" L'attaque du 23 mai à Kidal sort du cadre démocratique et relève plutôt de la catégorie des conflits armés qui portent atteinte à la cohésion sociale et à la République, méprise la démocratie et conduit à des assassinats crapuleux. En principe la démocratie exige que ces instigateurs soient punis conformément à la loi. Ne pas le faire, c'est quelque part ouvrir la porte à l'impunité ". C'est ce qui ressort d'une déclaration du Bloc des Alternatives pour la Renaissance Africaine (BARA) en date du 8 août signée de son président, le Professeur Yoro Diakité.
La version officielle de l'Accord d'Alger est enfin disponible, conforme quoiqu'on dise, en tous points à celle publiée par la presse privée malienne.
Jamais événement national n'a préoccupé autant la Direction politique du BARA. La démocratie interne du parti a nécessité quatre séances pleines du Bureau Politique National pour arriver à un consensus dont nous livrons ici les lignes directrices.
2) Il nous semble important de clarifier maintenant trois points qui constitueront la matrice de notre brève appréciation dudit Accord.
a) Il faut certes reconnaître que "l'Etat a la responsabilité de défendre le long terme contre le cours terme, de défendre la mémoire collective du peuple et de protéger les minorités. Certes il revient aussi à l'état d'élaborer et de défendre l'unité de la nation face aux menaces tant extérieures qu'intérieures. Et, il n'est même pas souhaitable qu'un Etat se mette au service direct de l'opinion publique". Mais dans tout acte fondamental, l'Etat doit susciter et non pas bloquer le débat démocratique, informer largement et écouter son peuple avant de prendre des décisions qui engagent et le présent et l'avenir du pays.
b) Il faut laisser les gens s'exprimer librement sur l'Accord d'Alger qui préoccupe aujourd'hui tout le peuple.
L'on ne peut s'en prendre à la presse pour avoir joué son rôle et dans l'ensemble elle l'a fait de façon honorable pour notre pays. Bien entendu là comme partout ailleurs, chacun intervient dans les débats avec des niveaux de conscience politique différents, selon la sensibilité plus ou moins aigu de sa fibre patriotique et démocratique, et aussi selon sa vision du monde.
Aujourd'hui la presse et les médias privés ont acquis au Mali une importance politique non négligeable car le parlement national est absorbé dans notre pays par la défense des intérêts d'état et n'est donc plus objectivement représentatif des intérêts du peuple.
c) Nous sommes d'accord avec le gouvernement qu'il faut aborder avec la tête et non le cœur un problème aussi sensible que la question de l'attaque du 23 Mai. Mais il faut s'adresser à son peuple et lui tenir le langage de la vérité. C'est malheureusement par le site des rebelles et les médias étrangers que la fuite des négociations a été portée à la connaissance de la nation. Il faut reconnaître aujourd'hui que l'accord d'Alger divise le Mali et les Maliens. Au BARA, nous pensons sincèrement que l'énorme hiatus entre l'opinion publique et même le peuple et son gouvernement, est dû principalement au double caractère contradictoire de la politique de communication du gouvernement qui, il faut le dire, a d'abord agi avec le cœur avant de le faire avec la tête :
- L'on a parlé d'abord de mutinerie et non de rébellion.
- Le Général Kafougouna KONE, Ministre de l'Administration Territoriale déclare: "C'est des militaires qui ont posé des actes militaires dans les camps militaires. Le règlement militaire ayant tout prévu dans ce cas de figure, le problème sera résolu en conséquence".
-L'Assemblée nationale elle, parle de "désertion ouverte de certains officiers et soldats de l'armée malienne".
- Certaines presses privées notent un déploiement impressionnant d'armes et d'armements dans le Nord.
- Le Général Seydou TRAORE, Chef d'Etat Major des Armées invite les intégrés qui ont fui par peur de représailles, à reprendre leur place au sein de l'armée, mais dit-il, "ceux qui ont attaqué leurs frères d'armes seront traités autrement ".
- Le Président de la république lui- même de Diéma déclare:"Ceux qui ont décidé de prendre les armes assumerons seuls les graves conséquence de leurs actes".
