EPILOGUE: La charge de Dieu

De la naissance d’un enfant à sa maturité, donc de l’adolescence à l’âge adulte, les dépenses que l’on effectue pour son éducation sont si énormes qu’en en faisant la somme, on serait...

11 Août 2006 - 12:24
11 Août 2006 - 12:24
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De la naissance d’un enfant à sa maturité, donc de l’adolescence à l’âge adulte, les dépenses que l’on effectue pour son éducation sont si énormes qu’en en faisant la somme, on serait presque tenté de refuser de faire des enfants. Mais puisqu’il faut bien que la société se reproduise, on ne doit pas être trop regardant sur ces économies ainsi envolées et accepter ces sacrifices parce qu’après tout des gens ont dépensé pour soi et à son tour on doit faire de même pour les autres.
Naturellement, dans ce domaine, il n’y a aucune commune mesure entre ce qui se fait à la campagne et ce qui se fait en ville. Au village, on dépense peu pour les enfants même dans les familles nanties et hormis les frais pour le baptême et la circoncision (on ne fait pas trop de tapage pour l’excision), les parents ne sortent pas l’argent pour leurs gosses. Jusqu’à un certain âge, ceux-ci vont nus ou sont sommairement habillés et cela concerne à la fois garçons et filles.
Les dépenses pour l’habillement des enfants sont presque dérisoires et incombent prioritairement à leurs mères, les pères ne s’y mêlant que lors des grandes fêtes. En cas de maladie, ils ne sont pas conduits dans un centre de santé, mais présentés au thérapeute traditionnel dont les remèdes, s’ils ne sont pas gratuits, sont offerts à un prix symbolique.
Jusqu’à une période récente, les paysans étaient convaincus qu’on pouvait réussir dans la vie sans passer par l’école. Par conséquent, ils ne se montraient pas trop pressés d’y envoyer leurs enfants même quand cela était gratuit. La sensibilisation et l’information aidant, ils ont fini par comprendre qu’elle pouvait être une solution d’avenir et ont commencé à y mettre leurs enfants, mais en traînant les pieds.
Mais même en ayant compris que l’école est la voie royale pour arriver, ils rechignent aux dépenses scolaires et, à trop insister sur celles-ci, les paysans proposent tout simplement le retrait de leurs enfants de l’école. Comprenant cela, l’Etat et l’administration ne les bousculent pas trop et, dans beaucoup de zones, acceptent de prendre en charge la scolarisation de jeunes ruraux. En conséquence, les effectifs des écoles urbaines sont pléthoriques alors que ceux des classes de brousse sont désespérément faibles par manque d’élèves.
En ville, c’est un peu tout le contraire qui se passe surtout si les parents sont aisés. En vérité dans les familles riches, les enfants sont considérés comme de petits princes que l’on entoure de toutes les attentions. Le baptême est souvent l’occasion d’étaler des fortunes et si par hasard l’enfant est resté longtemps en chemin, donc s’est fait trop désirer, ses parents feront de son baptême une fête au cours de laquelle les sous ne se compteront pas.
Sur un plan plus général, en ville, de la naissance à son émancipation, l’enfant est pris en charge par ses parents et tout dans cet environnement étant une affaire d’argent, ce sont des dépenses folles auxquelles les parents ont affaire périodiquement. L’enfant naît dans des vêtements qui coûtent cher, vit dedans et a toutes les chances d’y mourir. L’environnement est tel qu’il ne viendra à l’esprit d’aucun parent de négliger l’habillement de son gosse, surtout s’il est scolarisé.
Tous les enfants fréquentent l’école, ceux des fonctionnaires plus que les autres, la plupart des parents sont confrontés à des dépenses découlant de la scolarisation : frais vestimentaires, de scolarité, de fournitures scolaires, etc. Beaucoup de fonctionnaires font l’impossible pour payer de bonnes études à leurs enfants, allant même à dédaigner l’école publique au profit de l’école privée jugée plus sérieuse et plus performante. Les parents connaissant l’importance de l’école, font tout pour que leurs petits y réussissent et cela à coup de sous péniblement gagnés.
Dès que l’enfant montre des signes de maladie, il est expédié chez un toubib dont le fort est de rédiger des tas d’ordonnances que les parents sont tenus de payer, souvent au prix de l’endettement. Si les enfants sont nombreux, les frais de pharmacie peuvent valoir une petite fortune et la plupart des parents préfèrent ce sacrifice préventif au traitement curatif.
Depuis quelques années, l’habitude s’est aussi installée de payer aux gosses les examens et les concours professionnels. Le comble est que même les fonctionnaires, dont certains ont trop peiné dans les études, le font pour leurs rejetons. Ils le font convaincus que le contexte a changé, que s’ils ne le font, pas d’autres se presseront de le faire pour leurs vauriens d’enfants qui passeront, laissant derrière les leurs notamment plus instruits et plus intelligents.
Les dépenses pour un enfant, quel qu’il soit, sont assimilées dans beaucoup de milieux au fardeau divin auquel on ne peut se soustraire même quand on n’a pas les moyens. Elles sont difficiles à évaluer et seul un fou se laissera tenter par cet exercice. C’est pourquoi dans les villages de brousse, les parents sont gênés de montrer leurs enfants en public même lorsque ceux-ci ont réussi ; en ville, c’est une fierté de le faire, sans doute parce qu’on a trop dépensé.
Facoh Donki Diarra