Conférence internationale sur la grippe aviaire : La Lutte Globale s'intensifie

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Après les conférences internationales sur la Grippe aviaire hautement pathogène (GAHP) tenues à Genève, Beijing et Vienne, Bamako accueille aujourd’hui la quatrième rencontre bi-annuelle à l’invitation de l’Union africaine, en coordination avec l’Union européenne et avec l’appui de différents partenaires au développement, dont la Banque mondiale et la Banque africaine de développement (BAD), l’USAID, la GTZ, la Coopération française. L’ouverture officielle de cette rencontre qui aura lieu demain au Centre international de conférence sera présidée par le chef de l’État, Amadou Toumani Touré.

Plusieurs personnalités sont attendues à cette rencontre, notamment le président de l’Union africaine, président du Congo, Denis Sassou N’Guesso, le secrétaire général des Nations-Unies, Kofi Annan, le président de la Commission de l’Union africaine, notre compatriote Alpha Oumar Konaré, le représentant de la présidence de l’Union européenne, le ministre finlandais des Affaires sociales et de la Santé, Liisa Hyssälä.

UN POINT D’ETAPE DE LA MOBILISATION INTERNATIONALE : Cette rencontre dont l’importance n’échappe à personne, réunira les ministres de la Santé et de l’Agriculture de nombreux pays qui feront le point du développement de la maladie dans le monde et échangeront des informations sur les stratégies, les vaccins et les diverses formes de dédommagements offerts aux citoyens pour compenser la perte de leur volaille. Les participants travailleront également à la conception de stratégies nationales intégrées et coordonnées aux niveaux régional et mondial.

La conférence de Bamako fera concrètement un point d’étape de la mobilisation internationale dans le cadre du partenariat pour la lutte contre l’épizootie de la grippe aviaire et la prévention contre une pandémie mondiale. Elle fournira les éléments techniques nécessaires et tirera les enseignements des premières expériences pour affiner la stratégie globale de lutte. Elle développera en outre un plaidoyer spécifique à l’attention des gouvernements africains et de la communauté des bailleurs de fonds pour un soutien financier renforcé aux programmes de contrôle de la maladie sur le continent.

La conférence internationale sur la grippe aviaire qui se tient à Bamako sera également l’occasion pour les décideurs politiques, les experts techniques et les représentants des organisations de la société civile de partager leurs expériences, leurs visions et leurs propositions en matière de lutte contre le virus de la grippe aviaire à sa source animale, mais également au sein des communautés rurales où sont enregistrés des cas de contamination humaine. La rencontre permettra de confirmer les engagements de la communauté internationale pour lutter contre la GAHP en allouant les ressources nécessaires aux pays en développement, notamment en Afrique. Les modalités de compensation des éleveurs, de vaccination des animaux et la gestion des problèmes liés aux conséquences économiques de l’épizootie devront être définies dans la perspective d’une relance des filières avicoles.

L’ÉTAT DES LIEUX : Les choses sérieuses commencent dès ce matin avec l’ouverture officielle de la session technique présidée par le ministre de l’Élevage et de la Pêche, Oumar Ibrahim Touré. Durant cette réunion, les experts feront un état des lieux, un an après la rencontre de Beijing. Ils examineront les foyers provoqués par le virus H5N1 dans le monde, les risques de transmission, ainsi que les progrès enregistrés depuis les conférences de Pékin et de Vienne. Une session sera ouverte sur l’épizootie de grippe aviaire. Elle présentera une mise à jour de la situation de la maladie d’un point de vue épidémiologique (transmission), vétérinaire et économique dans les différentes régions du monde. Cette session fera aussi un rapport sur le niveau de préparation et de mise en œuvre des plans nationaux, ainsi que sur les résultats obtenus par les agences spécialisées des Nations-Unies en matière d’appui aux pays.

Une autre session étudiera la préparation à une pandémie de grippe humaine tandis qu’une troisième se penchera sur la stratégie en matière de vaccination, de compensation et de communication.

La journée de vendredi sera capitale dans la lutte contre l’épizootie à travers le monde. Une conférence des donateurs sera ouverte ce jour avec pour thème "Bilan des contributions internationales un an après Pékin ; réponse aux nouveaux besoins de l’Afrique et du monde". Au cours de cette session, les participants confirmeront les engagements des bailleurs de fonds faits à Pékin et feront le point sur leur mise en œuvre. Ils débattront également des nouvelles offres de contribution à la lutte contre la grippe aviaire et à la prévention d’une possible pandémie en Afrique et dans les autres régions du monde. 