Puis, patata ! C'est le silence total ! Or en politique, le silence est une forme de communication, certes mauvaise. Et maintenant, on dit et informe massivement le peuple que si le gouvernement a préféré négocier c'est qu'il a agi avec la raison et non le cœur ! Avouez qu'il y a de quoi désorienter un peuple qui n'a pas de longue tradition de vie démocratique.
3) Nous voudrions d'abord dire aux insurgés, aux mutins et à leurs complices qu'ils ont tort de se méprendre sur la non - intervention de l'armée nationale ou sur sa relative passivité.
N'eût été le haut degré de sagesse séculaire du peuple malien tout entier, sa patience infinie millénaire à construire un pays multinational riche de sa diversité culturelle et de sa tolérance, de la clairvoyance aussi du gouvernement, ailleurs sous d'autres cieux ou en d'autres temps, l'attaque tristesse du 23 Mai aurait entraîné une lutte fratricide terrible et totale.
4) Il n'existe pas de société sans conflits, pas plus qu'il n'existe de démocratie pure.
La démocratie malienne actuelle, africaine en général, cherche à tout prix une société sans conflits ni troubles. Les tenants d'une telle conception seront toujours surpris par les attaques du type du 23 Mai à Kidal, car une telle société n'existe pas. Comme disent les sociologues "la démocratie se dégrade si elle ne cherche pas à résoudre les problèmes sociaux aigus. Elle doit chercher à découvrir les conflits les plus importants, analyser leur nature et y apporter solution et même anticiper ".
Pour le problème qui nous préoccupe, le BARA a tiré sur la sonnette d'alarme dans sa déclaration sur le Maouloud 2006 à Tombouctou, censurée par les médias d'Est.
Les conflits sont donc inévitables dans toute société divisée en couches et classes sociales aux intérêts opposés, mais ils diffèrent par leur nature spécifique. Dans une société démocratique, c'est en utilisant des institutions démocratiques et le débat démocratique, le dialogue et la persuasion, que l'on peut régler tout conflit, si violent soit -il. Mais l'attaque du 23 Mai à Kidal sort de ce cadre démocratique et relève plutôt de la catégorie des conflits armés qui attente à la cohésion sociale et à la république, méprise la démocratie et conduit à des assassinats crapuleux. En principe, la démocratie exige que ces instigateurs soient punis conformément à la loi.
Ne pas le faire, c'est quelque part ouvrir la porte à l'impunité.
5) Fallait - il aller aux négociations pour la paix ?
Oui certainement car depuis 1990 on ne fait que ça, sans jamais avoir vraiment la paix. Il fallait accepter d'y aller pour faire échouer le complot de guerre civile que les mutins et leurs suppôts cachés préparaient certainement. Mais il fallait y aller cette fois-ci en position de force en la préparant. C'est le gouvernement qui devait avoir l'initiative de toutes les propositions et non pas le contraire qui a vu la réunion se tenir sur le document de base des insurgés élevés subitement au rang d'association du 23 Mai pour le changement.
Il fallait y aller aussi en démontant les mensonges des insurgés selon lesquels rien n'a été fait à Kidal au plan socio-économique.
6) Le revers de la médaille et le débat démocratique
Comme nous l'avons dit tout à l'heure les troubles et les conflits sociaux sont inévitables dans toute société divisée en riches et pauvres. L'attaque du 23 Mai a un double aspect comme tout événement social, la face et le revers. Sa face qui a semé le désordre et la mort est condamnable et tout le peuple malien l'a désapprouvé. Mais il faut parler aussi de son revers. Les mutins, notamment le colonel Hassane FAGAGA, dans deux interviews données à Jeune Afrique trois jours après l'attaque et au Journal l'Indépendant le 10 juin, accuse directement le Président ATT et son gouvernement de n'avoir pas respecté leurs engagements, notamment le ministre de la Sécurité et l'Etat major. Il y dénonce les graves discriminations dont les combattants intégrés sont victimes et parle aussi de leur radiation massive depuis l'arrivée de ATT au pouvoir.
