Afrique du Sud : La vague de violences xénophobes épargne les Maliens, mais l’inquiétude demeure

Pendant qu’une nouvelle vague de tensions anti-immigré secoue plusieurs régions d'Afrique du Sud, l'inquiétude grandit au sein des familles maliennes dont les proches vivent à Johannesburg...

22 Juin 2026 - 13:21
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Afrique du Sud : La vague de violences xénophobes épargne les Maliens, mais l’inquiétude demeure

Pendant qu’une nouvelle vague de tensions anti-immigré secoue plusieurs régions d'Afrique du Sud, l'inquiétude grandit au sein des familles maliennes dont les proches vivent à Johannesburg, Pretoria, Durban ou encore au Cape Town. Si aucun ressortissant malien n’a été directement victime d'agressions à ce jour, selon les responsables de la communauté, les interrogations demeurent sur les mesures de protection mises en place et sur la capacité des autorités maliennes à réagir en cas de dégradation de la situation.

Depuis plusieurs semaines, l’Afrique du Sud est le théâtre d’une recrudescence des discours et manifestations hostiles aux populations étrangères. Des mouvements nationalistes et anti-immigration, à l'image d'Operation Dudula et d'autres organisations similaires, multiplient les rassemblements pour réclamer le départ des migrants, accusés d'être à l'origine du chômage, de l'insécurité et des difficultés économiques auxquelles le pays est confronté.

Sur le terrain, ces tensions se traduisent parfois par des actes de violence. Des commerces appartenant à des ressortissants étrangers sont vandalisés, pillés ou contraints de fermer leurs portes. Dans certains quartiers, des familles migrantes vivent dans la crainte permanente d'être prises pour cible par des groupes hostiles.

Cette situation suscite une vive inquiétude au sein de la diaspora malienne établie en Afrique du Sud. Présents depuis plusieurs décennies dans les grandes villes du pays, notamment Johannesburg, Pretoria, Durban et Cape Town, de nombreux Maliens exercent dans le petit commerce, la restauration, l'import-export ou diverses activités du secteur informel, des domaines particulièrement exposés lors des mouvements de contestation.

 Face à la gravité de la situation, plusieurs questions se posent : des Maliens ont-ils été victimes de violences ? Combien de familles sont concernées ? Des commerces maliens ont-ils subi des dégradations ? Quelles dispositions ont été prises par les autorités maliennes pour protéger leurs ressortissants ?

Alors que certains pays africains ont déjà annoncé des mesures de protection ou facilité le retour volontaire de leurs citoyens, les regards se tournent désormais vers Bamako.

Le ministère des Maliens établis à l'Extérieur et de l'Intégration africaine a-t-il activé une cellule de veille ? L'ambassade du Mali en Afrique du Sud dispose-t-elle d'un mécanisme d'alerte et d'assistance ? Un numéro d'urgence a-t-il été communiqué aux ressortissants maliens ? Un éventuel plan de rapatriement est-il envisagé en cas d'aggravation de la situation ?

Autant d'interrogations qui méritent des réponses rapides afin de rassurer les familles et prévenir toute situation dramatique.

De Bamako à Kayes, en passant par Sikasso, Ségou, Mopti ou Tombouctou, de nombreuses familles suivent avec anxiété les informations en provenance d'Afrique du Sud. Chaque vidéo diffusée sur les réseaux sociaux montrant des pillages, des affrontements ou des manifestations hostiles ravive les inquiétudes.

Pour de nombreux parents, l'angoisse est permanente. Certains redoutent d'apprendre la destruction d'un commerce construit après des années de sacrifices, d'autres craignent qu'un proche soit victime d'une agression ou d'une arrestation arbitraire. Jusqu'à présent, aucune communication officielle de grande ampleur n'a permis de dissiper totalement ces inquiétudes.

« Aucun Malien n'a été la cible d'attaques »

Joint par téléphone par nos soins, Mohamed Aly Dicko, vice-président du Haut Conseil des Maliens établis en Afrique du Sud et membre du bureau du Haut Conseil des Maliens de l'Extérieur (HCME), chargé de l'Afrique australe et de l'Océanie, depuis l’Afrique du Sud se veut toutefois rassurant.

 Selon lui, le HCME et l'ambassade du Mali à Pretoria suivent la situation avec la plus grande attention.

« A ce jour, aucun Malien n'a été victime d'une attaque ou d'un acte de violence lié à ces mouvements. Il n'y a aucun problème majeur avec la communauté malienne, hormis quelques intimidations verbales observées dans certaines rues », affirme-t-il.

A Durban notamment, explique-t-il, de nombreux Maliens vivent du petit commerce, à travers des boutiques, la vente de vêtements et diverses activités commerciales.

« Lorsqu'il y a des marches ou des manifestations, les commerçants préfèrent fermer temporairement leurs boutiques par mesure de prudence », précise-t-il.

Mohamed Aly Dicko estime également que la perception de la crise est parfois amplifiée à l'extérieur du pays.

« Beaucoup de familles imaginent que tous les migrants africains sont systématiquement persécutés. Ce n'est pas ce que nous vivons au quotidien. Les images relayées sur certaines chaînes internationales et sur les réseaux sociaux ne reflètent pas toujours la réalité du terrain », soutient-il.

Pour le responsable communautaire, s'il existe effectivement des manifestations et des tensions, au un malien ne figure parmi les sinistrés.

Prévenir

Malgré ces assurances, la vigilance demeure de mise.

L'histoire récente de l'Afrique du Sud rappelle que les flambées de violences xénophobes peuvent rapidement dégénérer et faire des victimes parmi les communautés étrangères. Dans ce contexte, les observateurs estiment qu'un renforcement de la communication avec la diaspora ainsi que la mise en place de mécanismes d'assistance d'urgence constitueraient des mesures de précaution indispensables.

 Car au-delà des déclarations rassurantes, les Maliens d'Afrique du Sud ont besoin d'être informés, protégés et accompagnés. Quant à leurs familles restées au pays, elles attendent des autorités maliennes des informations régulières et des garanties concrètes sur la sécurité de leurs proches.

 

Amadou Sidibé