Prescriptions abusives et fraudes : La Canam serre la vis

Réunie le vendredi 5 juin 2026 au CHU Gabriel Touré, la Canam a lancé un nouvel appel à la rationalisation des prescriptions médicales et ...

10 Juin 2026 - 10:42
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Prescriptions abusives et fraudes :  La Canam serre la vis

Réunie le vendredi 5 juin 2026 au CHU Gabriel Touré, la Canam a lancé un nouvel appel à la rationalisation des prescriptions médicales et au respect des règles de prise en charge de l’Assurance maladie obligatoire (Amo). Face à l’augmentation des dépenses pharmaceutiques et à la persistance de pratiques frauduleuses, l’institution annonce un renforcement des contrôles et des sanctions.

 

La salle de staff du service de gynécologie du CHU Gabriel Touré a servi de cadre, le vendredi 5 juin 2026, à une importante séance d’information et de sensibilisation organisée par la Canam. La rencontre, animée par le Dr. Nayé Camara du Service des prestations sanitaires, s’est déroulée en présence du Dr. Mamady Diawara, Directeur de l’Organisation et du contrôle de la qualité des soins, accompagné d’une équipe de médecins de sa direction.

Cette initiative s’inscrit dans la stratégie de préservation de l’équilibre financier de l’Assurance Maladie Obligatoire, à travers la promotion de bonnes pratiques médicales et la lutte contre les abus qui pèsent lourdement sur les dépenses du système.

Au cours de la rencontre, les responsables de la Canam ont présenté plusieurs données révélant l’ampleur du phénomène. Selon eux, les médicaments représentent aujourd’hui près de 80 % des dépenses de prestations de l’assurance maladie, alors que les standards internationaux recommandent un niveau avoisinant 50 % afin d’assurer la soutenabilité financière du régime.

Les analyses réalisées par les services de contrôle montrent notamment que 47 % des ordonnances examinées associent systématiquement antibiotiques et antipaludéens, souvent sous forme injectable et sans examens complémentaires préalables. Pour illustrer les dérives observées, les responsables ont cité le cas de la prescription ambulatoire de Méropénem, un antibiotique de dernier recours, à un enfant de deux ans sans réalisation d’antibiogramme.

Pour la Canam, ces pratiques contribuent à l’augmentation des dépenses, tout en exposant les patients à des risques liés à l’utilisation inappropriée de certains médicaments.

La question de la fraude a également été largement abordée. Les responsables ont rappelé que le système d’assurance maladie repose sur un mécanisme de solidarité financé par plus de 100 milliards de francs CFA de cotisations chaque année.

Les opérations de contrôle menées entre 2024 et 2025 ont permis de recouvrer plus de 75 millions de francs CFA auprès de cliniques, d’officines pharmaceutiques et d’assurés impliqués dans diverses irrégularités. Ces contrôles ont également conduit au retrait de plusieurs codes prescripteurs ainsi qu’à la suspension de certains établissements de santé.

Les missions d’audit hospitalier ont, par ailleurs, mis en lumière d’importantes anomalies dans la facturation des actes chirurgicaux pris en charge par l’Amo. D’après les résultats présentés, 65 % des interventions examinées n’étaient pas mentionnées dans les comptes rendus opératoires et 45 % des dossiers audités comportaient des cas de surfacturation manifeste.

Facturations fictives, usurpation d’identité et nomadisme médical figurent parmi les principales pratiques frauduleuses relevées par les services de contrôle.

Face à cette situation, la Canam entend renforcer la collaboration avec les professionnels de santé autour du respect des référentiels thérapeutiques, de l’éthique médicale et de la promotion des médicaments génériques.

Selon les chiffres présentés, le remplacement de seulement sept molécules fréquemment prescrites par leurs équivalents génériques a permis une économie de 1,66 milliard de francs CFA, soit une baisse de 36,5 % des coûts sans impact sur la qualité des soins.

Les responsables ont toutefois prévenu que la sensibilisation ira désormais de pair avec une application stricte des textes réglementaires. Les sanctions prévues peuvent aller de la suspension du code prescripteur à l’interdiction temporaire de prise en charge des assurés de l’Amo, voire à des poursuites pénales et ordinales dans les cas les plus graves.

À travers cette démarche, la Canam entend responsabiliser l’ensemble des acteurs du système de santé afin de garantir la pérennité de l’assurance maladie obligatoire. « Chaque franc économisé grâce à la lutte contre le gaspillage et la fraude est une ressource supplémentaire pour améliorer l’accès aux soins et soutenir les innovations médicales », ont souligné les responsables au terme de la rencontre.

 

Source : Sercom/Canam