Plus grave, il dit clairement que "rien n'a été fait pour le développement des régions du Nord, dont la marginalisation est la cause principale de notre révolte". Tout ce qui a été fait dit - il, provient de leur relation avec les ONG et que le "pouvoir n'a pas investi comme les partenaires "
Comme l'on voit, le gouvernement est ici interpellé fortement par les rebelles car les causes immédiates de la rébellion lui sont imputées. Mais le gouvernement refusera ce débat démocratique posé et ouvert par les mutins eux-mêmes. Or sans utiliser l'espace public animé par le débat politique, la culture démocratique ne peut s'instaurer, ni se développer. Le gouvernement devait saisir cette occasion pour dire clairement ce qui a été fait notamment à Kidal, faire le point de l'application du Pacte National, reconnaître ce qui n'a pas été fait et dire les revendications qui pouvaient êtres satisfaites selon nos moyens et celles qui ne pouvaient pas être satisfaites parce qu'elles étaient déplacées ou excessives. En ne le faisant pas, le peuple reste frustré car l'énorme sacrifice consenti par solidarité pour le développement du Nord et de Kidal en particulier ne lui est même pas reconnu. Ces mutins croient - ils vraiment que ces dizaines de milliards de nos francs qui ont changé la physionomie de Kidal dans tous les domaines sont gratuitement donnés par nos partenaires ?
Le gouvernement semble donc reconnaître qu'il n'a rien fait pour Kidal, et de ce fait permet aux mutins de détourner l'attention des populations laborieuses de cette région sur la triste réalité que leur misère ne vient pas seulement de la rigueur du climat et de la nature, mais aussi du fait que les grands propriétaires fonciers, du Nord, et les chefs féodaux fortement hiérarchisés, tribalistes et claniques, ne vivent pas de leur travail, et veulent vivre non de l'investissement productif en travaillant, mais des subsides de l'état, des organisations internationales ou des ONG. Si le gouvernement avait accepté la responsabilité de l'état dans la non - exécution de certaines revendications qui pouvaient l'être, et s'était engagé à le faire conformément au Pacte National comme à Tamanraset le 15 juillet 1994, la qualité du document signé serait différente de cet Accord d'Alger et sa signature aurait lieu en terre malienne.
7) Quand rien ne change, ce sont les hommes qui meurent
A part la première rébellion touareg du début de l'indépendance en 1960, qui fut rapidement jugulée en 63-64 par la jeune armée du Mali dotée alors d'un moral d'acier moulu dans le nationalisme anti-colonial, et animée par ailleurs d'un haut degré d'abnégation et de sacrifice pour la patrie, la rébellion touareg des années 1990 à nos jours, se caractérise par une succession d'attaques armées et de négociations lugubres, sans jamais aller à la racine de la cause de l'effet, donc au fond, sans changement véritable de la situation.
En effet dès juin 1990, l'attaque de Menaka annonce le début de la deuxième rébellion touareg qui aboutira à des négociations et à la signature précipitée des Accords de Tamanraset entre le gouvernement de Moussa Traoré d'une part, et d'autre part le Mouvement Populaire de libération de l'Azawad et le Front islamique arabe de l'Azawad.
Le Gouvernement de Moussa Traoré comptait en fait avoir une paix rapide pour s'occuper du Mouvement Démocratique de plus exigeant et déterminé à conquérir la démocratie multipartite. Mais ces Accords de Tamanraset, ne furent qu'un court répit avant la reprise des hostilités de plus grande ampleur contre l'armée malienne désormais attaquée sur tous les fronts du Nord du Mali, avec des massacres de civils innocents.
Puis vint la chute du régime de Moussa TRAORÉ et l'avènement d'une transition dirigée par le Comité de transition pour le Salut Public (CTSP) qui engagea aussitôt de nouvelles négociation avec les rebelles regroupés entre temps au sein des "Mouvements et Front Unifiés de l'Azawad". Ces négociations aboutirent à la signature du pacte National le 12 Avril 1992 entre le Gouvernement de la République du Mali et les Mouvements et Fronts Uni fixés de l'Azawad (NOEUA).
Il nous semble significatif de noter que face au Gouvernement de la Transition, quatre (4) mouvements représentaient la rébellion dite Touareg
-Le MPLA dirigé par lyad Ag Ghali et Ahmadi
-Le FIAA regroupant les Arabes et les Maures, animé par Zahady Ould Sidi Mohamed,
-Le FPLA, front de libération de l'Azawad, issu du MPLA et animé par Aghatan Ag Alhassane et Zéidane Ag Sidilamine.
