Inclusion des femmes : Plaidoyers pour une loi anti VBG

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« Les VBG sont une perte énorme pour l’Etat du Mali parce qu’une femme violentée n’est pas productive, il s’agit d’une baisse de revenus pour nos Etats », selon la présidente du Wildaf-Mali, Mme Boiré Bintou FounéSamaké. Elle plaide pour une loi anti VBG.

 Selon les organisations de défense des Droits des Femmes (GP/DCF,Groupe Pivot/Droits et Citoyenneté des femmes et Cadef), en 2016, la valeur du travail domestique était de 9 milliards d’heures, évaluées à 657 milliards F CFA, soit 47% du PIB mondial. Sur ce chiffre, les femmes, à elles seules, supportent 90%. D’où la nécessité d’adopter une loi anti VBG. Pour Mme Boiré Bintou Founé Samaké, l’argument massue est que, selon le système de gestion des informations sur les VBG(GBVIMS),du 30 mars au 16 avril 2020,4617 incidents VBG ont été enregistrés dont 97 %de femmes et 45% de filles victimes.

Selon Mme Maïga Mariam Diawara, coordinatrice genre à la Clinique juridique Deme-So, spécialisée à l’accompagnement juridique des victimes de VBG, les violences basées sur le genre sont une réalité dans notre pays et elles se présentent sous plusieurs formes : violence physique, institutionnelle, viols, psychologique, économique etc.« Les violences physiques, psychologique set économiques sont les plus nombreuse », ajoute Mme Maïga. Elle est appuyée par Mme Fomba Fatoumata Niagali du Groupe Pivot/Droits et citoyenneté des femmes du Mali qui trouve que « dans les ménages au Mali, nous assistons à toute sorte de violence à l’égard des femmes notamment les violences conjugales ; Ces derniers années, il y a beaucoup d’hommes qui tuent leurs femmes». Selon ces défenseurs des droits des femmes, les conséquences des violences sont incommensurables sur les victimes tant sur le plan de la santé que sur leur productivité. D’où leur plaidoyer pour l’adoption d’une loi anti VBG pour dissuader et réduire les cas de violences.

Pour Mme Boiré Bintou Founé Samaké, la loi contre les VBG serait une opportunité pour protéger les femmes dans ce sens qu’elle peut être préventive et dissuasive. Du fait que la loi prône des sanctions, la présidente du Wildaf-Mali pense qu’elle va permettre une restriction des cas de violence. «Certaines personnes pensent que ce qui n’est pas interdit par la loi est autorisée. Avec l’adoption d’une loi anti VBG, elles seront plus informées et prévenues de ne plus commettre les violences », explique-t-elle. De plus, Mme Boiré, estime que la loi va faciliter aux femmes de mieux accéder à la justice. Ses propos sont soutenus par le Conseiller assistant juridique au niveau de l’ONG Femme Battue, M. Camara Ousmane. Selon lui, il est capital d’aller vers l’adoption d’une loi anti VBG pour faciliter le travail des défenseurs des victimes de violence.

M. Camara déplore l’inexistence d’une loi pouvant servir à mieux défendre des cas de violences. «Nous nous servons des articles de la Constitution et du Code pénal malheureusement nous ne disposons pas pour le moment d’un arsenal adéquat ayant des articles spécifiques pour mieux défendre certains cas de violence », regrette-t-il. Et pour lui, l’adoption d’une loi anti VBG pourrait servir à mieux respecter les droits humains par ricochet ceux des femmes mais surtout à booster l’économie nationale de part une meilleure productivité des femmes. Son avis est partagé par Mme Boiré Bintou Founé Samaké qui déclare « Les VBG sont une perte énorme pour l’Etat du Mali parce qu’une femme violentée n’est pas productive, il s’agit d’une baisse de revenus pour nos Etats. Les VBG, en plus d’affecter la santé physique et mentale de la victime, jouent également sur sa rentabilité. Les femmes représentent plus de 50% de la population, je pense qu’on doit les rendre plus productives, les protéger contre toutes les formes de violation de leurs droits ».

Bréhima Ballo responsable des programmes à l’ONG Amspot, de renchérir : « L’impact négatif des VBG sur la productivité de la femme entache l’économie nationale. Une loi va minimiser le taux de violence sur les femmes. Ainsi moins violentées, elles seront beaucoup plus productives, les services publics et privés, les familles et l’Etat même en seront plus épanouis », conclut M. Ballo.

Jusqu’à ce jour, il n’existe aucune législation criminalisant les VBG au Mali qui pourtant sont très répandues. Les VBG sont des violations des droits humains, selon le Fonds des Nations Unies pour la population(UNFPA), la VBG est un grave problème de santé d’envergure internationale qui remet en cause les droits de l’homme et les principes d’égalité des sexes. L’article 1er de la Déclaration des Nations Unies sur l’Elimination de la violence contre les femmes, définit le terme violence contre les femmes comme « tout acte de violence basée sur le genre qui cause ou risque de causer des dommages ou souffrances physiques, sexuels ou psychologique y compter les menaces ».Et la Constitution malienne du 25 février 1992, affirme en son article 2 le principe de l’égalité en droits et en devoir, et le principe de non-discrimination fondée sur le sexe. En plus, elle met l’accent sur le caractère sacré de la personne. De plus, l’Etat du Mali a souscrit à plusieurs instruments juridiques internationaux et régionaux de protection des femmes : la Convention contre la torture et autres peines et traitements cruels, inhumains ou dégradants ratifiée en 1999 ; le Protocole de la Charte africaine des droits de l’homme et des peuples relatifs aux droits des femmes en Afrique (Protocole de Maputo) ratifié en 2005.

Jusque-là, les seules alternatives pour les survivantes sont : les cliniques juridiques mises en place par le ministère de la promotion de la femme, de l’enfant et de la famille, les centres d’écoutes des OSC. Et si le Mali dispose d’un Programme national de lutte contre l’excision créé en 2002 qui est rattaché au Ministère de la promotion de la femme, de l’enfant et de la famille, force est de reconnaître que les actions sont plus centrées sur les campagnes de sensibilisation pour l’abandon de la pratique des MGF sans aucun support réglementaire pouvant sanctionner les auteurs de ces violences. Par ailleurs, on rappelle que depuis 2010, le Mali a adopté une Politique Nationale Genre (PNG) qui est fondée sur le respect des droits universels tout en conjuguant les valeurs liées à une société tolérante, juste et équitable. Et comme souligné par Mme Kéïta Yaraba Kéïta du Ministère en charge de la femme, les campagnes d’information et de sensibilisation continuent pour une meilleure compréhension et appropriation de cette politique.

Khadydiatou SANOGO/ Ce reportage est publié avec le soutien de JDH, Journalistes pour les Droits Humains et National Endowment for Democracy-NED

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