’existence des petits agriculteurs, des pĂŞcheurs et des forestiers qui sont les plus Ă  risque d’insĂ©curitĂ© alimentaire et qui sont touchĂ©s de manière disproportionnĂ©e par le changement climatique, en particulier dans les Petits Ă©tats insulaires en dĂ©veloppement, les pays enclavĂ©s et les zones arides et semi-arides. Pour eux, l’adaptation est synonyme de garantie de sĂ©curitĂ© alimentaire. Les agriculteurs, les pĂŞcheurs et les forestiers – qu’ils soient petits ou grands, dans les pays en dĂ©veloppement ou dĂ©veloppĂ©s – sont bien plus que des producteurs d’aliments. Ils sont les gardiens de la Terre et, en tant que tels, ils gèrent de manière responsable nos ressources naturelles en notre nom Ă  tous. Ils sont donc au cĹ“ur de la solution et l’on ne saurait leur demander de supporter Ă  eux seuls le fardeau et les coĂ»ts rĂ©sultant des effets du changement climatique.

La FAO s’engage, comme elle l’a toujours fait, à apporter son expertise technique et son expérience pour aider les gens, notamment dans les zones rurales, à sortir du cercle vicieux de la faim et de la pauvreté et ce, plus particulièrement, face au changement climatique.

 

Des partenariats solides sont le fondement du partage des connaissances et des ressources sur les questions de développement. Il est temps désormais de les forger. C’est seulement grâce à notre coopération étroite que nous pourrons faire en sorte que les progrès réalisés en matière de sécurité alimentaire ne soient pas compromis par les effets du changement climatique.

 

Il est impĂ©ratif de bien dĂ©finir nos prioritĂ©s et de placer la sĂ©curitĂ© alimentaire en tĂŞte de nos prĂ©occupations. Nous devons reconnaĂ®tre que les secteurs de l’agriculture, notamment l’Ă©levage, la sylviculture et la pĂŞche – dont dĂ©pendent la plupart des pauvres de la planète –, et le problème du changement climatique sont Ă©troitement liĂ©s, et que des solutions concernant les uns devraient Ă©galement profiter Ă  l’autre.

 

En clair, sécurité alimentaire et nutrition adéquate pour tous, dans un monde où la population s’accroît rapidement et le climat se réchauffe dangereusement, tandis que les ressources naturelles sont limitées, nécessitent que nous apprenions à produire plus avec moins. Y a-t-il appel à l’action plus impérieux ?

José Graziano da Silva, Directeur Général de la FAO

 

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