- et l'Armée Révolutionnaire pour la libération de l'Azawad, issue aussi du MPLA et animé par Abderhamane Galla et ses compagnons.
Ce qui saute aux yeux ici, c'est d'abord la composition ethnique uniquement blanche des mouvements de l'Azawad qui s'organisent en revendiquant tous la "libération" des 6èmes, 7ème et 8ème région, tout en faisant fi de la communauté sédentaire noire du Nord. Cela donne, qu'on en a conscience ou pas, une teinture raciste aux revendications présentées délibérément sous forme d'exigences déraisonnables afin d'agiter et d'en traîner leurs communautés généralement non averties, et enfermées dans des rapports de tradition patriarcale arriérée et féodale, voire esclavagiste.
Ce qui frappe, c'est aussi la mise en évidence de la racine politique dont la rébellion n'est que l'effet, le fond politique inavoué de cette guerre cyclique qui ne finit pas de faire mourir à chaque fois des victimes innocentes.
Après la signature du Pacte National en Avril 1992, il faut encore citer deux réunions importantes : Celle de Tamanraset du 27 au 30 juin 1994 pour "examiner la situation sécuritaire grave au Mali en général et dans le Nord en particulier "; puis celle d'Alger du 10 au 15 mai 1994 sur l'application effective du Pacte National. La première a été sanctionnée par un communiqué conjoint de la rencontre de Tamanraset, et la deuxième réunion par des "Accords d'Alger" où les deux parties le Gouvernement et les représentants des Mouvements et Fronts Unifiés de l'Azawad ont "clairement réaffirmé leur engagement et leur disponibilité commune à oeuvrer en faveur de la mise en oeuvre de Pacte National ". Il faut lire ces Accords d'Alger du 15 Mai 1994, pour se rendre compte vraiment de l'effort consenti par le gouvernement malien pour l'intégration des combattants, et l'acceptation de toutes les demandes du NOEUA, même les plus saugrenues.
Malgré tous ses efforts et engagements réciproques, l'insécurité s'installa au Mali de façon endémique avec des assassinats crapuleux impunis, des affrontements meurtriers entre Arabes et Kountas, des prises d'otages européens en Algérie par le groupe Salafiste réfugié dans les montagnes du Nord du Mali avec la complicité de certains groupes de rebelles maliens.
Avec le Pacte National, les engagements pris à la rencontre de Tamanraset et les Accords d'Alger de 1994, l'on croyait à une paix durable, à la réconciliation entre les frères d'un Mali unitaire et multinational accepté par tous. On brûla des armes au cours d'une cérémonie dénommée «Flamme de la paix" où le MFUA prononça son auto-dissolution. Mais c'était là oublier que le mouvement de l'Azawad contenait le germe de la constitution de l'autonomie d'une aire blanche dont certains continuent de réclamer la libération.
L'Insécurité à la faveur des rivalités intercommunautaires reprit de ce fait de plus bel et le Mouvement Patriotique Gandakoye vit naturellement le jour dans la communauté sédentaire jusque là méprisée et mise à l'écart au profit des Tamasheqs, des arabes et des maures. L'attaque surprise de Kidal du 23 Mal, démontra clairement que "brûler des armes" ne signifie nullement la paix, ni la fin des hostilités.
En un mot : "Attaque ? Négociation, nouvelle attaque, nouvelle négociation, Attaque encore et renégociation", semble être la tactique de certains touaregs, jusqu'à obtention du but de la politique qui a conduit à la violence armée. Au BARA, nous appelons cela demander la paix tout en préparant la guerre.
Certains groupes Touaregs qui perpétuent ces attaques armées malgré le Pacte National et l'instauration de la démocratie, donne l'impression et ils le disent, que rien n'a changé depuis 1990 à maintenant.
Or quand rien ne change, ce sont des hommes, femmes, enfants et citoyens innocents qui meurent sous les balles traîtresses de quelques bandits insurgés et mutins qui ternissent l'image du peuple Tamasheq profondément attaché à vivre en paix et dans l'unité avec les autres communautés.
