Nafiou Abdourrahmane, étudiant en santé : L’atypique prouesse d’avoir un premier accouchement sur le pont des « Martyrs »
Dans notre précédente parution, notre reporter a évoqué le cas de cette jeune mère de famille (Nabintou Koné) qui a accouché sur un pont, suscitant un extraordinaire élan de solidarité.
Dans cet article, il fait un zoom sur l’un des acteurs majeurs de cet accouchement insolite : Nafiou Abdourrahmane ! Vingt-deux ans, étudiant en 2ᵉ année à l’Institut de formation sanitaire Bernard Kouchner, il roulait tranquillement sur sa moto vers le poste où il avait simplement accepté de remplacer un collègue désireux d’éviter les embouteillages. Une journée banale en apparence. Mais…
Ce 25 octobre 2025, le pont des « Martyrs » (premier pont de Bamako) s’est transformé en salle d’accouchement improvisée. Entre frayeur, urgence et solidarité, un jeune stagiaire de santé a pris les choses en main, offrant un dénouement que personne n’aurait imaginé quelques minutes plus tôt. Ce jour-là, comme souvent en fin de matinée, la circulation du pont des « Martyrs » était au ralenti. Au milieu des klaxons et des moteurs, rien ne laissait présager qu’une scène d’urgence allait se jouer là, sur le bitume, entre les voitures.
À quelques mètres de là, Nafiou Abdourrahmane (22 ans, étudiant en 2ᵉ année à l’Institut de formation sanitaire Bernard Kouchner) roulait tranquillement sur sa moto. Ce jour-là, il avait simplement accepté de remplacer un collègue désireux d’éviter les embouteillages. Une journée banale en apparence. Puis, un cri, court et lointain. Puis un deuxième cri, plus pressant et plus désespéré, contraignant l’étudiant à brusquement freiner. Derrière lui, une femme faisait de grands gestes. À ses côtés, une autre enceinte, haletante, debout, les jambes tremblantes.
Le bébé est déjà visible et le sang suintait. « J’ai compris que je n’avais pas une minute de plus à perdre », raconte Nafiou, la voix posée, mais encore marquée par l’intensité émotionnelle du moment. Il saute de sa moto, ouvre sa petite trousse qu’il transporte toujours en stage : gants, pansements… Quelques instruments de base. Rien de plus. Pas d’outils d’obstétrique complets, pas de matériel d’urgence. Seulement ce qu’un étudiant en stage transporte par habitude. Autour d’eux, la scène se fige. Les passants hésitent sur l’attitude à observer. Beaucoup regardent, sans oser intervenir.
Une seule femme, Mme Traoré Ramata Sissoko, prend les devants. Elle crie, interpelle, demande des couvertures, des pagnes… Elle protège la future mère des regards indiscrets, empêche quiconque de filmer. Sur le pont, une sorte de cercle humain se forme, fragile mais déterminé. Nafiou pose un genou au sol. Il parle doucement à la parturiente, dont la peur est palpable. Le visage crispé, elle transpire abondamment et reste persuadée qu’elle va mourir. « Je l’ai rassurée. Je lui ai dit qu’on allait y arriver », raconte-t-il.
Une première expérience insolite bien maîtrisée et inoubliable
Avec un calme surprenant pour un jeune en formation, il immobilise la femme au sol. Quelques secondes plus tard, l’enfant naît, entre ses mains gantées. Reste encore la partie la plus délicate : la délivrance du placenta, que le stagiaire parvient à réaliser malgré le risque d’hémorragie. Ses outils ne sont pas adaptés à une situation aussi critique. Alors il improvise, dans le cadre strict de ses compétences : il installe un sérum isotonique pour éviter une hypovolémie, surveille les constantes, recueille les informations vitales de la patiente, stabilise la situation.
Quand l’équipe d’urgence arrive enfin, Nafiou leur transmet un compte rendu clair et détaillé : gestes réalisés, pertes de sang, état de la mère, naissance de l’enfant. Le plus surprenant dans tout cela ? C’était sa première expérience d’accouchement. Quelques minutes plus tard, le trafic reprend, comme si rien ne s’était passé. Mais ceux qui ont assisté à la scène garderont à jamais l’image d’un jeune stagiaire, les mains encore tremblantes d'adrénaline, qui venait de sauver deux vies sur un pont. Une intervention imposée par le hasard et rendue possible par le courage et le bon réflexe simple, mais aussi par le sens du devoir. S’arrêter quand quelqu’un appelle à l’aide est un réflexe que nous sommes en train de perdre, en partie à cause de l’insécurité.
Aujourd’hui, Nafiou Abdourrahmane a presque tourné la page de cette première expérience atypique. La maman et son enfant vont tous très bien, sans le moindre souci de santé. Leur évolution est rassurante et confirme que l’intervention rapide sur le pont a permis d’éviter toute complication. Quant à Nafiou Abdourrahmane, il a fait son devoir ! À la mère patrie de lui manifester aujourd’hui sa reconnaissance. Toute sa pleine reconnaissance !
Sory Diakité