Madiba KÉITA


Photo - L'ESSOR


La propagation de l’infection chez les oiseaux augmente la probabilité de voir apparaître un nouveau virus grippal dans la population humaine

Grippe aviaire : LA GRANDE PEUR D’UNE TRANSMISSION ENTRE HUMAINS

La grippe aviaire est une infection provoquée par des virus grippaux de type A, et en particulier les sous-types H5, H7 et H9. Cette infection peut toucher presque toutes les espèces d’oiseaux, sauvages ou domestiques. Elle est généralement asymptomatique chez les oiseaux sauvages, mais peut devenir fortement contagieuse et entraîner une mortalité extrêmement élevée dans les élevages industriels de poulets et de dindes, d’où le nom de peste aviaire. Le virus influenza aviaire peut parfois infecter d’autres espèces animales comme le porc et d’autres mammifères.
Le virus de la grippe aviaire H5N1 a été repéré pour la première fois en 1997, lors d’une épidémie à Hongkong. Il avait alors causé la mort de six personnes. Il est réapparu fin 2003, provoquant d’abord des épizooties chez les volailles dans plusieurs pays d’Asie, suivies des premiers cas humains.

RISQUES DE CONTAMINATION : A l’heure actuelle, dans tous les cas avérés les personnes étaient en contact direct avec des volailles infectées et aucun cas de transmission entre humains du virus H5N1 n’a encore été mis en évidence. Alors pourquoi redouter une épidémie ? Parce que tous les facteurs sont aujourd’hui réunis pour que le risque perdure. En effet, la propagation de l’infection chez les oiseaux augmente la probabilité de l’apparition d’un nouveau virus grippal dans la population humaine.

Comme tous les virus grippaux de type A, le sous-type H5N1 a une grande capacité à muter au cours du temps, mais aussi à échanger ses gènes avec des virus grippaux appartenant à d’autres sous-types infectants d’autres espèces. Comment un changement soudain de sous-type peut-il survenir ?
Deux cas sont envisageables. La première possibilité serait que la circulation de la population humaine d’un sous-type s’arrête pendant plusieurs années, mais que le virus reste présent dans une population animale. La seconde possibilité est qu’un sous-type soit nouvellement créé par réassortiment génétique. Il se produit lors d’une co-infection d’un hôte par deux virus différents, qui dans le cas qui nous intéresse seraient un virus aviaire et un virus infectant les mammifères (et donc l’homme).

Face au risque d’une possible pandémie grippale, l’Organisation mondiale de la santé (OMS) demande que chaque pays se prépare au mieux à cette redoutable éventualité. L’OMS souligne l’importance de surveiller l’apparition de flambées dans les populations de volailles et d’oiseaux migrateurs et les maladies respiratoires chez les sujets exposés à des volailles infectées, de prendre rapidement les mesures de lutte de la FAO et de l’OIE et d’identifier les virus dans les laboratoires de référence.

Lorsqu’un foyer animal est identifié, les mesures consistent, entre autres, à une mise en quarantaine suivie de l’abattage des animaux infectés et des animaux potentiellement exposés. En juillet 2005, une conférence internationale, sous l’égide de l’OMS, de l’OIE et de la FAO, a statué sur les mesures nécessaires pour prévenir la transmission du virus. Elle a notamment insisté sur la nécessité d’élever les différentes espèces animales séparément, en évitant tout contact entre les volailles et les porcs, et d’encourager les éleveurs à signaler les cas suspects de grippe aux autorités.

BONNES PRATIQUES D’HYGIÈNE : Chaque année, l’industrie pharmaceutique produit des vaccins dirigés contre les souches de virus grippaux humains les plus récents. La composition de ces vaccins est décidée par l’OMS au mois de février, afin que les vaccins soient disponibles en octobre, avant le début de la nouvelle saison grippale. Le développement d’un vaccin “anti-pandémique” à l’initiative de l’OMS a soulevé de nombreux problèmes dont le plus important est que le virus pandémique n’existe pas encore. Le deuxième est un problème de sécurité, car on ne manipule pas un virus aussi dangereux que le virus H5N1 à l’échelle industrielle. La biologie moléculaire a permis de contourner ce deuxième obstacle.

Le vaccin candidat en cours de développement est issu d’une souche isolée au Vietnam en 2004. La surveillance épidémiologique orchestrée par l’OMS permet de vérifier que l’évolution des souches les plus récentes de virus H5N1 ne remet pas en cause l’efficacité du vaccin comme cela a été le cas en 2004. Le développement du vaccin fabriqué à partir d’une souche de 2003 avait alors été arrêté tandis qu’un programme vaccinal était lancé à partir d’une souche isolée en 2004. En tout état de cause il faut entre 6 et 8 mois pour développer un vaccin, d’où l’importance des traitements antiviraux pour combattre la pandémie dans un premier temps.

