One Stop Center de la police nationale contre les VBG : Le « guichet unique », une réponse complète et discrète

Dans l’enceinte du Groupement Mobile de Sécurité (GMS), à N’Tomikorobougou dans le district de Bamako, un service public essentiel fonctionne presque à bas bruit

20 Déc 2025 - 11:26
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One Stop Center de la police nationale contre les VBG : Le « guichet unique », une réponse complète et discrète

Créé en 2018, le Centre Djiguiya, One Stop Center de la Police nationale, accueille et accompagne les personnes survivantes de violences basées sur le genre (VBG) majoritairement les femmes et filles avec une approche intégrée : soigner, protéger, écouter, orienter, et aider à reconstruire. Pourtant, malgré son utilité, le dispositif demeure insuffisamment connu du grand public.

Le 8 décembre 2025, dans le cadre des « 16 jours d’activisme » contre les violences faites aux femmes et aux filles, le Centre Djiguiya a organisé une journée porte ouverte suivie d’une visite guidée. Objectif : montrer concrètement ce que recouvre la “prise en charge holistique” dont parlent les textes, mais que tant de victimes ignorent au moment décisif où elles cherchent un soulagement vital.

Selon la Responsable du Centre, le Lieutenant-colonel Assitan Traoré, Contrôleur principal de Police, le Centre Djiguiya a déjà reçu et accompagné plus de 300 cas de VBG, sous des formes variées, depuis son ouverture en 2018. Sa ligne d’action repose sur un « guichet unique » : limiter les renvois de service en service, éviter la revictimisation, et proposer une réponse cohérente.

Au Centre Djiguiya, la prise en charge ne s’arrête pas aux constats. L’équipe articule plusieurs volets : assistance médicale, soutien psychologique, protection sécuritaire, aide juridique, médiation familiale et appui à la réinsertion socio-économique. La Responsable décrit cet engagement comme un travail de conviction, porté par la défense des droits humains et la protection des personnes vulnérables.

Sur le terrain, cet appui a produit des résultats mesurables : plus de 100 survivantes ont été réinsérées ou insérées dans des activités génératrices de revenus (saponification, transformation agroalimentaire, restauration, etc.).

Le paradoxe est là : ce service existe, mais beaucoup de personnes exposées aux violences l’ignorent. Une survivante raconte avoir longtemps subi des violences physiques répétées, sans écoute ni soutien, jusqu’à se retrouver dans une détresse extrême. C’est une voisine, non une institution, qui l’aurait orientée vers le Centre Djiguiya. Elle y décrit un accueil, une écoute, et surtout une médiation familiale ayant contribué à un changement positif du comportement du conjoint au point d’affirmer que le centre lui a « sauvé la vie ».

Une autre survivante, agressée par un prétendant ayant tenté de l’abuser, explique avoir été conduite à l’école de police pour des soins avant d’être orientée vers le centre. Son cas portait une sensibilité particulière : l’agresseur était policier, ce qui renforçait le besoin d’un cadre sécurisé et d’un relais institutionnel structuré. Elle évoque un soutien durable et des formations (leadership, droits humains, etc.) qui ont renforcé ses capacités à traverser l’épreuve.

 Le principal défi : être connu, et pouvoir agir avec des moyens stables

Malgré son rôle, le Centre Djiguiya fait face à des contraintes classiques des structures d’accueil : insuffisances en équipements médicaux, manque de fonds pour l’aide juridique et judiciaire, et besoins de soutien alimentaire pour les survivantes hébergées. À cela s’ajoute un enjeu central : la visibilité des actions, condition directe de l’accès des victimes à l’aide.

Les témoignages convergent vers une même proposition : renforcer les One Stop Centers et organiser des séances d’information de proximité, dans les quartiers, afin que les femmes en situation de violences (et les victimes potentielles) sachent où aller, à temps.

À la date de l’article, le Mali compte 20 One Stop Centers opérationnels, à Bamako et dans les régions. Pour les survivantes comme pour les équipes, la communication communautaire n’est pas un “plus” : c’est un levier de prévention, de référencement rapide, et de pérennisation des services. L’enjeu est clair : rendre ces refuges visibles avant que les violences ne basculent en drame.

 

Aminata Agaly Yattara

Ce reportage est publié avec le soutien de Journalistes pour les Droits Humains (JDH) au Mali et NED