La qualité des prestations de soins de santé est tributaire de plusieurs déterminants parmi lesquels les ressources humaines qui occupent une place de choix. Malgré cette réalité, la problématique reste entière avec des conséquences majeures sur le fonctionnement et le développement du système de soins.
Dès son accession à la souveraineté nationale, le Mali a initié une politique volontariste de développement des ressources humaines. Cet engagement a été marqué dans le secteur de la santé, grâce à la création d’écoles de formation, par l’octroi de bourses d’études à l’étranger et le recrutement systématique de tous les nouveaux diplômés par la fonction publique. Cependant, l’application par notre pays, en 1985, des mesures d’ajustement structurel a abouti au gel du recrutement et à une réduction massive des effectifs de la fonction publique par des « départs volontaires ». En réponse à cette situation, le gouvernement a autorisé l’exercice privé des professions sanitaires qui a mis ainsi fin au monopole de l’Etat sur l’offre de soins.
Malgré ces efforts, la problématique de la gestion des ressources humaines souffre encore de plusieurs problèmes au nombre desquels ceux liés à l’insuffisance de ressources humaines ayant les qualités requises. Dans ce domaine, les structures de santé souffrent d’une insuffisance d’infirmiers spécialisés (labo, radio, etc.) et de sages femmes. A cette insuffisance d’effectif, s’ajoute la mauvaise répartition des professionnels de la santé entre les différentes zones géographiques du pays. C’est ainsi qu’en 2004, seulement 40 % des médecins (402 sur 1 012), 49 % des infirmiers et 59 % des sages femmes travaillent en dehors de la capitale. Les conséquences de cette situation sur le fonctionnement du système de soins sont d’autant plus préoccupantes du fait qu’on constate, dans les régions les plus défavorisées, que de nombreux centres de santé communautaires sont encore tenus par des auxiliaires de santé pour manque de médecins et d’infirmiers. Aussi, ces hôpitaux ne disposent-ils pas des ressources humaines nécessaires pour assurer le bon fonctionnement de leur plateau technique (insuffisance de chirurgiens, d’anesthésistes…).
Le second problème de taille est relatif à l’insuffisance dans la gestion des ressources humaines. Car si des pas importants ont été faits en matière d’autonomisation des hôpitaux et de concession du service public à des établissements privés sans but lucratif, le système de soins, dans notre pays, reste encore dominé par une logique administrative où les activités réalisées sont le fruit de décisions centralisées et bureaucratiques. Il est constitué d’une succession de niveaux hiérarchiques dont les acteurs sont considérés comme de simples exécutants et/ou les programmes sont conduits de façon verticale au sein de véritables cloisonnements. Le manque d’engagement des ressources humaines constitue également un des problèmes du secteur de la santé. Car il se traduit par le manque de motivation qui caractérise la plupart des agents travaillant pour la réalisation du service public de santé et qui s’explique par le manque de valorisation du travail effectué (la reconnaissance des mérites de chacun) et surtout la non prise en compte des problèmes individuels et familiaux de chaque agent.
Ces professionnels de santé sont d’abord et avant tout des pères et des mères de famille dont la motivation première au travail est liée à l’obtention des revenus nécessaires à la vie quotidienne et au progrès économique et social de leur famille. Or, la tradition administrative au Mali fait de l’intégration dans la fonction la source d’obligations morales et l’acceptation d’un salaire dont le niveau ne dépend que de l’évolution du budget de l’Etat. Cette inadéquation est encore plus manifeste surtout lorsque les niveaux de salaire ne permettent pas à un employé de faire face aux exigences de la vie quotidienne de sa famille.
Par Mohamed D. DIAWARA