Cybercriminalité : le journaliste Abdrahamane Keïta condamné à deux ans de prison ferme
Le tribunal spécialisé dans la lutte contre la cybercriminalité a rendu, ce lundi 14 septembre 2026, son verdict dans l’affaire opposant le journaliste Abdrahamane Keïta à la justice. Directeur de publication du journal Le Témoin, le journaliste a été déclaré coupable des faits qui lui sont reprochés et condamné à deux ans d’emprisonnement ferme.
En plus de cette peine, le tribunal a condamné Abdrahamane Keïta au paiement d’un million de francs CFA à titre de dommages et intérêts au profit de la partie civile. La défense, qui conteste la décision, envisage de faire appel. Le journaliste était détenu depuis juin dernier. Il était poursuivi notamment pour des faits à caractère régionaliste, susceptibles de porter atteinte au crédit de l’État et à l’unité nationale, ainsi que pour diffusion de fausses informations par le biais d’un système d’information. L’affaire trouve son origine dans des propos tenus le 4 juin 2026, lors de l’émission Le Grand Jury, diffusée sur Renouveau TV. L’émission, animée par Abdrahamane Keïta et son confrère Chahana Takiou, recevait comme invité Mohamed Ousmane Ag Mohamedoun Haidara, membre du Conseil national de transition (CNT) et défenseur du courant dit « Assimisme ».
Lors de l’émission, les échanges portaient notamment sur le bilan de la Transition et sur la situation sécuritaire du pays. Au cours du débat, Abdrahamane Keïta avait interrogé son invité sur les événements du 25 avril, lui demandant s’ils ne constituaient pas, selon lui, « un échec de l’Assimisme défensif ». Selon les explications fournies par le journaliste à la barre, son invité n’aurait pas répondu directement à la question et aurait orienté le débat vers une réponse personnalisée en affirmant notamment : « Si Assimi a échoué, vous serez administré par Iyad Ag Agaly ». Abdrahamane Keïta avait alors répliqué : « Il m’administre parce qu’il administre mes compatriotes à Kidal ». Une déclaration qui est au cœur des poursuites engagées contre lui.
À l’audience, le directeur de publication du Témoin a contesté les faits qui lui sont reprochés. Il a expliqué que sa déclaration ne visait ni à diffuser une fausse information ni à présenter favorablement la situation à Kidal. Il a également soutenu que ses propos s’inscrivaient dans un contexte particulier, marqué, au moment des faits, par l’absence de l’administration publique à Kidal. Pour le journaliste, cette déclaration ne pouvait donc pas être interprétée comme une volonté de porter atteinte aux intérêts de l’État, d’autant plus qu’elle n’aurait entraîné, selon lui, aucun effet de déstabilisation. Lors de l’audience sur le fond, le ministère public avait cependant requis une peine de trois ans d’emprisonnement, dont deux ans ferme. Le parquet estimait que les faits retenus contre le journaliste justifiaient une sanction pénale au regard des éléments examinés au cours des débats.
Après près de trois mois de détention préventive, Abdrahamane Keïta connaît désormais la décision du tribunal. La défense devrait saisir la juridiction compétente en appel afin de contester cette condamnation.
Siaka DIAMOUTENE/Maliweb.net