Nous sommes convaincus au BARA que cette insécurité permanente est loin d'être partagée ni par toute la communauté Tamasheq, ni par la communauté arabe et maure du Nord du Mali. Témoin les prises de disposition courageuses des personnalités telles que
-Alhando Ilyène gouverneur de Kidai, qui préfèrent parler d'insurgés et de mutins,
-Zeidane Ag Sidalamine, ex - coordinateur des MFVA, qui reste fidèle au Pacte National et à la Flamme de la paix, et désavoue les insurgés de Kidal.
-Abdoulhahi El Ansari un tamasheq du Mali en réaction à la création d'une prétendue "Conférence nationale pour la libération de l'Azawad" tenue à Rabat au Maroc, répond clairement et fermement que «les touareg ne sont pas opprimés au Mali».Ces personnalités méritent respect et considération, mais ils doivent s'impliquer encore plus dans l'éveil et le développement de la conscience citoyenne et démocratique de leurs communautés, et lutter plus fermement contre l'influence néfaste de ces insurges. Il est temps que dans la région de Kidal, la démocratie crée les conditions de l'émergence de nouveaux interlocuteurs crédibles en lieu et place des chefs coutumiers et tribaux qui semblent dépassés, par les événements. Nouveaux temps, nouveaux hommes. Rien, absolument rien ne doit se faire en dehors des institutions démocratiques élues à Kidal. Et, s'il s'avère que ces institutions sont complices dans leur ensemble avec les mutins, elles doivent être purement et simplement balayées de la scène politique.
Il faut se féliciter aussi de la position de son Excellence Bachir Salah Bachir, Directeur de Cabinet du Guide de la Révolution libyenne, de Abdel Kader Chérif le vice-consul libyen à Kidal, et les propos positifs tenus par le Guide Kadhaffi lui - même, comme des preuves de l'isolement des insurgés de Kidal.
Le BARA n'oublie pas non plus tous ces cadres compétents tamasheq et arabes qui travaillent honnêtement dans tous les rouages de l'état et au gouvernement ou qui ont été à son service, tels : Son Excellence Ag Hamani qui fut fin diplomate et Premier Ministre de son Etat, le Professeur Ag Agrhali qui fait honneur à son pays, le Ministre de l'Emploi actuel et tant d'autres qui ont servi la première et la deuxième République ou qui servent encore dignement leur pays de façon anonyme tels le brillant mathématicien Assadeck de l'université de Bamako, qui malgré son handicape, constitue une force de la nature au plan physique, intellectuel, moral, et qui aspire et se bat au quotidien, tant pour le développement et le bien-être de sa communauté, que pour construire une nation unie, prospère et sans exclusion sociale.
Comme dit le célèbre chanteur Djélimadi Cissoko, "Jama sera yirimadio ma ". C'est pourquoi et compte tenu de tout ce que l'on a dit au point six (6), le BARA soutient la paix à travers l'accord d'Alger du 04 juillet dont on pouvait honnêtement économiser la signature sous cette forme. Somme toute, pour préserver des vies humaines, un mauvais Accord vaut mieux que pas d'accord du tout.
Le BARA considère d'autre part, que le vin d'Alger étant déjà tiré, il nous faut le boire. Mais buvons le modérément de manière à ne pas se saouler et avoir la lucidité nécessaire pour poser des problèmes objectifs et pertinents afin d'améliorer et d'en corriger les excès, pour que vive un Mali uni, démocratique et prospère.
8/ A propos de la guerre et de la paix
Moins de bruit et plus de réflexion, pourrions nous dire sur cette base, tant aux adversaires irréductibles de l'Accord d'Alger déjà signé, qu'au gouvernement lancé dans une campagne de défense et d'explication tout azimut, mais qui manque de pédagogie. Nous intervenons sur cette question non en militaire, mais en tant que politique ; car dans une République démocratique c'est la politique qui commande au fusil, au cas contraire, c'est la dictature.
