Trump perd-il la main face à Netanyahu? “Il est en train de l’humilier”
Les tensions ont de nouveau dégénéré entre l’Iran et Israël, alors que le président américain Donald Trump appelle les deux camps à mettre fin aux frappes. “Washington veut stopper l’escalade, mais Trump ne parvient pas à garder Netanyahu sous contrôle”, analyse l’ancien colonel Roger Housen. “La survie politique de Netanyahu dépend de la défaite de l’Iran”, estime encore l’expert. Décryptage.
Les frappes menées par Israël au Liban, officiellement dirigées contre le Hezbollah mais ayant causé de nombreuses victimes civiles, ainsi que l’avancée des troupes israéliennes toujours plus loin sur le territoire libanais, alimentent fortement les tensions avec l’Iran. Principal soutien du Hezbollah, Téhéran exige l’arrêt de l’offensive israélienne comme préalable à tout accord avec les États-Unis destiné à mettre fin au conflit.
Après des frappes israéliennes menées dimanche contre des positions du Hezbollah à Beyrouth, l’Iran a riposté en ciblant la base aérienne de Ramat David, considérée comme l’un des sites les plus stratégiques de l’aviation israélienne. Selon Israël, les missiles iraniens ont tous été interceptés par le Dôme de fer, son système de défense antiaérien. Il s’agissait toutefois de la première attaque directe sur le territoire israélien depuis l’entrée en vigueur du cessez-le-feu. Aucun blessé n’a été signalé, d’après les secours israéliens.
Escalade de part et d’autre
En réponse, Israël a affirmé avoir frappé dans la nuit des “systèmes de défense stratégiques du régime terroriste iranien”. Selon des informations de Tsahal, les cibles comprenaient des systèmes radar militaires, de nouvelles installations de lancement de missiles, une usine pétrochimique ainsi que des centres de commandement et des dépôts militaires, notamment à Téhéran, Ispahan, Tabriz, Karaj et Mahshahr.
L’Iran a de nouveau répliqué ce lundi matin en tirant des missiles vers les bases aériennes israéliennes de Nevatim et de Tel Nof. Malgré les mises en garde de Donald Trump, Israël affirme être prêt à poursuivre ses opérations militaires contre l’Iran pendant encore plusieurs jours. Au même moment, les rebelles houthis au Yémen menacent eux aussi de reprendre les hostilités.
Dans l’après-midi toutefois, les forces armées iraniennes ont annoncé la “cessation” de leurs frappes contre Israël, après ce qu’elles ont qualifié de “riposte cinglante” en soutien au Liban durant le week-end. Une reprise des négociations semble donc à nouveau envisageable, au moins temporairement.
Pourquoi l’Iran a-t-il attaqué? Sur le plan militaire, presque aucun missile iranien n’a réussi à franchir les défenses israéliennes.
“Il s’agissait avant tout d’un message politique, en réponse aux frappes israéliennes contre des positions du Hezbollah à Beyrouth, en profondeur sur le territoire libanais”, estime le colonel belge à la retraite Roger Housen. “En choisissant la base aérienne de Ramat David, l’Iran a visé une cible hautement symbolique. Attaquer ce joyau de l’aviation israélienne témoigne d’une certaine audace et montre que l’Iran dispose encore des moyens nécessaires pour infliger des coups à Israël. Téhéran est clairement déterminé à protéger le Hezbollah et maintient une ligne dure tant envers Israël qu’envers les États-Unis.”
“Cela rend Trump furieux, car cela l’empêche de conclure un accord. Tant qu’Israël continuera de frapper le Hezbollah et que l’Iran continuera de soutenir la milice, aucun accord ne sera possible. Il apparaît clairement que Trump est incapable de contrôler Netanyahu, qui est en train de l’humilier en poursuivant ses opérations sur le sol libanais. Le principal obstacle à la fin de cette guerre est l’action d’Israël au Liban, qui offre à l’Iran un prétexte idéal pour interrompre les négociations.”
Quel est l’objectif d’Israël avec ses frappes contre l’Iran?
“Les Israéliens ne pouvaient pas laisser passer l’attaque contre Ramat David sans réagir: ne pas répondre aurait été perçu comme un signe de faiblesse de la part de Netanyahu. Ce qui est frappant, c’est que Netanyahu ignore totalement ce que Trump a déclaré hier soir, à savoir qu’il ne voulait pas voir de contre-attaque israélienne. Cela montre que Washington n’est plus en mesure de faire respecter ses lignes rouges à Israël.”
Trump pourrait pourtant faire pression sur Netanyahu en suspendant les livraisons d’armes et de munitions à Israël.
“S’il faisait cela, il se mettrait à dos l’ensemble du lobby israélien aux États-Unis, qui constitue l’un des derniers piliers qui soutient le Parti républicain. Cette communauté exerce un poids considérable, tant sur le plan politique qu’économique. À l’approche des élections de mi-mandat, Trump peut difficilement se permettre une telle confrontation. Aujourd’hui, Washington adressera sans doute des mots durs à Tel-Aviv, mais Trump ne limitera pas son soutien à Israël.”
“Il y a aussi l’avenir politique de Netanyahu: la guerre contre l’Iran est essentielle à sa survie politique, encore davantage que le conflit contre le Hamas à Gaza. Imaginons que le régime de Téhéran survive et qu’un accord soit conclu avec les États-Unis, semblable à celui signé par Obama en 2015 mais jugé insatisfaisant par Israël. Si, en outre, le Hezbollah survit lui aussi, cette guerre n’aura rien apporté tout en coûtant énormément d’argent. Netanyahu devra alors rendre des comptes, et c’est pour l’éviter à tout prix qu’il se comporte comme un chat acculé et n’écoute plus Trump.”
L’Iran a donc vu une occasion de creuser un fossé entre Israël et les États-Unis?
“Exactement. On peut dire beaucoup de choses sur le régime iranien — qu’il est détestable et qu’il sème le chaos — mais il joue cette partie de manière extrêmement habile sur le plan stratégique. Les dirigeants iraniens savent toujours repérer les opportunités et utiliser le temps à leur avantage.”
Trump suivra-t-il cette escalade en frappant aussi l’Iran?
“Non, Trump ne veut qu’une seule chose: mettre fin à cette guerre le plus rapidement possible. Les États-Unis n’intensifieront leur intervention militaire que si des intérêts américains, des entreprises, des bases, des navires ou des avions américains sont directement pris pour cible. Trump ne s’engagera pas dans cette spirale d’escalade. On constate d’ailleurs que l’Iran agit avec retenue lorsqu’il vise des intérêts américains. Ses attaques restent très limitées si l’on tient compte du nombre d’armes à longue portée dont dispose encore le pays.
Dans le même temps, les Houthis menacent de viser des navires israéliens en mer Rouge. Téhéran cherche-t-il ainsi à ouvrir un nouveau front dans cette crise?
“Exactement. Il s’agit d’une réponse asymétrique de l’Iran: les Houthis sont mobilisés pour rendre la mer Rouge dangereuse. Cet allié de Téhéran agit sur un autre front afin d’accroître la pression économique sur Israël. Et pas seulement, car la mer Rouge donne accès au canal de Suez, par lequel transite une grande partie du fret en provenance d’Asie vers l’Europe. Si cette menace perdure pendant plusieurs jours, l’Iran pourrait, par l’intermédiaire des Houthis, porter un nouveau coup sévère à l’économie mondiale, comme il l’avait fait au début de la guerre en bloquant le détroit d’Ormuz.”
Source: https://www.7sur7.be/