Les chroniques du Buwatun3 : Le baiser du Diable ou Comment vivre avec les terroristes au Buwatun ?

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J’étais tranquillement allongé sur un lit picot dans la cours face à la grande route qui passe juste devant mon portail. Il y eut une pétarade assourdissante de motos Apsonic sur la route et nous vîmes passer en direction de M. 2 motocyclistes qui en remorquant deux autres, leurs armes visibles en bandoulière :

  • Ce sont les terroristes qui écument la région, me dira-t-on.

Un autre jour, ce fut un convoi d’au moins une vingtaine de personnes se remorquant en Apsonic, avec, toujours l’arme en bandoulière :

  • Ils ne craignent rien et ils ne se cachent même plus, me dira-t-on ce jour-là.

L’enjeu majeur du terrorisme en pays Bo se résume à cette présence envahissante, obsédante et menaçante. Encore une fois se pose l’obsédante question de la présence de l’État malien au cœur de cette « part inutile » du pays ! Mais, soyons justes, comment pourrait-on couvrir plus d’un million de kilomètres carrés avec le peu de militaires que nous avons ? Même s’il est vrai que les recrutements ont été massifs ces dernières années ! Sans compter que la présence avérée mais pas toujours vérifiée de complices au cœur de nos villages rend toute intervention aléatoire et pleine d’incertitudes. Comment vivent ces terroristes dans le Buwatun ? De quoi vivent-ils ? Quelles stratégies pour une « cohabitation un tant soit peu pacifique » avec ces hôtes encombrants ?

Quelles stratégies d’occupation de l’espace ?

Le territoire, qu’il soit national ou local, est un espace occupé pour son exploitation, sa mise en valeur et, évidemment, sa défense. C’est la raison pour laquelle, tout État essaye à travers l’administration d’occuper l’espace au maximum, de le contrôler et d’assurer sa mise en valeur et cela passe aussi et surtout par la collaboration avec lesdites légitimités traditionnelles, qu’elles soient culturelles, religieuses ou sociales tout court. Notre pays, le Mali, essaye depuis les indépendances, autant que faire se peut, de quadriller l’espace national pour faciliter son administration. Les légitimités ont-elles été suffisamment associées à ce travail ? Rien n’est moins sûr ! Pendant la première République, considérées comme rétrogrades, elles (les légitimités traditionnelles) ont été négligées ou même ignorées et les autres Républiques n’ont guère fait mieux. Ainsi, les chefs de terres, les imams et autres prêtres n’ont guère été sollicités au-delà de leurs attributions cultuelles et quant aux chefs de villages, ils ont juste été utilisés comme « caisse de résonance », sujets de faire valoir de l’État là-bas à Bamako. Quant aux élus locaux aujourd’hui, si d’aventure ils n’ont pas pu retirer tous les pouvoirs des légitimités traditionnelles, ils essayent en tout cas de les mettre sur la touche dans tout ce qui concerne l’administration et la mise en valeur du terroir. Les tiraillements continuels entre administrateurs, élus locaux et légitimités traditionnelles ressortissent généralement de la lutte de pouvoir sur les populations et les rares biens et ressources.

Lesdits terroristes ont dû comprendre ce déficit du contrôle des légitimités traditionnelles ainsi que les opportunités offertes par les frictions entre les détenteurs du pouvoir dans nos terroirs. Ainsi, tout le Sud du pays, à la frontière du Burkina, de Kimparana à l’Ouest à Bénéna à l’Est, est squatté par ces terroristes, sympathisant parfois avec les populations, protégeant certains villages de Peulh prédateurs des champs, etc… L’entrisme de ces terroristes dans les villages, les sympathies qui se créent, jusqu’aux recrutements d’indicateurs dans les populations, tout cela doit nous interpeller. La reconquête actuelle des chefs de villages, de fractions et de quartiers ne suffira pas à faire barrière à ceux qui sont désormais dans la place en pays Bo en tout cas et qui sont en train de « banaliser leur présence armée dans les marchés locaux ». L’État doit urgemment partir à la conquête de toutes les légitimités traditionnelles dans les villages et nouer avec elles un nouveau pacte d’administration des terroirs. En investissant l’espace du Buwatun et en étendant leur présence dans les villages, les terroristes s’incrustent en essayant de banaliser cette présence envahissante.

