BAMAKO-SENOU : Un aéroport, ça ?

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Comme tout pays indépendant, le Mali se targue vaillamment de posséder un aéroport international sis à Bamako-Sénou. Mais, en réalité, compte tenu du monde d’après 11 septembre 2001 et des exigences modernes de sécurité, s’agit-il d’un vrai aéroport ou d’une sinistre farce évoquant plus la gare de Sogoniko qu’un site répondant aux normes internationales ? La seconde hypothèse semble la plus vraisemblable.

La première chose qui frappe le voyageur habitué aux aéroports internationaux, quand il débarque à Sénou, est l’indescriptible pagaille qui règne à cet endroit. En y posant les pieds le 23 août 2006 à 3 h 30 du matin par le vol Royal Air Maroc, la première chose qui m’a frappé est la continuité dans le désordre.

J’ai abordé au bas de la passerelle un monsieur sans aucun badge, le nez collé aux réacteurs, qui faisait semblant de régler la descente des passagers. Quand je le lui ai demandé ce qu’il faisait là, il s’est contenté d’éclater de rire avant de continuer son petit manège.

Avant l’accès aux contrôles de police, c’est encore la ronde infernale des badauds, coxeurs et rabatteurs qui harcèlent les passagers et les poussent dans leurs derniers retranchements. Quant aux bagages, chaque passager est obligé de surveiller constamment les siens au risque de se les faire voler ou embarquer de force par un charretier auquel personne n’a rien demandé. Comment se fait-il que des individus sans aucune habilitation ou autorisation se retrouvent à des endroits aussi sensibles ?

Cependant, le pire danger qui guette les usagers de Bamako est le laxisme qui règne à l’embarquement. Le 24 septembre 2006, sur le vol Royal Air Maroc à destination de Casablanca, j’ai compté sur le tarmac au moins 12 passagers qui traînaient avec eux des bagages à cabine de plus de… 20 kilos alors que le poids maximum théoriquement admis est de 5 kilos. Il y avait au moins quatre passagers qui, avec trois (!) bagages à main ont passé tous les contrôles de sécurité.

A l’intérieur du Boeing 737 qui assurait la liaison, il n’y avait aucun espace libre dans les cabines, toutes les places étaient surchargées de bagages que même le personnel de bord avait de la peine à classer. J’ai observé quelques petits « malins » qui dissimulaient leur sac sous les sièges, en violation de toutes les consignes de sécurité.

La question se pose : comment ces gens arrivent-ils à passer l’enregistrement, le pesage, la police, les agents de sécurité avec une telle quincaillerie entre les mains ? Le problème est grave parce que les avions en partance de Bamako, si ce phénomène n’est pas enrayé, risquent tout simplement la surcharge, et conséquemment un terrible drame. On se rappelle d’ailleurs que le vol Conakry-Freetown qui s’est soldé par un crash est le résultat pur et simple d’une surcharge de l’avion au départ de la Guinée.

Il est difficile, dans un contexte où tous les aéroports du monde rivalisent d’ardeur dans la sécurité, que Bamako-Sénou reste une passoire. Non seulement il y a le problème des bagages en surcharge mais également le contrôle du point de vue sécurité simple est défaillant. Pour exemple, j’ai réussi à embarquer à Bamako avec trois briquets à gaz, une boîte de pâte dentifrice et une bouteille de parfum dans les poches de ma veste.

A aucun niveau de contrôle, la présence de ces objets pourtant prohibés, n’a été détectée. C’est seulement à l’aéroport Mohammed V de Casablanca, à l’embarquement pour Montréal, que la sécurité marocaine a confisqué ces objets avant de les jeter au rebut.

Y a-t-il à Bamako-Sénou quelqu’un qui prend au sérieux la sécurité aéroportuaire ? Quand est-ce que l’on se décidera à fonctionner comme un aéroport moderne ? Est-il plus important d’empocher quelques milliers de francs CFA et de fermer les yeux sur des excédents de bagages plutôt que d’appliquer une réglementation stricte qui mettrait la vie du passager au premier plan ? Il ne s’agit certainement pas de sombrer dans la paranoïa mais de rappeler aux uns et aux autres qui si l’avion est et reste le moyen de transport le plus sûr au monde, c’est parce qu’il existe des normes internationales qui doivent être appliquées sans complaisance.

Malheureusement, à Bamako-Sénou, la cupidité et le laxisme semblent sans limites. Jusqu’à quand ?

Ousmane Sow

(journaliste, Montréal)

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