Comment fonctionnera le vaccin ? La vaccination consiste à introduire dans l’organisme un agent (virus, bactérie ou molécule) qui va sensibiliser le système immunitaire, sans être pathogène. Le sujet vacciné spécialise certaines de ces cellules et fabrique des anticorps contre ces molécules étrangères. Lors d’une infection ultérieure par le même agent, l’organisme sera capable de combattre l’infection. S’il n’existe pas aujourd’hui de vaccin, il existe en revanche deux antiviraux efficaces contre les virus grippaux “classiques” ou aviaires. Ces molécules inhibent l’activité d’une enzyme du virus, la neuraminidase. Elles peuvent être utilisées en traitement curatif, et l’une d’elle en traitement préventif. Il est utile de rappeler que les antibiotiques sont inactifs contre les virus et ne seraient utilisés qu’en cas de surinfection bactérienne.
Le virus de la grippe aviaire se propage en général au contact avec des oiseaux infectés. L’une des principales mesures de sécurité pour endiguer la maladie consiste donc à observer de bonnes pratiques d’hygiène.

Dès lors que la présence du virus de la grippe aviaire a été signalée dans un pays, toutes les personnes travaillant dans le secteur avicole doivent prendre des mesures d’hygiène supplémentaires afin d’éviter de véhiculer le virus et l’empêcher de se propager s’il s’est déjà installé dans un élevage, dans un village ou dans une région. Ces mesures consistent en un abattage systématique des volailles infectées ou ayant été en contact avec celles-ci.
Les professionnels des métiers de la santé qui pourraient être amenés à prendre en charge des victimes de la grippe aviaire, sont soumis à de strictes mesures d’hygiène.

Synthèse de M. K.
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Mali : VIGILANCE RENFORCÉE

Si la grippe aviaire est une épizootie qui a frappé essentiellement les pays européens et asiatiques, l’Afrique, continent de migration des oiseaux sauvages qui transmettent le virus au poulet, n’est pas à l’abri.

Si aucun cas n’a été enregistré chez nous, le gouvernement a pris la menace au sérieux. L’an dernier au moment où l’épizootie touchait le Nigéria, le Burkina Faso et le Niger, une réunion interministérielle a regroupé autour du ministre de l’Élevage et de la Pêche, ses homologues de l’Environnement et de l’Assainissement, de la Santé, de l’Agriculture et de l’Administration territoriale et des Collectivités locales.
Lors de cette rencontre le directeur général adjoint des services vétérinaires, Soumana Diallo, a fait le point sur la maladie (historique, zones exposées, manifestation clinique).

De quelles armes dispose notre pays pour se prémunir contre la maladie ? Le ministre de l’Élevage et de la Pêche, Oumar Ibrahim Touré a préconisé d’appliquer des principes de précautions et d’organiser l’alerte. Notre pays a ainsi installé une cellule de veille, un comité technique qui comprend un secrétariat permanent pour gérer la situation.

Les services vétérinaires préconisent une vaccination d’urgence qui permet d’éviter la maladie clinique, l’abattage sanitaire ou stamping out qui reste un moyen efficace de contrôle voire d’éradication de la maladie, le renforcement de la surveillance épidémiologique animale.

Par ailleurs "l’épidemiovigilance" doit être de rigueur. Pour cela, des mesures ont été envisagées. Il s’agit du recours aux dispositions législatives et réglementaires dans notre pays, notamment la loi N° 01-022 de mai 2001 régissant la répression des infractions à la police sanitaire, un arrêté interministériel de mars 2004 portant interdiction de l’importation de viande de poulet. En plus du recours à cet arsenal juridique, la réunion a proposé, un protocole de surveillance au niveau du Delta intérieur du Niger, la surveillance des supermarchés, et le contrôle des passagers en provenance d’Asie.
Le ministre de l’Agriculture, Seydou Traoré, a insisté sur la nécessité de veiller que les viandes refusées ailleurs se retrouvent chez nous. D’autres membres du gouvernement ont fait des propositions concrètes pour renforcer la vigilance.

Le comité technique a été chargé de fournir au gouvernement un rapport hebdomadaire sur l’évolution de la situation. Un requête devait être adressée à la FAO pour un programme régional de coopération technique, en rapport avec d’autres pays d’Afrique de l’ouest et du centre.

Sous l’égide de cet organisme notre pays a abrité en mars dernier un atelier sous-régional de formation sur les techniques et méthodes de laboratoire sur l’influenza aviaire hautement pathogène, autrement dit la grippe aviaire. La rencontre a regroupé des participants venus du Niger, du Togo, du Sénégal, du Tchad, du Mali, de Guinée, de République centrafricaine, de Mauritanie, de Côte-d’Ivoire, du Bénin, du Cameroun et de Guinée Bissau.

Quelques jours auparavant experts et responsables de services en charge du domaine agricole, représentants de la société civile et des institutions internationales, notamment la CEDEAO, l’UE, l’UA, s’étaient rencontrés en atelier à Bamako pour plancher sur la question. La session s’est employée à coordonner les efforts afin de monter un mécanisme commun de lutte et de prévention contre l’épizootie de la grippe aviaire.

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