De quoi vivent ces nouveaux maîtres du pays ?

Comme nous l’avons dit, l’administration du terroir demande un certain contrôle de l’économie. Et pour des gens (terroristes) qui ne cultivent, ni ne récoltent et qui doivent subvenir à leurs propres besoins, la tentation est grande de vivre sur le dos des populations et malheureusement, c’est ce qui arrive.

Il nous est revenu que dans le Buwatun, beaucoup de commerçants sont rackettés, soit, régulièrement, pour les plus malchanceux, soit, d’une grosse enveloppe forfaitaire pour d’autres. Écumant les marchés (spécialement ceux de Lowan et de Diora) ils peuvent parfois s’approvisionner en riz et autres condiments et denrées alimentaires, sans toujours « penser à bourse délier ». Populations brouillées avec la militarisation et les armes à feu (ou même les armes blanches) depuis l’épisode funeste de la révolte de 1915-1916, elles subissent ces tracasseries avec beaucoup de peur et de crainte, pour elles-mêmes et pour leurs familles. Ainsi, les petits commerçants dans les villages sont perpétuellement sur le qui-vive, s’attendant à tout moment, soit à recevoir un coup de fil leur intimant l’ordre de payer telle somme à telle échéance, soit à recevoir carrément un « élément armé » venant aux nouvelles pour « relever les compteurs ». Aller au marché pour se ravitailler devient un vrai casse-tête chinois, exploiter une parcelle au bord d’une route qu’ils empruntent régulièrement se fait avec la peur au ventre. Ainsi, l’autre jour, mon neveu, justement, cultivait tranquillement son sésame sur une nouvelle parcelle longeant la fameuse route lorsqu’il fut abordé par deux personnes à moto et armées qui lui intimèrent l’ordre d’arrêter de défricher ces bosquets qui peuvent être pour eux, dans leur cache-cache avec les forces de l’ordre, de bonnes cachettes. Il eut ce jour-là, dit-il, la peur de sa vie ! Tu parles ! À rebours de ces menaces ouvertes, dans le village de L., ils ont chassé les Peulh qui dévastaient les champs avec leurs animaux, et ce, sur la foi du chef de village. À côté de cela, des troupeaux peuvent être capturés pour servir de méchoui. Comme quoi, ils savent manier le bâton et la carotte !

Installés donc au cœur du Buwatun, ou, disons, aux périphéries du Buwatun, les enserrant carrément dans un étau qui tend à se refermer sur eux, les terroristes ont profité du vide d’administration intelligente du pays pour coloniser ce terroir. Dans certains villages la mécanique violente physique est accompagnée ou remplacée par une certaine violence symbolique qui s’illustre par la sympathie, la condescendance et la « protection » des personnes. Cette violence symbolique est tellement douce parfois, qu’elle peut prêter à confusion, surtout sur des populations non averties. Pendant ce temps, que font nos administrateurs et nos élus locaux ? Quel est l’avenir de la gouvernance chaotique actuelle en pays Bo ? Comment aller désormais vers une gouvernance intelligente des territoires ?

 

11 au 17 septembre 2022

A suivre

Le Gallican

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1 commentaire

  1. Without much rhetoric truth is condition need be reduced to propriety that where terrorists exist especially openly exist in Mali our government have not done it’s duty of dispatching superior FAMA force to neutralize those terrorists overwhelming them with superior firepower. Primary cause necessary trained group of FAMA that will neutralize terrorists have not been dispatched to areas of Mali is we lack necessary military buildup plus manpower to carry out all successful mission needed. Therefore without further praise of ourselves plus FAMA as they fulfill their duty of neutralizing terrorists where FAMA exist we must aggressively continue without delay our military buildup creating more highly trained FAMA members to neutralize terrorists who are weak plus low on supplies as their towing of transporter to save fuel indicate. Those terrorists are cowards plus in deep fear of FAMA as they terrorize citizens but we must not allow them to lead us to stretch our army numbers to extent FAMA is unable to quickly win battles .
    Henry Author Price Jr aka Kankan

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