One Stop Center de la Police nationale à Bamako : Centre Djiguiya : un refuge encore trop méconnu des victimes de VBG

Créé en 2018, le Centre Djiguiya, One Stop Center de la Police nationale, est une structure spécialisée dans la prise en charge holistique des personnes survivantes de violences basées sur le genre (VBG).

12 Déc 2025 - 13:48
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One Stop Center de la Police nationale à Bamako   : Centre Djiguiya : un refuge encore trop méconnu des victimes de VBG

Depuis son ouverture, plus de 300 cas de VBG, toutes formes confondues, y ont été enregistrés et accompagnés, selon sa première responsable, le Contrôleur principal de police, Lieutenant-colonel Assitan Traoré.

Pour de nombreuses survivantes, le Centre Djiguiya représente bien plus qu’un service d’assistance : il est un refuge, un espace d’écoute, de reconstruction et d’espoir. Pourtant, malgré son rôle crucial, cette structure demeure largement méconnue du grand public.

Dans le cadre de la campagne des « 16 Jours d’activisme » contre les violences faites aux femmes et aux filles, le Centre Djiguiya a organisé, le 8 décembre 2025, une journée porte ouverte suivie d’une visite guidée. L’initiative s’est tenue au Centre social de la Police nationale, situé au Groupement Mobile de Sécurité (GMS) à Bamako, avec pour objectif de faire connaître les mécanismes d’appui offerts aux survivantes, notamment la prise en charge intégrée.

Une prise en charge gratuite, intégrée et humaine

Comme l’explique le Lieutenant-colonel Assitan Traoré, le Centre Djiguiya – également appelé One Stop Center ou « guichet unique » – est dédié à l’accompagnement global des victimes de violences basées sur le genre. De 2018 à ce jour, plus de 300 survivantes ont bénéficié de ses services, couvrant divers types de violences.

Engagée de longue date dans la défense des droits humains, la lutte contre les VBG, la prévention de la consommation abusive de drogues et la protection des populations vulnérables, la Responsable du centre, spécialiste des questions de genre, impulse une approche fondée sur la dignité et la résilience. Sous son leadership, le Centre Djiguiya offre un accompagnement complet comprenant : assistance médicale, soutien psychologique, protection sécuritaire, aide juridique, médiation familiale et programmes de réinsertion socio-économique.

« Pour moi, ce travail est une mission de vie : redonner dignité, sécurité et espoir à celles et ceux qui ont subi l’injustice », confie Lieutenant-Colonel  Assitan Traoré. Elle précise que plus de 100 femmes survivantes ont déjà été insérées ou réinsérées dans des activités génératrices de revenus, notamment la saponification, la transformation agroalimentaire et la restauration.

Un appui encore trop peu connu des victimes

Malgré ces résultats, les One Stop Centers restent insuffisamment connus. « Il faut davantage appuyer les One Stop Centers et organiser des séances d’information et de sensibilisation dans les quartiers pour les faire connaître. Cela permettra aux femmes en situation de violence, ou à risque, de savoir où trouver de l’aide et de réduire significativement les cas de VBG », témoigne B.D., survivante de violences conjugales.

Victime de sévices physiques répétés de la part de son conjoint, sans soutien, ni écoute, B.D. raconte avoir sombré dans une profonde détresse, nourrissant même des idées suicidaires. Orientée vers le Centre Djiguiya par une voisine, elle dit y avoir trouvé une écoute attentive et une prise en charge salvatrice. La médiation familiale engagée par le Centre a notamment conduit à un changement positif du comportement de son conjoint. « Le centre m’a sauvé la vie », affirme-t-elle.

Dans le même élan, F.T., une autre survivante, souligne l’importance des One Stop Centers pour l’autonomisation des femmes. Victime d’une agression physique par un prétendant ayant tenté de l’abuser, elle a été prise en charge à l’école de police avant d’être orientée vers le Centre Djiguiya, son agresseur étant un policier.

« J’ignorais totalement l’existence d’un One Stop Center au sein de la police. Grâce au centre Djiguiya, nous avons bénéficié de formations en leadership transformationnel, en droits humains, ainsi que d’activités d’autonomisation comme la couture, la transformation agroalimentaire ou la saponification », témoigne-t-elle. Elle ajoute que l’accompagnement et le suivi reçus ont renforcé leurs capacités à surmonter les épreuves.

Des défis persistants

Malgré son rôle déterminant dans la lutte contre les violences basées sur le genre, le Centre Djiguiya fait face à plusieurs défis, à l’instar d’autres structures d’accueil. Parmi les principales difficultés figurent l’insuffisance d’équipements médicaux, le manque de ressources financières pour l’assistance juridique et judiciaire, ainsi que l’absence de fonds alimentaires pour les survivantes hébergées. La faible visibilité des actions du centre constitue également un enjeu majeur, comme l’a souligné sa responsable.

À ce jour, le Mali compte 20 One Stop Centers opérationnels, répartis entre Bamako et les régions grâce au partenariat entre l’Etat du Mali et l’UNFPA avec le soutien de plusieurs partenaires techniques et financiers dont l’Union Européenne, le PNUD, ONU Femmes.  Comme le souhaitent les survivantes, le renforcement de la communication communautaire apparaît essentiel pour améliorer la connaissance de ces centres, assurer la pérennité de leurs actions, renforcer l’autonomisation des femmes et, surtout, prévenir de manière efficace les violences basées sur le genre au Mali.

 

Khadydiatou SANOGO/maliweb.net

Ce reportage est publié avec le soutien de Journalistes pour les Droits Humains ( JDH) au Mali et NED