Le Gouvernement tout au début de sa campagne d'explication a mis l'accent sur les conséquences horribles de la guerre et ses effets collatéraux en tordant un peu fort le bâton dans l'autre sens. C'est un fait que la guerre en général et la guerre civile en particulier est une chose horrible et condamnable. Mais il nous semble important de préciser que :
a) Dans la question de la paix et de la guerre, la Démocratie doit éduquer le peuple et non pas effrayer les masses pour les besoins de la cause. La guerre sème la mort, mais elle n'est pas identique à la mort qui elle, est un phénomène naturel. La guerre est un fait historique dont on peut éviter ou mettre fin par des négociations, des accords, et le cas contraire par la guerre elle même. L'histoire enseigne que les grandes questions de la vie des peuples sont généralement tranchées par la force.
b)Point n'est besoin d'avoir fait une école de guerre pour savoir que la paix est le contraire de la guerre, deux faces d'une même médaille. La paix contient la guerre et si la paix est acquise sur des bases laxistes ou mal gérée, elle se transformera inévitablement en son contraire, c'est -à- dire en conflits armés. Souhaitons vivement que l'accord d'Alger du 4 juillet ne relève pas de cette catégorie de paix.
Le ministre de l'administration territoriale dit quelque part que "la guerre qu'on gagne est celle que l'on peut éviter". C'est certainement vérifié. Mais cela nous semble humblement un principe relatif, car dépendant de la bonne ou de la mauvaise disposition des protagonistes.
Par contre "la guerre est la continuation de la politique par d'autres moyens", nous semble un principe absolu dans toute guerre.
c) Pour aller à la paix, il existait des arguments. bien plus convaincants basés sur l'analyse de la situation nationale et l'environnement international.
9) Conclusion provisoire
a) L'autonomie régionale ou encore la libre administration locale, impliquant les populations dans la prise en main et dans la gestion quotidienne de leur propre vie, est un accompagnement nécessaire de la démocratie si elle reste dans le domaine de la loi, et si elle est basée sur le libre choix des gouvernants par les gouvernés, donc si elle s'oppose à l'enfermement communautaire non démocratique.
b) Si le gouvernement malien et ses partenaires pouvaient faire en sorte que le statut particulier de Kidal soit une copie locale stricte du Pacte national unanimement accepté ce serait une excellente chose, au risque, jurisprudence oblige, d'ouvrir la voie à un Mali Fédéral composé de républiques ou de regroupement de républiques régionales.
c) Si le statut particulier de Kidal est maintenu tel quel, et n'est pas étendu aux régions de Tombouctou et de Gao, le Pacte National pour lequel tant d'hommes, de femmes et d'enfants ont perdu leur vie, risque d'être d'application difficile, voire caduque.
d)Le BARA recommande que le gouvernement avec les instances appropriées, incluant les régions de Tombouctou et Gao, se mettent autour d'une table au chevet de la question du Nord et du Pacte National maintenant estropié.
e) En tout état de cause, la démocratie et le gouvernement ne doivent pas favoriser ou tolérer, au nom du respect des différences, la formation de pouvoirs communautaires qui imposent à l'intérieur prétendument à eux, une autorité antidémocratique ou esclavagiste.
f) Une des grandes faiblesses de l'accord d'Alger, c'est qu'il n'y a aucune place ni pour le repentir, ni pour le pardon des insurgés pour avoir trahi son armée, tué des hommes, pillé et détruit des bien privés et publics, au regard de l'énorme concession faite par l'Etat malien.
g) Une fois l'Accord d'Alger signé, le retour des armes et des munitions ainsi que tous autres matériels enlevés le 23 Mai, devrait être un préalable à la mise en oeuvre du dit Accord , car nous sommes en guerre non contre une rébellion sociale, mais contre de simples mutins.
h)Le colonel FAGAGA répond à Jeune Afrique qui dit: Indépendance? "Non, une autonomie qui nous permettra de gérer nos propres affaires dans le cadre de l'entité malienne". Voilà qui est bien dit ! Et c'est là un argument de plus pour accepter la paix à travers l'Accord d'Alger et tester si la "large autonomie réclamée pour Kidal" est vraiment le but de la politique qui a fait tant de victimes innocentes, ou alors une étape vers d'autres objectifs non encore avoués. Cela pour autant que l'on puisse encore faire confiance aux allégations des mutins.
Pour le BEN du BARA Le Président, Professeur Yoro DIAKITE